les alpes so hype !

les soul flyers : les champions du monde
de freefly et base jump

par Gaëlle Tagliabue - 4 oct. 2018

s'envoyer en l'air avec les soul flyers...

Croyez-moi rien de grivois là-dedans, quoique question frissons, j’ai frôlé l’apoplexie rien qu’en écoutant Fred Fugen et Vince Reffet. Rencontre du 3ème type avec des champions du monde de freefly*, des as du base jump**…

Et pour les attraper, c’est au vol qu’il a fallu les saisir, entre deux avions… Un peu l’histoire de leur vie en somme. Les deux Anneciens passent la majeure partie de leur temps en plein ciel et quand ils sont au sol, c’est toujours la tête en l’air qu’ils reprennent leur souffle.

PARACHUTAGE CONTRÔLÉ

Le 13 octobre 2017, une porte s’ouvre dans le ciel. A peine 1,25m de haut, c’est celle d’un Pilatus. Aux commandes, Philippe Bouvier secondé par le copilote Yves Rossy. Un peu plus haut, à 4060m, Fred et Vince s’élancent dans le vide du haut de la Jungfrau en Suisse. En tête, ils ont une obsession, celle de rendre hommage à Patrick de Gayardon, celui qui les inspira, 20 ans plus tôt, en réussissant le pari de rentrer par la porte de l’avion par laquelle il venait de sauter ! Même folie, mais en plus technique… Pourquoi est-ce qu’ils ne partiraient pas d’une falaise plutôt que de l’avion ? Ils doivent «juste» trouver le moyen de caler leur propre chute sur la vitesse de l’avion. “C’était chaud quand même. Parce qu’on devait sauter avec un parachute de base-jump, qui n’a pas de système de sécurité, au-dessus de la montagne…”, se souvient Fred. “Le risque zéro n’existe pas, évidemment. Quand tu sautes de la falaise, si tu arrives fort sur l’avion et que tu t’assommes, personne ne va aller ouvrir ton parachute à ta place !”, reconnaît Vince.

4 mois d’entraînement, des dizaines de sauts, des tentatives ratées, des portes d’avion mal engagées, quelques côtes froissées plus tard, leur foi est inébranlable et ils parviennent au pari dingue de rentrer dans le zing l’un après l’autre, à près de 138km/h. Pour le coup, le clin d’œil à l’inventeur de la wingsuit, la fameuse combinaison ailée, est réussi et la vidéo affole les compteurs sur le web ; 200 millions de vues, rien que ça !

L'exploit de Vince et Fred en vidéo !

LES FOUS DU VOLANT ?

Mais avant d’en arriver à ce niveau de technicité, ils ont bossé leurs gammes. Fred, l’aîné, aux portes de la quarantaine, a commencé à sauter en parachute comme d’autres apprennent à faire du vélo. Il grandit en regardant ses parents tomber du ciel et trépigne en attendant son tour. “Je n’avais pas vraiment d’appréhension, pour moi c’était ça la normalité”. Il traîne des pieds à l’école, enchaîne les sauts dès qu’il le peut, s’initie aussi au parapente aux côtés de son père et à peine le BAC empoché signe pour plier des parachutes. Le meilleur moyen de financer ses escapades aériennes.

Pour Vince, un poil plus jeune - il est né en 1984 - le chemin est moins tracé. “Mon père et mon frère sautaient, mais j’étais plutôt comme ma mère, peu emballé par le sujet”. Une première tentative en tandem à l’âge de 14 ans qui le terrorise, puis un premier saut seul un an plus tard qui le convertit cette fois totalement.

C’est en 1999 sur le site de Lapalisse qu’ils se rencontrent pour la première fois. Un an après, Vince n’a qu’une quinzaine de sauts à son actif, Fred, plus de 1000. Un premier saut ensemble, l’alchimie est parfaite. Si ça, ce n’est pas un coup de foudre !

