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les films d'animation
& la morale

par Magali Buy - 2 sept. 2018

vous avez un message..

La raison du plus fort est toujours la meilleure… Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage… à chaque histoire, sa morale qui coule de source à Lafontaine ! Dans les dessins animés, plus qu’ailleurs, elle tient le premier rôle, sublimé ou subliminal, et pas toujours où on l’attend, quand elle n’est pas immorale…
À gauche : Kung Fu Panda. Au milieu : Peter Pan. À droite : Timmy.

«Quelles que soient nos différences, nous appartenons au même monde. Et chacun y a sa place !». Telle est la morale soufflée par «Lou et l’île aux Sirènes», du Japonais Masaaki Yuasa, Cristal du long métrage au Festival International d’Animation d’Annecy l’année passée. L’Annécienne Carole Martinato, fidèle au FIFA depuis 20 ans et journaliste spécialisée dans l’animation, le confirme: “Il y a toujours une morale ou disons plutôt qu’il est rare qu’il n’y en ait pas. Comme tout artiste, les animateurs font passer leurs messages, leçons de savoir-vivre, quitte à dénoncer au passage un système, une politique… Si on prend l’exemple des studios Disney/Pixar, c’est évident et tellement américain, dans le sens le plus puritain du terme : c’est pas bien beau de mentir, tout vient à point à qui sait attendre, il faut défendre l’intégrité contre la vilénie…”

Pro du manichéisme, moralisateur au sens propre, Disney est bien passé maître en la matière. Elevés aux contes de Grimm ou de Perrault, inspirés de légendes ou de faits réels, les studios livrent, depuis plus de 80 ans, des versions légères et édulcorées aux morales bien pensantes. Tandis que Mary Poppins aspire aux bonnes manières, Peter Pan s’envole vers d’autres sphères : il ne faut surtout jamais arrêter de rêver. Chez Kung Fu Panda, Cendrillon, Mulan, Pocahontas ou encore «Bienvenue chez les Robinson», pas de différences de classes, de race ou d’origine : l’habit ne fait pas le moine.

Tout finit bien car ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… La curiosité est un vilain défaut qu’on se le dise… On retourne toujours d’où on vient... On ne compte plus ces morales civiques et bien léchées où les gentils l’emportent toujours sur les méchants, les moches sur les beaux, enfin… sauf quand les moches sont les méchants ! Et si le message vous saute aux yeux, méfiez-vous, il est peut-être ailleurs… C’est pour mieux te surprendre, mon enfant… Et oui, y’a parfois un loup.

Lou et l’île aux Sirènes
La Belle et la Bête

A CACHE CASH…

Evidemment, si on doit s’arrêter à la morale à proprement parlé, on se donne rendez-vous à la fin du film où elle fait foi et basta, on s’arrête là. Mais regardons plus loin…

Prenons Blanche Neige. Au premier abord, ce serait : “Sois belle, fais le ménage chez les hommes, mais surtout tais-toi ! Reste insignifiante et légère, tu pourras toujours compter sur la présence héroïque d’un ou plusieurs hommes pour te sortir d’un mauvais pas. Et si un homme te sauve la vie en te roulant une pelle, t’as plutôt intérêt à l’épouser, surtout s’il possède un beau cheval blanc et un château de dingue. Autant lui faire confiance à lui, plutôt qu’à ceux qui t’ont recueillie dans le besoin, en t’offrant un toit et une famille.” Belle leçon d’humanité.

En creusant, en en prenant un peu d’herbe pour ouvrir ses chakras, on peut aussi constater que Blanche Neige, parfaite petite femme d’intérieur, croque ouvertement la pomme - tiens tiens, ça me rappelle quelqu’un… -, tandis que les sept nains - métaphore des sept péchés capitaux - travaillent. Empoisonnée et punie pour «adultère», elle est finalement sauvée par l’amour, malgré son infidélité : Tromper n’est pas tromper ?

Et Dumbo qui noie son chagrin dans l’alcool et voit des éléphants roses : faudrait-il boire pour oublier ? Drôles de morales et pourtant, certains voient encore plus loin : syndrome de Stockholm dans «La Belle et la Bête» : si un homme est violent avec toi, laisse faire, il finira par s’adoucir avec le temps car l’amour apaise les tensions, c’est bien connu. Change de peau et renie ton identité pour être heureux dans «La Petite Sirène» car après tout, un petit pacte avec le diable (ou une sorcière des mers) n’a jamais fait de mal à personne ! Moche un jour moche toujours, dans «Le Bossu de Notre Dame»… autant de messages cachés que de morales manipulées.

Blanche Neige et les 7 Nains
La Petite Sirène

GARDEZ L’MORAL

A des milliers de kilomètres de là, les studios Ghibli, eux, ne passent pas le message sous le manteau, bien au contraire. S’ils n’affichent pas une morale finale nette et précise, notre déduction est en revanche largement sollicitée. Au service de l’histoire et du discours environnemental, ils mettent le doigt sur l’esprit de la nature bafouée et les anciennes traditions trop souvent oubliées. Rivière polluée dans «le voyage de Chihiro», mer sale qui importune les marins dans «Ponyo sur la falaise», combat entre l’homme et la nature dans «Princesse Mononoké», ici, la morale est clairement écologique et fait appel au respect de chacun : la nature est plus puissante que toi petit bonhomme, prends en soin ou elle te le fera payer ! Et l’addition risque d’être salée.

Question de style chez les Japonais, les morales traitent moins de psychologie que d’humanité dans sa globalité. Après l’environnement, c’est l’Histoire avec un grand H qui fait la leçon. Dans «Le tombeau des Lucioles», elle fait même l’effet d’une bombe. Fin de la seconde guerre mondiale, deux enfants luttent pour survivre au milieu des raids aériens. Leur épopée, une fin tragique, la morale se dessine au cours de l’histoire : «tout ça pour ça ?!». Dénonçant la guerre, la cruauté, la stupidité des hommes, elle délivre un vrai message de paix. Faites l’amour pas la guerre !

Dumbo
Le tombeau des Lucioles

SPLASH & TRASH

Dans un tout autre style, aux abords moins sérieux, la série américaine South Park revient, quant à elle, au sens premier de la morale. A chaque fin d’épisode, elle est délivrée par Kyle ou Stan, deux enfants de 8 ans en proie à la caricature. Pour eux, la morale, c’est du verlan. Politique, religion, sexualité, tabagisme, pouvoir, malbouffe, alcoolisme, vulgarité… On pourrait croire qu’ils font l’apologie des interdits, que leur message est tout simplement de faire l’inverse de ce qu’on vous dit !

Dans un de ces épisodes, Timmy, un gamin trisomique intègre un groupe de rock et fait chavirer les foules en volant la vedette à Phil Collins. Persuadée que seule la moquerie motive le public, la star tente de les briser. Au premier degré, la morale pourrait vite dégénérer, mais elle est clairement résumée par Stan : “Bien sûr qu’on rit en voyant Timmy, mais où est le mal après tout ? C’est pas parce qu’on rit de quelqu’un qu’on en a rien à foutre de lui. C’est cool qu’il soit dans un groupe, parce que ça vous force à le regarder et à l’accepter, que ça vous fasse rire, pleurer ou rien ressentir.” Le handicap n’est pas celui qu’on croit ? Accepter les différences, c’est savoir vivre ?

Et si on voyait ce qui nous plaît en fin de conte…

Ponyo sur la falaise
Le voyage de Chihiro
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