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c'est les boules !

par Frédéric Charpentier - 15 déc. 2018

Le vilain petit sapin

Je suis un sapin. Enfin on devrait plutôt dire un «sapinounet» car je suis haut comme 3 pommes de pin, malingre, avec de petites branches moches. Un look de fougère anorexique. J’ai poussé dans un sous-bois sans soleil, avec mes racines sur du rocher. Non, pas le beau sapin roi des forêts ! Et je dois dire que finalement, ce soir, c’est préférable (du Canada)… !

Car bizarrement me voilà aujourd’hui dans cette vente d’arbres de Noël au Palais Bourbon - où règnent nos députés - au milieu de con(i)frères autrement plus fournis et aguicheurs que moi ! On dirait une PME au milieu du CAC40 !

MES HEURES & MES AIGUILLES SONT COMPTÉES !

Nous sommes le 24 décembre, quel va être mon destin ? Chaque fois que le patron passe devant moi, je lis dans ses yeux que je suis vilain et qu’il désespère de me vendre. Tant mieux ! Moi, ça ne m’intéresse pas d’aller faire le guignol dans un salon, enguirlandé comme Michou… J’aurais vraiment trop les boules ! Je vois d’ici venir l’arnaque : on me fera les yeux doux pendant 3 jours, on m’habillera en star avec paillettes, étoiles, lumignons, papillotes, et puis hop, comme Hulot chez LREM, le 27, je me retrouverai en kit, option petit bois dans la cheminée ! Mes collègues eux, les fats, gavés à l’humus multivitaminé, ils sont heureux ! Le bling-bling, ils ont été élevés pour ça ! Alors ils se gaussent, élancés et superbes dans leur livrée d’aiguilles bien vertes !

Sauf qu’ils ne connaissent pas la suite ! Car leur seule culture, c’est celle du pépiniériste qui leur a bourré le tronc. Moi, j’ai été élevé à la dure, mais libre. Et mes potes les oiseaux me rapportaient les potins du monde : je suis informé de l’issue de la soirée.

Tiens, à l’instant, il y en a un joliment branché qui part en talons aiguilles chez un certain Georges T. se faire masser les plantes des racines… ? Avant lui, j’en ai vu un touffu embarqué par Alexandre B., le seul sapin d’entre nous qui va sûrement finir plaqué au sol, des traces de matraque sur la cime. Même Jean-Luc M. s’est déplacé - apparemment calmé depuis qu’il s’est fait passer un savon par sa ville -, il en a choisi un gros, de quoi faire des planches, ça peut servir pour la suite de sa carrière. Il n’y a qu’Emmanuel M. que je n’ai pas vu, il a dû traverser la rue à la recherche d’un bouleau…

LE SOIR TOMBE ET LA MESSE (DE NOËL) SERA BIENTÔT DITE.

Droit dans mon pot, j’attends la sentence. Les voitures avec chauffeur sont parties. Je sens que ça va chauffer pour moi. Un homme maigre entre avec hésitation dans la boutique. Il s’approche de moi et me sourit. Dans un mauvais français, il demande mon prix. Le vendeur hésite, puis le confondant avec Yannick Jadot (pas celui de la rade de Genève), me voilà bradé pour 1 euro symbolique et transporté en vélo à travers les rues de la capitale. Curieuse destination, nous nous approchons de ce qui ressemble à un village de cabanes, petites et biscornues. Mon nouvel ami pousse une porte en carton, des enfants crient de joie en me voyant débarquer. Je ne comprends pas leur langue, mais je lis du plaisir dans leurs yeux ! La maman m’accueille, me caresse et m’installe délicatement au centre de cette maison de poupée. J’aime l’humanité et la chaleur de ce lieu. Je sais que je vais passer un bon Noël… Je suis à ma place : entre déracinés, on se comprend !