LIBRE CHUTE

Lorsque Vince rejoint Fred en équipe de France de freefly (discipline du parachutisme qui regroupe toutes les positions de la chute libre), en 2003, il est en plein apprentissage du métier de charpentier chez les Compagnons du Devoir. Et plaque tout sans hésitation.

Un premier titre de champions du monde un an plus tard au Brésil et des victoires qui s’enchaînent : 6 en 6 ans. Une ascension fulgurante à l’image de leur palmarès et de la barre des 7 000 sauts franchie ensemble. Le binôme diversifie très vite sa pratique, délaissant peu à peu la compétition.

Un premier saut de base jump en 2003 (saut en parachute à partir de points fixes et non d’un avion tels que des immeubles, des antennes relais, des ponts ou des falaises), mais aussi du parapente - au-dessus du lac bien sûr - et du speed-riding - dans les Aravis. Pas question de se cantonner.

Incarnant pleinement son esprit et son inspiration no limit, ils redonnent vie depuis 2010 au nom des Soul Flyers*** - un groupe d’amis sportifs unis autour d’une même passion pour les disciplines aériennes -, qui sommeillait depuis la disparition de deux leurs membres.

Installés depuis 2009 aux alentours d’Annecy, ils enchaînent les projets jusqu’à attirer l’attention de Red Bull qui les sponsorise depuis 2012 et SkyDive Dubaï depuis 2013. Il n’en fallait pas moins pour leur permettre de réaliser des performances toujours plus démentes. “Ce qui est fou, c’est qu’on nous donne les moyens de réaliser des rêves. Mais il n’y a pas d’escalade, on ne veut pas faire toujours plus ou mieux, chaque projet est unique et nous mobilise pleinement”.

En 2014, ils réalisent un saut en wingsuit du haut de la tour Burj Khalifa à Dubaï, l’une des plus hautes du monde (828m), avant de sauter au-dessus du Mont-Blanc, à 10 000 mètres d’altitude...

LE RÊVE D’ICARE À PORTÉE D’AILES

Vous l’aurez compris, pour impressionner Fred et Vince, il en faut une sacrée dose. Alors, lorsque Yves Rossy, ancien pilote de chasse et développeur des ailes motorisées, leur propose de tester le dit procédé, Vince se propulse tout naturellement à ses côtés pour voler dans le sillon d’un Airbus A380 au-dessus de Dubaï. Drôle de normalité. Et quand Fred les rejoint pour devenir le 3ème Jetman du nom, il signe sans avoir jamais effectué de vol motorisé. Toujours normal !

Ensemble, ils vont relever un nouveau défi technique ahurissant : voler avec 8 Alpha Jet de la Patrouille de France. Impressionnant de précision, le projet Alpha Jetman donne la mesure de la démesure. “Nous devions voler à la vitesse maximale de 280km/h qui se trouve être la vitesse minimale pour les avions de la Patrouille de France pour voler en formation. Au début, nous étions très impressionnés, mais finalement, c’est un respect mutuel qui s’est installé. Les pilotes ne pensaient pas qu’on parviendrait à se rapprocher autant d’eux”.

Vol des Soul Flyers avec les Alpha Jet de la Patrouille de France

Alors ils en ont sous les ailes ou pas ? Mais ne vous y trompez pas, si Fred et Vince ont la décontraction des insouciants, ils ont surtout l’engagement des passionnés et la rigueur des athlètes de haut niveau. De quoi nous faire décoller… par procuration, au moins.

+d’infos :
soulflyers
.com
facebook : @soulflyers

*Discipline de figures en chute libre à 3 reconnue depuis 2000 par la fédération Aéronautique Internationale.
**Le base jump est un sport extrême consistant à sauter depuis des objets fixes équipé d’un parachute et non depuis des avions. «BASE» étant l’acronyme des 4 catégories de points fixes «Buildings, Antennas, Spans, Earth».
*** Collectif de sportifs fondé en 2003 par Loïc JeanAlbert, Valéry Montant, Claud Remide et Stéphane Zunino.

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