les alpes so hype !

les films d'animations
& la religion

par Frédéric Charpentier - 27 août 2018

as-tu vu la bobine des dieux ?

Le 11 juin 2011, le jury du festival d’animation d’Annecy décerne sa plus haute distinction «le cristal du longmétrage» à Joann Sfar et Antoine Deslevaux pour leur film «le chat du rabbin», tiré de la bande dessinée éponyme. C’est l’histoire d’un chat espiègle et impertinent amoureux de sa petite maîtresse, avec en filigrane la tolérance et la religion. Vous avez dit religion ?
Le Prince d'Egypte

Certains spectateurs y auront vu un conte poéticophilosophique, d’autres une épopée burlesque à travers l’Afrique, ou juste un chat malicieux qui a la langue bien pendue… mais pour Joann Sfar, c’est plus encore : “Ce sont des souvenirs d’Algérie, ce moment commun entre juifs, musulmans ou chrétiens, quand, enfant, on reçoit un enseignement religieux et qu’on le trouve ridicule”. Sentiment que beaucoup de monde partage ? “Les enfants ont besoin d’avoir des outils tendres pour les aider face à ces enseignements qui leur compliquent la vie. A notre époque, c’est important de mettre des limites à la religion, à ces religieux qui n’arrêtent pas de nous supplier d’être tolérants, alors que ce sont les premiers à monter des murs entre les gens.” Il voit au final son film aussi comme un plaidoyer pour la mixité.

Il était une fois Jésus

LES DIEUX ONT-ILS DES DESSEINS ANIMÉS DE BONNES INTENTIONS ?

La religion reste un sujet délicat à l’écran tant certaines susceptibilités de chapelles sont prêtes à faire parler la foudre divine. Pourtant ce film a fait l’unanimité, puisqu’en 2012, il décroche également le César du Meilleur Film d’Animation. Un miracle ? Dans Libération, Eric Loret y voit : “la dénonciation de l’intolérance et de la bêtise croyante, sans verser dans la caricature exaspérée. Du coup, cela donne envie d’emmener les enfants voir ce Chat du rabbin pour être sûr de les vacciner contre l’extrémisme, tellement la mesquinerie religieuse est démontée avec intelligence et drôlerie.” Sentiment partagé par Le Parisien : “Ce road-movie est un pur plaisir, variation habile et infiniment colorée sur l'art et la manière de vivre ensemble en dépit des communautarismes. Inspiré par Voltaire, Sfar et son chat ne caressent personne dans le sens du poil. Ce conte humaniste plaira aux enfants”. Alors que Le Monde apporte un bémol : “In fine, ce plaidoyer pour la tolérance relève d’un prêchi-prêcha si gentiment ennuyeux qu’il peine à nous convaincre de sa légitimité.”

Joseph le Roi des rêves

DU CATÉCHISME EN 25 IMAGES PIEUSES PAR SECONDE

Il faut être honnête, le dessin animé ayant la religion pour thème n’a jamais cartooné ! Le premier a vu le jour non pas dans une étable, mais en 1956 après J-C : un film franco-tchécoslovaque racontant «la Création du monde» par Dieu aidé de 3 angelots, face à des diablotins saboteurs. Une comédie familiale qui détonnait dans l’Occident chrétien de l’époque, où l’on consommait surtout du péplum historique tel Ben Hur ou les 10 Commandements. Mai 68 marque ensuite le déclin de l’emprise du catholicisme sur la vie quotidienne, et le sujet de la religion disparaît du grand écran.

Timide retour en 1975 avec «La Genèse», un long-métrage français d'animation et de découpages de Pierre Alibert d’après la «Bible Osty», mais il faudra attendre 1998 et les Américains de Dreamworks pour voir «Le prince d’Egypte», leur premier film d’animation directement inspiré du Livre de l'Exode (Ancien Testament), avec pour sujet les aventures d’un certain Moïse. Modernité et action, où fer et goupillon se croisent en technicolor, avec des rebondissements et des «deus ex machina».

En 2000, dans l’air du temps, «Il était une fois Jésus» (The Miracle Maker), un film d'animation anglo-russe de Hayes et Sokolov utilise la technique de la pâte à modeler - comme dans «Wallace et Gromit» ou «Chicken Run» - tous les personnages, jusqu'aux plus anecdotiques, ont des attitudes et des expressions faciales réalistes. D’ailleurs, le nouveau millénaire offre aux personnages bibliques des destinées de plus en plus romancées, tel ce «Joseph, le Roi des rêves» qui se voit rencontrer le Pharaon et sauver l’Egypte grâce à son don de divination. Sans complexes les scénaristes ! Cette année à Annecy, Pharaon reprend d’ailleurs du service alors que Moïse fait son come-back dans «Seder-masochism», de Nina Paley, une adaptation libre et musicale de l’Exode.

Seder masochism

LES AUTRES RELIGIONS CONFINÉES AU PURGATOIRE ?

L’hindouisme ne Bouddha pas son plaisir puisque le film «la légende de Bouddha», une retranscription fidèle de la vie du Prince Siddharta Gautama, sera sélectionné pour l’Oscar 2007, mais c’est «Happy Feet», le danseur de claquettes pas manchot qui sera sacré. Récidiviste, en 2014 Bouddha ne rencontrera pas non plus son public pour «Bouddha le grand départ», revisité pourtant en mode manga.

Et le Coran, lui, est-il bien passé ? Une difficulté majeure pour les producteurs : l’Islam interdit de représenter le prophète Mahomet par l’image. C’est pourquoi en 2004 dans «Muhammad : Le dernier prophète», un film épique coranique qui se concentre sur les premiers jours de l'Islam et de Mahomet. Muhammad et les quatre premiers califes ne sont pas représentés dans le film. Les scènes qui incluent Muhammad sont montrées de son point de vue, avec ses mots paraphrasés par le narrateur. Le film a été approuvé par l’Académie de recherche islamique et le Conseil suprême islamique chiite du Liban.

La religion dans les longs-métrages - «Godbusters» - reste maintenant cantonnée à des scénarios de type biopics, avec en vedette des figures importantes des diverses croyances. Sur internet pourtant, vous trouverez de nombreux dessins animés amateurs avec tous vos «héros» préférés. Et les catalogues des enseignes spécialisées vous permettent de découvrir tout ce que vous auriez voulu savoir sur la foi sans jamais avoir osé le demander.

Par contre, ne vous attendez pas trop à y trouver de l’humour… C’est dommage, Jésus n’était-il pas un peu farceur quand il demandait à Pierre de marcher sur l’eau alors que lui-même cheminait sur des rochers affleurant la surface ?

Bouddha le grand départ
Muhammad : Le dernier prophète

LA CONTROVERSE DU POKEMON ?

Accusés d'hérésie, de satanisme, d’occultisme et de paganisme par plusieurs mouvements protestants, les produits estampillés Pokémon se sont vus purement et simplement bannis d'Arabie Saoudite suite à une fatwa en 2001 décrétant les pocket monsters contraires à la foi islamique. Pour l’évangéliste américain Creflo Dollar “la complicité très douteuse entre Sasha et son ami Pierre” peut encourager l’homosexualité chez les jeunes, il pointe aussi la manie de Salamèche, le petit lézard : “de se caresser la queue, un acte manifeste de dépravation”.

Salamèche - Pokémon
© Joann Sfar - Clément Oubrerie - Antoine Delesvaux / © Dreamworks SKG / © Naomi Jones - Renat Zinnurov / © Dreamworks / © Nina Paley / © Kaze / © RichCrest Animation / © Pokemon