les alpes so hype !

les films d'animation
& les hommes

par Fanny Caspar - 21 août 2018

même pas mâle ?

Du prince charmant extirpant la belle d’une sale situation, à Cro Man, qui se démène pour conserver ses terres, la place de l’homme dans le film d’animation fut longtemps celle du sauveur. Pourtant, l’homme parfait des débuts a cédé peu à peu la place à un héros moins lisse, à l’image de Bob Parr, Monsieur Indestructible présenté en avant-première au festival international du film d’animation à Annecy ce mois, réduit à changer les couches-culottes du p’tit dernier, pendant que madame sauve l’humanité. Enfin…

Ah le prince charmant, jeune, beau, riche et vaillant, brave et puissant. Paré de tous les attributs, affublé bien souvent d’un ravissant petit collant fort seyant, l’homme des premiers films d’animation se pose avant tout en libérateur et futur géniteur. Tout est bien qui finit bien quand à la fin, le prince et la princesse se marièrent et eurent un max d’enfants et d’allocs. Ouf ! On a eu peur…

Le prince de Blanche-Neige

UN JOUR MON PRINCE VIENDRA

Si le tout premier dessin animé - Humorous Phases of Funny Faces - date de 1906, c’est dans les années 30 que l’industrie se développe véritablement, aussi bien aux Etats-Unis, qu’en Europe ou en Asie. Précurseur et producteur incontournable, le studio Disney. A l’origine, ses premières productions s’adressent prioritairement aux enfants dans une vision assez simpliste de la vie : le prince charmant, au CV irréprochable, vient sortir une demoiselle, aux mensurations barbiesques, de sa triste condition de ménagère de moins de 20 ans, passive, voire très passive à ronfler comme un sonneur pendant des lustres, pour lui donner une ribambelle d’enfants et vivre une vie pleinement épanouie, quoi !

Dès le premier opus de 1937 - Blanche Neige et les 7 nains - se marier par amour, s’installer et fonder une famille, est l’aboutissement rêvé du conte de fées, illustrant ainsi à la perfection l’«american way of life». Cendrillon, La belle au bois dormant et consœurs suivent la même autoroute bondée. Si le rôle du prince est secondaire et qu’il n’apparaît souvent qu’en fin de récit, il n’en reste pas moins un véritable héros, courageux, viril, libre, et… ennuyeux !

À gauche : Albator. À droite : Aladdin.

UNE VIE PRESQUE NOR-MÂLE

A la fin des années 70, le schéma évolue. La production internationale s’intensifie, la télévision et la demande croissante du public font naître les premières séries. Les mangas japonais connaissent un succès phénoménal. Peu à peu, le conte de fées traditionnel est remplacé par la science-fiction, si tant est que le premier n’en soit pas aussi… de la science-fiction ! Pour autant, le mâle ne perd pas de sa superbe. De Goldorak à Albator, en passant par Capitaine Flam, Musclor et Les maîtres de l’univers ou Les chevaliers du zodiaque, les héros au grand cœur, fiers, intrépides, s’emploient à protéger l’humanité - et au-delà - des envahisseurs.

Au fil du temps, le nouveau modèle masculin s’humanise. Moins convenu, moins parfait, il montre ses failles et se laisse submerger de temps à autre par l’émotion. En parallèle, les sportifs, nouveaux héros contemporains, font leur apparition dans des séries telles que Jeanne et Serge, qui traite du monde impitoyable du volley-ball, ou Olive et Tom, pour le foot. Les jeunes et innocents téléspectateurs peuvent ainsi s’identifier aux personnages principaux.

À gauche : Capitaine Flam. À droite : Actarus.
À gauche : Quasimodo. À droite : Musclor.

HÉROS MIS À MÂLE

Les années 90 voient apparaître les premières fictions destinées à un public plus large d’adolescents et d’adultes. Les Simpson illustrent parfaitement le phénomène. Homer, le père de cette famille de la classe moyenne américaine, n’a plus rien du fier et intrépide héros. Ni l’origine de sang royal, ni l’éducation, ni les qualités ou les grandes valeurs morales… Il est, au contraire, tout ce qu’il y a de plus imparfait. Ordinaire voire «beauf», gros, inculte, négligé et négligent, il fait face, plus ou moins dignement, à des situations communes et joue un véritable rôle de faire-valoir pour le spectateur. Plus question alors de chercher à lui ressembler, mais bien de se sentir supérieur, et par là-même se rassurer.

De son côté, le prince a définitivement disparu de la toile, au profit de personnages défaillants qui doutent et cherchent à être aimés. Aladin voleur et vaurien, Quasimodo, bossu maltraité sans courage et même Flynn, timide et maladroit dans Raiponce, doivent travailler sur eux pour s’améliorer et s’affirmer, souvent grâce à l’aide d’une femme d’ailleurs. Ah ? Bref, l’homme est descendu de son piédestal. Comme tout un chacun, il doit se construire et faire son chemin, en quête de soi, en quête d’amour, et il va ramer !

Shrek
Homer Simpson
 ELASTIGIRL PART CHASSER LES MÉCHANTS PENDANT QUE MONSIEUR EST EN CHARGE DES ENFANTS. IL A PRIS CHER, LE PRINCE CHARMANT… 

UN PÈRE ET PASSE

A Annecy, cette année, un cristal d’honneur sera remis à Brad Bird, le scénariste des Indestructibles. Dès le 1er épisode des aventures de la Famille Parr, Monsieur Indestructible, est un super héros déchu. Ancienne montagne de muscles sans cesse en action, il a été démis de ses fonctions, prend du ventre, rentre dans le rang et mène une vie suburbaine très ordinaire en pavillon, avec femme et enfants. Dans le 2ème opus, qui sera projeté en avant-première à la fin du Festival, c’est même sa femme, Elastigirl, qui part chasser les méchants pendant que Monsieur est en charge des enfants. Il a pris cher, le Prince Charmant…

Dans la même veine, Shrek, géant vert effrayant, malpropre et irrévérencieux, finit par épouser Fiona et se transformer en véritable papa poule. Quant à Gru de Moi, moche et méchant, le «super-bad boy» s’est transformé en «super-dad». Prévenant, attentionné, ce père célibataire moderne prend soin de ses filles au quotidien avec tendresse, et ça lui va plutôt bien au teint. Pas d’impairs ou presque pour ces nouveaux pères, représentatifs de l’évolution de la société. Dans une certaine mesure quand même. Subissant la pression sociale, nostalgiques de leur glorieux passé ou carrément déprimés, tous finissent par reprendre du service pour sauver le monde. Ah… l’homme est faible.

Si les films d’animation expriment pleinement l’évolution de l’homme et l’air du temps, la place de celui-ci dans la société, sa virilité et sa masculinité restent des valeurs profondément ancrées. Et ça n’est pas près de changer.

Les Indestructibles
Gru
© The Walt Disney Company France / © Walt Disney / © Toei Animation / © Filmation / © Dreamworks / © Matt Groening / © Universal Pictures - Illumination Entertainement