les alpes so hype !

montreux jazz festival

par Mélanie Marullaz - 2 juil. 2019

ça balance pas mal à montreux !

DEPUIS PLUS DE 50 ANS, CHAQUE ÉTÉ DU CÔTÉ DE LA RIVIERA, DES NOTES BLEUES RICOCHENT SUR LA SURFACE DU LÉMAN, SES VAGUES JAMMENT ET SES BERGES SWINGUENT. ALORS QUE LES FESTIVALS PASSENT ET TRÉPASSENT, MONTREUX JAZZ, LUI, GARDE LE RYTHME.

Le Montreux Jazz? “On ne peut pas le décrire, les mots ne lui rendraient pas justice. Il faut juste venir et vivre l’expérience.” Et «Q» sait de quoi il parle. Le musicien-producteur américain -Quincy Jones, pour ceux cherchaient encore dans quel James Bond le maître d’armes grincheux, mais génial, s’était révélé un fin mélomane- est un habitué de la Riviera, dont il a fait son lieu de villégiature. Ambassadeur du Festival, il y a fêté ses 85 ans l’année dernière et fait partie des tout premiers à avoir répondu à l’invitation de Claude Nobs à la fin des années 60.

 

QUELQUES NOBS DE MUSIQUE

Quand il se lance dans l’aventure, celui qu’on finira par surnommer «Funky Claude» est comptable à l’Office de Tourisme de Vevey. Avec un titre de meilleur apprenti cuisinier de Suisse, il aurait pu s’intéresser à d’autres pianos, mais c’est la musique qui le fait vibrer et l’envie de voir le nom de sa ville dans tous les journaux. Entre deux bilans, il organise donc des concerts. Il offre aux Rolling Stones -rien que ça- leur 1re date en dehors du Royaume-Uni (1964), un an après que la TSR ait refusé d’inviter, sur ses conseils, un petit groupe qui ne tardera pourtant pas à être dans le vent : les Beatles.

 

Herbie Hancock, Quincy Jones & Claude Nobs

JAZZ AND CO

A l’occasion d’un voyage à New York en 1965, il rencontre les patrons du Label Atlantic Records, qui produisent alors tout ce qui le fait rêver : Aretha Franklin, Sonny & Cher ou Ray Charles. Coup de foudre professionnel, ils acceptent de l’aider à monter un festival. Deux ans plus tard, avec le pianiste de jazz Géo Voumard et le journaliste René Langel, il lance donc La 1re édition du Montreux Jazz : 3 jours de concerts en juin avec Keith Jarrett en tête d’affiche.
Mais les stars du swing ne déplacent pas toujours des foules. Pour remplir les salles de Montreux, dès la 2e édition, Nobs élargit donc sa programmation et continuera, année après année, à en accentuer l’éclectisme, accueillant du rock, de la pop, des rythmes latino, du hip-hop, du rap... et assumant pleinement ce que les puristes du Blue Note considéreront parfois comme commercial, mais qui lui permettra d’équilibrer ses comptes. Quoi qu’il en soit, le jazz continue à marquer la pulsation de l’événement qui devient rapidement le rendez-vous incontournable des plus grandes voix : Ella Fitzgerald, Nina Simone, Miles Davis...

MONTÉE EN GAMME

Les raisons de ce succès ? Francis Marmande, journaliste au Monde, l’avait expliqué ainsi : “une subtile équation entre la beauté du lieu, la puissance de l’argent, le confort de l’accueil, la science du public et la personnalité de Claude Nobs”. Formé à l’Ecole Hôtelière de Lausanne, l’homme a le sens de l’accueil et du service, cède à toutes les demandes de ses stars amies: une Ferrari noire pour Miles Davis, une limousine et ses gardes du corps pour escorter le sèche-cheveux de James Brown, des portes fermées aux retardataires et un silence religieux durant la prestation de Keith Jarrett... Malgré les 250 000 visiteurs chaque année, il leur offre surtout une intimité propice à l’improvisation et une proximité avec le public qui profite, de son côté, d’une qualité d’écoute rare.

Claude Nobs ©

POINT D’ORGUE ?

52 ans après sa création, Montreux a vu défilé tout ce que la mu- sique contemporaine compte de légendes, de Prince à Joan Baez, en passant par Michel Petrucciani, David Bowie, Leonard Cohen, Lauryn Hill... et survécu, en 2013, à la disparition de son emblématique fondateur. Mais l’équilibre d’un festival est précaire. En février dernier, à une toute petite majorité, les habitants de Montreux ont refusé que leur commune investisse 27 millions de francs dans la rénovation du Centre de Congrès. Sans cette mise aux normes, la capacité maximale des salles, dont l’Auditorium Stravinski, serait réduite à 300 places. L’avenir du Montreux Jazz, et d’autres manifestations culturelles comme Polymanga ou le Montreux Comedy en dépend. Y aurait-il de l’eau dans le jazz ?

 

+d'infos : http://montreuxriviera.com

Charly Rappo - Daniel Balmat