mâle et diction

monsieur et
la manif pour toutes...

par Frédéric Charpentier - 2 mai 2017

la parité selon loulou

Madame s’est habillée comme pour aller marcher longtemps. Décontract’ mais élégante, genre “c’est pas parce que je vais faire du sport que je vais m’habiller comme un footballeur !” Et c’est plutôt réussi, voilà qui motive le loulou : “je peux venir courir avec toi ?” - Madame se marre : “je ne vais pas courir, je vais a une manif pour le respect des femmes ! Ça te dit ?”

Monsieur présente aussitôt le syndrome du poisson rouge : il aimerait bien trouver un coin pour se cacher, mais le bocal est rond... Il essaye de donner le change avec des excuses à la con qui réjouissent Madame par leur inventivité.
Lui : “Je serais volontiers venu, mais je viens de me rappeler que j’ai du repassage à finir”... Il aurait pu faire homme politique, plus c’est gros et plus ça passe, du style : “je vais créer 2 millions d’emplois et rembourser les couronnes dentaires...”. Et pourquoi pas un jour Poutou président avec une cravate ?
Madame essaie la Pédagogie pour les Nuls : “Savais-tu, Canard, que les femmes sont payées 25% de moins qu’un homme à travail égal ?”.
Il tente une parade qu’il sait foireuse : “Peut-être à cause de la pénibilité du poste ?”
Elle : “C’est le même poste”
Lui feinte : “D’accord, mais comme il est moins souple du bras parce qu’il a davantage de muscles, il lui arrive de souffrir en utilisant la souris, avec un gros risque de tendinite, d’où l’écart de salaire...”

Madame voterait bien pour la légalisation des guillotines maritales : couper court à ce genre de réflexion, là tout de suite, ce serait le pied absolu ! Quitte à en perdre la tête. Elle se reprend ! Argumenter, énoncer des faits, il faut des faits : “Sais-tu que l’Islande veut supprimer la différence de salaire entre hommes et femmes ? Que les entreprises britanniques vont être contraintes à la transparence sur les salaires ? En France, les employées pourraient arrêter leur journée à 15h40 au lieu de 17h puisque ensuite elles ne sont plus payées !”.
Monsieur fait des yeux ronds comme ceux du fameux poisson dans son bocal. Madame sent qu’elle a touché juste, elle pousse un 2ème pion : “Sais-tu qu’on trouve moins de 10% de femmes parmi les dirigeants d’entreprises et que les femmes parlementaires ne sont que 25% ?”
Loulou est embêté : “En effet c’est bizarre, elles préfèrent peut-être rester à la maison ?”
Elle ricane : “Bien sûr, 90% qui refuseraient un poste de direction pour pouvoir continuer à passer l’aspirateur ? Tu me prends pour une truffe ! Je crois plutôt qu’ils se choisissent entre eux, ils ne vont quand même pas abandonner le confort du pouvoir issu du patriarcat... Est- ce que Trump voterait pour Hillary ?”

Monsieur est toutes ouïes, il a tout compris !
Il est d’accord avec tout ! “Je propose une solution : et si on créait une communauté en Ardèche, où il y aurait enfin l’égalité et la parité ? Avec nos propres lois, notre économie alternative, notre réflexion écoresponsable, nos jardins secrets où labourer avec amour, et il y aurait des pistes cyclables partout...”.
Elle, réaliste : “Et pour les tâches ménagères, ce serait la parité aussi ? Tu sais qu’actuellement on est à 30/70 %...”
Lui : “Tu es mesquine, mais tu as raison ! Je te nommerais secrétaire de séance ! Il faudra donc que tu mettes cette importante question à l’ordre du jour dès la première réunion que je présiderais. Comme ça, logiquement et en espérant un vote démocratique, on pourrait passer dès la 1ère année à 35/65%!”.
Il la regarde en souriant crânement : “ Tu vois que les choses bougeraient très vite si c’était nous qui nous occupions de faire la politique !”
Madame soupire, résignée... finalement elle préfère aller toute seule à la manif...

Illustration : Sophie Caquineau