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consentement non nécessaire

par Mélanie Marullaz - 10 mars 2019

quand n°3 teste le baby-snow...

Ce matin, maman a mis sa grosse doudoune à pois qui ressemble aux rideaux de ma chambre, elle a jeté n°1 et n°2 à l’école et on a pris la route. Elle a l’air toute excitée, elle parle de ski, de moniteur, me montre les montagnes, je ne sais pas trop si je dois m’inquiéter….

J’enlève ma tétine et lui réponds : “des neiges, des neiges !” parce que j’adore le crissement que font mes bottes roses quand je marche dedans, et puis parce qu’on n’a pas encore de grandes discussions ; j’ai peur de l’effrayer si, à 2 ans et demi, je lui expose ma théorie sur le réchauffement climatique, il est donc préférable de rester à son niveau.

Arrivées à Morzine, elle m’enfile une salopette bleue électrique, un blouson assorti avec un ours blanc dessus et un masque de ski effet miroir. J’ai trop la classe ! On monte dans la benne et ça me fait rigoler parce que ça fait des guili dans le ventre comme l’hélicoptère du manège. Maman prend 150 photos floues, mais elle a l’air tellement contente que je décide de ne pas la bassiner avec sa mise au point. Au sommet, elle discute avec un monsieur tout en rouge. Je ne crois pas que ce soit le Père Noël, il est beaucoup trop bronzé, n’a même pas de barbe et son traîneau est démesurément petit… C’est un drôle d’engin qui ressemble à ma trottinette : un guidon sur une planche de surf, avec une selle en tissu imprimé «meuh», des sangles, un manche à l’arrière… Un baby-snow qu’il l’appelle, «pour faire du ski comme les grands»… et d’après ce que je comprends, je dois… MONTER DESSUS ?!!!

Ah non, mais moi j’étais venue là pour MARCHER dans la neige, en manger un peu à la limite, mais il n’a jamais été question de glisser !!! Panique… Et si je me cachais derrière la jambe de Maman ? Il pensera que je suis partie et trouvera un autre bébé pour faire ses expériences… Mais la jambe se dérobe et la traîtresse me fait avancer vers lui ! Ça m’étonne qu’elle aille sur ce terrain-là, elle sait pourtant bien comment je gère la contrainte et la frustration. Je vais donc me rouler dans la neige en tapant des pieds et hurler tout mon soul jusqu’à ce qu’elle ait tellement honte que… Chocolat ? Elle a dit chocolat si je monte sur le baby-snow ? Eriger le chantage en principe pédagogique fondamental et abuser de ma faiblesse comme ça, franchement c’est moche… Mais je suis accroc, c’est fichu, elle me tient.

Je me laisse donc couler sur le baby-snow en me faisant la plus molle possible, mais je refuse de me tenir debout et d’empoigner le guidon. J’ouvre simplement la bouche pour crier : “Honore ta part du contrat et aboule le chocolat !”, curieusement, seules les syllabes «Co-lat» en sortent, mais elles suffisent à me faire obtenir mon dû et, avant même que j’aie le temps de croquer dedans, nous sommes partis.

François (le monsieur en rouge) est derrière moi, il dirige le baby-snow comme une poussette, on se lance doucement dans la pente, on se penche dans les virages… Woooooohhh, je vais quand même me tenir au guidon finalement… Maman m’encourage, elle skie en regardant derrière, ce qui, même si je n’y connais pas grand-chose, me paraît tout à fait imprudent. Elle me demande si j’aime ça. «Colat» sera ma seule réponse. Les autres skieurs m’observent en riant, François rit, Maman rit… J’ai bien envie de rire aussi, mais je crains qu’elle ne range le chocolat si ça se passe trop bien. Pourtant, quel pied ! La glisse, la vitesse, l’air frais sur mes joues, je comprends maintenant pourquoi toute la famille s’éclipse discrètement le samedi matin en me laissant faire des puzzles avec Papy.

Une dernière acrobatie façon «wheeling» et nous voilà déjà arrivés en bas… Tape-m’en cinq François et viens-là que je te claque une bise ! Tu me dis quand t’es dispo et on remet ça ? Et la prochaine fois, c’est ma tournée de «Colat». Rien à faire, je n’arriverai pas à sortir d’autre mot que celui-là…

Illustration Sophie Caquineau