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coule ma poule

par Mélanie Marullaz - 2 mars 2019

swimming poule

Enfant, plusieurs étés de grelottements intensifs autour de bassins carrelés ont fait de moi un flotteur honnête. Adulte, je ne suis pas devenue plus sexy en bonnet de bain, mais j’ai, assez logiquement, décidé de passer l’agrément piscine pour accompagner l’activité natation de mes filles à l’école... J’ai juste oublié que je n’aimais toujours pas l’eau chlorée

Pour faire bonne figure, pour ne pas me priver de bons moments en famille, pendant des années, j’avais enfoui dans les profondeurs abyssales de mon subconscient cette aversion quasi féline pour l’élément liquide. J’avais oublié que, dans mes vies antérieures, je n’étais pas dauphin, ni même tortue ou hippopotame, non, j’ai dû être poule, de celles qui picorent, qui pondent, mais qu’on n’a jamais vu nager. J’avais ignoré la réaction horripilée de ma peau quand je plongeais un orteil dans l’eau, manifestation pourtant évidente de mon passé de gallinacée.

POULETTE DE COMPÈT’

Le jour du test, j’étais archi prête : révision des fiches techniques, épilation des grandes occasions, maillot préféré (acheté en Californie… Je n’y ai passé que deux jours, mais j’ai longtemps gardé l’étiquette sur la culotte, avec le prix en dollars, pour que personne n’ait de doute sur sa provenance). Mais quand le maître-nageur agacé m’a rappelé qu’il valait mieux enlever mes lunettes de vue pour sauter, j’ai perdu ma belle confiance. Transformée en volaille-taupe, mon passé est remonté et tout m’est revenu : les plats sur les cuisses, l’eau qui envahit le nez et vous explose les sinus, la peau des mains qui fripe d’avoir trop longtemps macéré, les yeux qui piquent, les pansements qui flottent et les toilettes mouillées… Là-haut sur le plongeoir, j’avais de nouveau 8 ans et autant d’impatience à me jeter dans l’eau turquoise qu’un nuggets dans l’huile bouillante. Une partie de moi se demandait pourquoi je n’avais pas plutôt choisi d’accompagner l’activité couture ; l’autre convenant que, finalement, niveau empathie avec les apprentis nageurs, je pouvais difficilement faire mieux. C’est cette dernière qui m’a fait plonger dans le grand flou, nager 50 m à tâtons et faire le canard - pour une géline, ça frôle la schizophrénie - afin d’attraper les cerceaux au fond du bassin.

J’ai donc, malgré tout, réussi à décrocher le droit d’encadrer, à la piscine, des enfants… mais jamais les miens ! Ah non, ces demoiselles, elles, tiennent de leur Père, l’Homme de l’Atlantide : pas la peine d’aller lui trifouiller les chakras pour constater qu’une tribu entière d’animaux marins peuple ses vies antérieures…

N°1 est donc une sirène, des Mers du Nord certainement, car elle est capable de faire des pirouettes dans une eau à 17°C ; N°2 est une sorte d’Iggy Pop palmé, avec une grâce en cours d’acquisition, mais une énergie de dingue ; N°3 débute seulement, mais elle tient quand même déjà plus du pingouin que du poussin. Bref, à leur niveau d’aisance aquatique, on ne s’encombre plus d’un parent, agrément ou pas agrément, on veut du maître-nageur compétent, du Camille Lacour, du Manaudou Florent - moi aussi, si on me demande, je veux bien… -.

QUAND Y’A DES GÈNES, Y’A PAS DE PLAISIR !

Alors, pendant que je barbotte au milieu d’une bande de petits poulets flottant dans leur maillot de bain trop grand, lèvres bleues et poils dressés, grelottant dans 50 cm d’eau pourtant tempérée - et je préfère ne pas savoir pourquoi elle est si tiède -, mes naïades frétillent au loin, sans même me jeter un regard. Comme quoi l’amour maternel vous pousse parfois à consentir des efforts qui ne servent à rien… En tout cas, là, c’est évident, mes filles ingrates n’assument absolument pas leur ascendance et ne revendiquent pas le moindre gêne de cette Mère Poule… mouillée.

Illustration Sophie Caquineau