mâle et diction

lyon passe à table !

par Frédéric Charpentier - 12 févr. 2017

lyon, capitale du gauleton

Tout est bon dans l’bouchon ! Non, je ne parle pas de celui du tunnel de Fourvière, indigeste, qui bloque le transit estival de la France en migration vers la bouche du (t)Rhône, je parle de cette institution lyonnaise conviviale où la cuisine y est généreuse, à l'image de ses mères, garantes de la tradition dans le menu détail.

Entrez donc les amis ! Ici pas de visite guindée, les tables jouent du coude-à-coude, asseyez-vous et tenez-vous à carreaux (rouges), vous voilà au marché du palais, vos papilles vont déguster !

Midi Saône, voici l’apéritif : heureux qui communard (kir au vin rouge) va faire un beau voyage au pays de la cochonnaille, avec quelques grattons - histoire de jauger le cochon sur pieds (farcis) - suivis d’une belle aguicheuse ficelée dans sa résille, tout rosette d’émotion. Jésus que c’est bon ! Et premier levé de coude pour saluer l’arrivée des pots de Beaujolais et de Côtes-du-Rhône, rassurez-vous, il y en aura d’autres. Humm, claquement de langue (d’agneau), il a de la rondeur et du fruit. Vos joues (de bœuf) en rosissent de plaisir !

Tiens, qui fait son entrée ? Le cervelas bien sûr, haché ou pistaché, il ne va pas vous laisser tiède surtout que côté brioche et cuisses de grenouilles, pour vous c’est le commencement de la faim. “Aux armes citoyens, mâchons le mâchon, qu’un rouge bien pur abreuve nos cardons”, car ici c’est le gratin des gourmets, la crème de la crème, entière de préférence, lovée entre les macaronis. Trop riche ou pas de fric assez ? Vous n’allez quand même pas en faire tout un fromage (de tête) ? Appréciez-donc ces plats venus du fond (de veau) des âges et cuisinés avec les tripes...

Dans ce texte, il faut que les morilles. Vous savez, céans vous ne verrez jamais de (g)rognon rôti sans sa graisse, ici on fait l’andouille, on rit de tout, la lotte rit aussi, mais surtout on ris de veau, chacun à sa sauce. Un côté café-théâtre avec le répertoire d’Homlettes - mais sans Anti-gone - et en sus de belles histoires de Q gratinées entre la Quenelle au brochet et la Queue de bœuf mijotée... Quel talent au piano ! Pas besoin de bombe pour faire péter votre ceinture de Panthéon (de la gastronomie), il suffit de lire la carte : blanquette, boudin, cervelle, confits, coquelet, filet de loup, gigot, lapin sauté, hareng, joues de porc ... vous criez grasse ? Dommage, on vous tendait une perche dans sa fondue de poireaux ! Vous êtes fatigués ? Hop, la sauce ravigote, c’est bon pour votre cervelle (de canut) ! Puis, on dessert la table : voici une crème brûlée (pas les calories), un clafoutis qui tire au flan (de marrons) et une (presque) île flottante aux pralines. Ça vous matefaim ? Je ne serais pas surpris si vos dents du fond beignets (aux fleurs d’acacias)...

Et surtout ne faites pas le Guignol : si vous ne terminez pas votre assiette, la cuisinière le prendra comme un Gnafron personnel!

Illustration : Sophie Caquineau