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esprit de noël

par Emmanuel Allait - 25 déc. 2018

samis frais

Quelle chance, le 25 décembre tombe le jour de Noël ! L’occasion est trop belle de faire plaisir à mon fils et de l’emmener en Finlande. Direction le cercle polaire, au pays des ours blancs, à bord du grizzly jet Genève-Rovaniemi. En route pour un voyage en Laponie, au royaume du Père Noël, semé d’embûches...

À cause de la neige, nous atterrissons d’abord plus tard que prévu. Se faire enguirlander par le père Fouettard le jour de Noël, ce serait les boules ! Mais, fort heureusement, le père Noël n’est pas encore arrivé lui non plus. Et surtout, pas facile de trouver des-cembre où dormir le 25. Rien sur pol’airbnb, c’est la hotte saison. Fallait regarder le calendrier et réserver avent, je sais. Et si nous Campion près de la grande roue au marché de Noël ? Qu’importe le flocon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! Mais comme nous santon déjà les moins 20 degrés nous engourdir, nous allons plutôt tenter de dégoter une place en crèche, dans la rue principale.

On sonne. Jingle bells Jingle bells !! Personne à l’accueil. On y entre comme dans un moulin, même pas de plan vigie-Pilate ! Mais une ambiance de ouf ! Devant, juchés sur l’é-table, Bob, dit l’âne, et Franck, font un bœuf. Derrière eux, en hauteur, sur une Cène improvisée, un joli plateau de rois mages, avec Sheila ! Soudain, l’apôtre claque, le père Noël débarque enfin, toutes six rennes hurlantes. “Désolé, je reste juste 5 minutes, trop de taf, on doit mettre le paquet ! Je vous offre à boire ?”. Il ouvre alors un «Pâques» et nous propose sa fameuse bière tombale. Un peu trop alcoolisée, je préfère un Juda bricot, et mon fils un Juda nanas. “Vous pouvez dormir ici si vous voulez !”. Le petit n’est guère enthousiaste. “Oh non, papa, pas ici, c’est naze, arrête!”. L’endroit est vraiment trop bruyant. La nuit, même si les bêtes l’aiment, Jésus crie. En plus, comme il est allergeek aux nouvelles technologies, il n’y a pas de wifi.

Alors que nous quittions la crèche et son Golgotha mondain, Marie et Joseph arrivent à tombeau ouvert. Toujours les mêmes qui font l’épitre ! On jette notre dévolu sur une auberge de Genèse, au cœur du quartier lutin. Hélas, la seule chambre disponible n’est pas la pone. Trop petite. De quoi finir santa claus-trophobe. Tant pis, on posera un matelas par terre, ça fera l’affaire. L’auberge est blindée. Il y a là George Michael, un habitué qui s’était déjà pointé «last Christmas» ; Tino Russie, venu en voisin, était malade, sans doute un mauvais vi-russe ; Mariah Careyment ivre, E-mile et E-mage, connectés en permanence à leur portable, et lady Glagla, collée au poêle, entonnaient un tube de la compagnie créole «au balte masqué». Dans un coin, Shakespeare philosophait tout seul en avalant une Hamlet norvégienne. «Atre ou ne pas âtre !», répétait-il sans cesse. Tout en dégustant de délicieux toats au foie gras - du fin landais, m’a-t-on assuré -, nous poursuivons le dîner avec un petit chapon rouge, éclairés par Aladinde et sa lampe magique. Le repas est excellent, un vrai trois étoiles du berger.

Le départ est fixé au petit matin, en traîneau. Mais l’engin est prisonnier de l’épaisse couche de neige tombée pendant la nuit. Il faut encore que les rennes déneigent pendant des heures, pour nous délivreeeeeeeer. God save the renne ! Bizarre, le pilote ressemble à Jacques Dutronc. Et à ses côtés, Marie-Noëlle, la fille du père Noël, et Jean Balthazar. Soudain, venu de la droite, juste après la station Elfe, un esquimau au guidon d’une motoneige chargée de fruits et légumes nous percute violemment. Tout se retourne, les pommes, les poires, et le ski(bi)doo. Incroyable ! Inuit ! Quel scandinaze ce chauffard ! “Papa où t’es” ? cria mon fils, “aide-moi, j’ai stromael au pied”. Je sens qu’on m’agrippe le bras. J’ouvre les yeux. “Papa, t’es tombé du lit. T’as fait un cauchemar ! Viens vite, les cadeaux sont déjà sous le sapin !”

© Andrey Kiselev