maf attacks

mère
à perte de vue

par Mélanie Marullaz - 2 mai 2017

y'en a mère !

Certains parents poussent leurs enfants, le plus tôt possible, vers une forme d’autonomie. D’autres essaient, le plus longtemps possible, de faire partie du paysage. Et ce quelle que soit la direction dans laquelle regardent leurs rejetons. Je n’ai pas choisi, mais devinez dans quel camp j’ai atterri...

Je suis une mère présente. Très. Trop ? Peut-être... Je suis en tous cas obligée de constater que mes filles réclament de quoi respirer. Depuis peu, N°1 et 2 se relaient pour demander quand reviendra Amandine la baby-sitter. En gros, quand prendrons-nous une soirée pour Nous, afin de leur en laisser une à Elles ? C’est dans l’ordre des choses. Mais ma plus grosse claque sur le ton “lâche-moi les Baskets Maman” est venue de là où je ne l’attendais pas. Mon bébé, ma crevette, le truc qui se fond encore dans mes bras au réveil et s’endort au son des battements de mon cœur, me fait la gueule depuis une semaine quand je viens la chercher à l’école : “Mais Maman, pourquoi je vais pas à la garderie, Maman ?” Répétition en début et en fin de phrase, pour être bien sûre de m’accrocher. “Mais Maman, je voulais que ce soit Papy et Mamy qui vient me chercher, Maman”. Papy&Mamy sont une seule entité.

MÈRE À PERTE DE VUE

Bref, je comprends - j’encaisse - leur besoin de quitter mon giron et me consolais jusqu’à présent en pensant que dans le quotidien, je leur resterai encore un moment indispensable. Mais... Ce matin, comme je devais quitter la maison aux aurores, j’avais laissé des consignes précises à l’Homme : taille des bols à préparer, température du lait pour chaque Numéro, ordre dans lequel les réveiller - celui de leur arrivée au monde... Je lui avais également suggéré de ne pas essayer de les coiffer, j’avais préparé leurs habits sur le canapé, leurs chaussures dans l’entrée, leurs goûters bien empaquetés. En imaginant la course dans laquelle il allait se lancer, j’ai donc quitté la maison plus culpabilisée que rassérénée. Mais, acte manqué, moins d’1/2h plus tard, je faisais demi-tour en constatant que j’avais oublié mon porte- monnaie - une performance à laquelle je suis habituée, mais je n’ai, d’ordinaire, pas la possibilité de m’en retourner, devant l’automate du péage, c’est un peu compliqué.

C’EST PAS LA MÈRE À BOIRE

En sus de l’exaspération générée par cette perte de temps inconsidérée, j’imaginais le chaos domestique que j’allais trouver : l’Homme profitant de mon retour-éclair pour me glisser les tresses de N°3 à démêler, N°1 me demandant où était son pantalon noir et sa ceinture argentée, les pleurs de N°2 s’accrochant à ma jambe en réclamant son 43ème baiser... C’est donc tel un pompier, consciente de l’urgence et investie d’une mission de première nécessité, que j’ai défoncé la porte et crié : “Tout va bien, Maman est là !”... avec, pour seule réponse, le sifflement de l’Homme sous la douche. N°1 coiffait tranquillement N°3, qui dessinait un dragon absolument effrayant - ses yeux rouges avaient l’air d’une paire de lunettes, rouges aussi, elle avait déniché sa «préférée robe de cœur» au fond du carton des affaires à donner, l’avait judicieusement assortie d’un pantalon mou, un jogging quoi, et d’un col roulé - “Maman, t’as vu, j’aurais pas froid Maman.” Quant à N°2, c’est tout juste si elle a levé les yeux de son encyclopédie des animaux pour me lancer : “A ce soir Maman !” Chacune avait trempé son goûter dans sa tasse de chocolat, les bols que j’avais alignés n’avaient pas plus bougé que les habits préparés, enfouis sous l’amas de tous ceux qu’elles avaient essayés. Tout n’était que liberté, frusques, calme, et ponctualité.

J’ai donc fermé la porte, un poil mélancolique, mais pas longtemps... Si elles vont pouvoir respirer, alors JE vais pouvoir respirer !

+ d’infos : mavraieviedemaf.wordpress.com

Illustration : Sophie Caquineau