maf attacks

deal
pour une idylle

par Mélanie Marullaz - 6 oct. 2019

jeux interdits

N° 1 A TOUJOURS ÉTÉ UNE RAPIDE. ELLE A FAIT SES NUITS TÔT, MARCHÉ TÔT, PARLÉ TÔT ; ELLE MANGE VITE, BOIT VITE, PIGE VITE... MAIS IL Y A UN DOMAINE POUR LEQUEL, VRAIMENT, NOUS NE SOMMES PAS PRÊTS À ENCOURAGER SA PRÉCOCITÉ...

"- Au fait, je voulais vous demander, lance N°1, l’air de rien, en plein jeu de société, est-ce que Brian pourrait venir dormir à la maison pendant les vacances ?
- Non mais on croit rêver !!!
, m’insurgé-je en tapant du poing sur la table, ce qui fait se dresser N°3 comme un suricate sur le canapé. Ça fait trois fois de suite que je pioche un double, impossible d’atteindre les 30 points avec ça, je ne vais jamais pouvoir la commencer cette partie...
- T’es mauvaise au Rummykub, t’es mauvaise au Rummykub. Il va bien falloir te faire une raison, nargue l’Homme en alignant deux suites et un brelan.
- Vous fatiguez pas, de toute façon, c’est moi qui vais gagner, comme à chaque fois, sourit N°2 qui pose, conquérante, une ribambelle colorée de chiffres, dans une variété de combinaisons que je n’aurais jamais imaginées.
- C’est vraiment trop naze ce jeu, souffle N°1 en piochant. Et du coup, vous dites quoi, alors, pour Brian ?
- He is in the kitchen, répond l’Homme par réflexe pavlovien. Ce qui me donne subitement envie d’y aller et de me servir un verre d’eau, histoire de me fluidifier les pensées : est-ce que mes poils se hérisseraient de la même manière si Brian s’appelait Thimotée ? Et paf, Madame «je-passe-ma-vie-à-donner-des-leçons-d’ouverture-d’esprit», te voilà le nez dans tes préjugés... Qu’a fait ma mère la 1re fois que je lui ai demandé ? J’avais au moins 4 ans de plus quand c’est arrivé ! Et mon amoureux de l’époque ne portait pas un nom de série télé...

PÈRE MISSION

- Maman ?... attend N°1, blasée.
- Ah oui, c’est à moi de jouer ?
- Non mais personne ne veut me répondre ou quoi ?! Oui, non,
c’est pourtant pas compliqué !
- Moi, je veux bien te répondre...,
tente N°3, toujours prête à pacifier le débat, alors qu’on ne voit plus, à présent, que ses pieds calés sur le dossier du canapé. ...mais c’est quoi la question ?
- Toi, tu t’occupes de tes oignons ! Maman... S’il te plaît...
- Disons, Choupette, qu’il faut quand même me laisser un peu le temps de réfléchir...
- Ah, non non !
L’Homme finit par intervenir. C’est tout réfléchi : c’est d’accord... (Je manque de m’étouffer et la mâchoire de N°1 semble démantibulée)... à une condition...
- Que je tonde la pelouse ? Que je lave ta voiture ? Que je repasse tes chemises ?
mitraille l’intéressée.
- Ça, ce ne sont que les bases de notre contrat pour que TU dormes sous notre toit, sourit son père, machiavélique. Si tu as des invités, il va falloir augmenter la mise... Un petit 18 de moyenne en maths pour cette première partie de trimestre, ça te paraît jouable ?

ADO À DOS

- 18 !!! Mais chui une quiche en proportionnalité, j’ai toujours rien pigé... et puis je m’en étais plutôt bien sortie avec mon dernier 12, mais pour atteindre 18, il faudrait qu’au prochain DS, j’ai... 24 sur 20 !!!
- Il faut se donner les moyens de ses ambitions, ma Choupette... Je vois que les moyennes, par contre, tu maîtrises maintenant...
- Pffff... T’aurais aussi bien pu dire «non» tout de suite,
quitte-t’elle la table pour s’enfermer dans sa chambre.
- Fixer un objectif inaccessible ? C’est comme ça que tu comptes la motiver pour bosser ? applaudis-je.
- C’est quoi le plus grave, qu’elle foire son année ou qu’elle perde sa virginité ?
- La peste ou le choléra ?... Mais méfie-toi, avec un contrat comme ça, elle est capable de réussir les deux à la fois”.
Muette depuis 5 minutes, N°2 aligne sur la table ses derniers chiffres, comme on résout une équation, dans un final en quatre coups qui nous laisse bouches bées.
“Ce qui est sûr, Bibou, conclut l’Homme, c’est qu’avec toi, ce n’est pas à coups de moyenne de maths qu’on négociera !”

 

illustration Sophie Caquineau