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c'est la fête amère

par Frédéric Charpentier - 7 mai 2019

madame lui ferait bien sa fête... !

MONSIEUR : « ÇA TE DIRAIT UN APÉRO ? » MADAME SAIT QUE QUAND LOULOU LUI PROPOSE UN APÉRO À 17 H UN JOUR DE SEMAINE, C’EST POUR SE DONNER UNE CONTENANCE. ELLE DÉCLINE L’OFFRE, MAIS IL REVIENT AVEC SON VERRE A LA MAIN : « JE TE DÉRANGE, LÀ ? » MADAME SOUPIRE : « ALLEZ DIS-MOI, C’EST QUOI LE PROBLÈME ? » BOUCHE EN CUL-DE- POULE, MONSIEUR FAIT SON SURPRIS...

Puis il accouche : “ben, je me demandais si on n’aurait pas pu inviter quelqu’un à manger dimanche...” Elle jette un coup d’œil au calendrier : “Le 26 mai ? On n’a rien de prévu, du coup je voulais en profiter pour me faire le maillot et généralement, ça me prend la journée. Tu pensais à qui ? Des potes ?” Lui : “Non, non, une personne qui n’est pas venue depuis longtemps...” Madame laisse les 3 points en suspension, il ne se rend même pas compte qu’il est transparent ! Le 26 mai l’innocent ! Mais elle ne ferre pas tout de suite, et Monsieur, qui n’a pas vu l’hameçon, pousse le bouchon encore un peu plus loin : “Si ça t’embête, je peux même m’occuper du repas !” Elle feint l’étonnement. Ce n’est pas que Madame soit sadique, mais elle aime bien les plaisirs de la pêche & de la chasse. Surtout qu’elle sait par quel trou du terrier va sortir le lapin.

Flash-Back.

Non, fidèle lectrice, je ne te parle pas du tube d’Imagination datant de 1981, non, je fais juste un petit saut en arrière (tu as vu comme c’est décalé, du Activmag quoi !) pour t’expliquer que Loulou a reçu ce matin un appel de sa maman qui lui a susurré (suggéré) qu’elle serait « aux anges » (Madame aurait préféré : « avec les anges ») si son fils chéri et adoré (pfff !) décidait (s’il en avait les c...) de l’inviter pour la Fête des Mères (Mère ça commence par un grand Aime), soit au restaurant (avec des étoiles pour lui prouver son Amour), soit chez lui (dans la vaisselle gagnée au mariage). Ce à quoi Canard, après une timide résistance genre “Ah zut, ce jour-là j’avais prévu d’aller manifester contre le tunnel sous le Semnoz”, et 30 minutes d’argumentation maternelle sur cette dernière occasion de se voir avant son entrée à l’Ehpad (fake news ?), vu l’aggravation de sa déliquescence cérébrale (seul point validé par sa bru), et que s’il était un bon-bon garçon (ce que les friandes disent de lui), il accepterait ! Ce que bien sûr le fils chéri fit...

Y’a plus qu’à l’avouer pour être à moitié pardonné (en théorie)

Mais là, devant Madame, Loulou rame, il se débat avec son cordon ombilical autour du cou. Il sent qu’il est percé à jour, mais se lance avec le courage d’un Jean-Michel Blanquer expliquant la nouvelle réforme du bac aux profs : “Je me demandais, euh, si ce ne serait pas sympa, euh, ou même charitable, euh, de partager un bon moment à table avec, euh, une personne qui m’est chère, euh, bon, je sais que ce n’est pas une super-copine pour toi, euh, en même temps elle est gentille, euh, et méritante, la vie n’est pas facile pour elle, elle est si seule...” Madame le coupe, les phrases de 8 lignes, ça la soûle : “Allez, accouche : c’est belle-maman que tu veux inviter ?” Monsieur feint la surprise, tel Carlos Ghosn à qui un juge japonais demande de justifier le financement de son mariage au château de Versailles : “Ma maman ? Tiens pourquoi pas, c’est une bonne idée ça ! D’ailleurs, j’avoue que j’y avais aussi pensé ! Elle va être folle de joie ! Et en plus, elle a envie de nous reparler de son projet de venir habiter chez nous...” Madame vide ses poumons douloureusement, de toute façon, elle aurait fini par dire oui. Obligée. Trop conne ! Deux consolations : le fils lui sera redevable et elle en profitera pour essayer d’empoisonner la mère...

Sophie Caquineau