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l'ado, cet être formidable...

par Marie-Caro Abramovitch-Boubée - 23 févr. 2019

ado as-tu du coeur ?

On voudrait nous faire croire que les ados sont des êtres sans cœur, uniquement préoccupés de leur petit confort, et dénués de toute forme de compassion. Que nenni !!!

C’est bien mal observer les comportements de ces petites créatures délicates - qui portent déjà des baskets taille 43 et feraient fuir un régiment de putois lorsqu’ils daignent les enlever - que de ne pas y reconnaître les signes d’une grandeur d’âme quasi dalaï-lamaesque… Certes, l’exercice n’est pas facile, et nécessite que vous portiez désormais un regard exempt de tout jugement sur vos ados-rables têtes blondes. Prenez de la hauteur, de la distance, quelques grandes respirations… un peu de Prozac au cas où, et méditez ces exemples…

L’ADO EST GÉNÉREUX

Pour preuve, cela fait près d’un mois que votre vélo flambant neuf (un cadeau de votre cher et tendre ; ce goujat a trouvé désopilant de vous offrir un Lapierre, eu égard à vos rêves de cailloux d’un autre genre… Ça ne vous a pas fait rire du tout !) est chez un certain Noé. N’écoutant que son grand cœur, votre Arthur le lui a gentiment prêté pour qu’il puisse rentrer chez lui après l’heure du dernier bus. Vous appréciez le geste, mais vous trouvez que deux mois pour faire l’aller-retour Annecy-Veyrier, c’est un peu longuet… Vous sommez donc votre cadet, avec toute la diplomatie qui vous caractérise, de régler ce problème au plus vite. Ce n’est pas que vous en ayez un besoin criant, ça se saurait, mais vous aimeriez néanmoins le récupérer, ne serait-ce que pour le revendre sur Le Boncoin.

Le soir même, un tas de boue avec deux roues - qui pourrait donc bien être une bicyclette - encombre l’allée. A y regarder de plus près, l’objet en question n’est qu’un lointain cousin de votre fringant destrier (oui je sais, je m’emballe un peu), plus près de la draisienne que du vélo de course. Ce pauvre Noé s’est fait voler son (votre) vélo la nuit dernière, c’est vraiment pas de chance, mais il vous donne le sien à la place, c’est pas gentil ça ?!!! Vos hurlements sont fort opportunément couverts par la tondeuse du voisin, ce qui empêche votre fils d’enrichir encore, si besoin est, son dictionnaire de gros mots. A ce propos, il a un bien beau vélo le voisin. Un Lapierre qu’il a négocié sur Le Boncoin ??? Vous apprendrez plus tard (beaucoup plus tard, croyez-moi) que dans sa grande magnanimité, Arthur - très concerné par l’économie solidaire - a partagé le produit de la vente avec son pote Noé. Réjouissez-vous, votre ado est généreux !

L’ADO EST SOLIDAIRE

Là, sur le bureau du proviseur, c’est bien l’écriture reconnaissable entre mille (malgré six ans de séances d’orthophonie) de votre fils ado-ré… Vos yeux remontent doucement à l’origine du document : «Pétission des 4èmes 3 pour le renvoit de cette grosse v…. de prof de franssais» (sic). Au-dessous, sept signatures, dont aucune, il est vrai, ne vous étonne ! Au-delà du fait qu’effectivement, cette brave femme est un peu corpulente (mais il est très méchant d’attaquer les gens sur leur physique, n’est-ce pas ?), il vous semble en effet qu’elle ne remplit pas tout à fait la fonction qui lui est dévolue. Quoi qu’il en soit, vous n’êtes pas très fière de la prose de monsieur votre fils !!! Le rouge vous monte au front - d’habitude c’est plutôt aux lèvres… - mais en mèredados qui se respecte, vous défendez votre progéniture bec et ongles, que vous avez soigneusement ripolinés pour l’occasion. Vous plaidez donc sa cause, avec plus de ferveur que de conviction, mettant en exergue les valeurs d’entraide et de fraternité que révèle le comportement de votre Arthur. Valeurs qui, «vous en conviendrez, cher monsieur», sont bien celles que prône l’Ecole Républicaine !

Car Arthur n’a rien contre cette pauvre femme (il n’a rien pour non plus d’ailleurs), il n’a fait que soutenir des camarades injustement punis. Ah, ils ont mis du poivre dans sa bouteille d’Evian ? Mais vraiment beaucoup de poivre ? Oh, elle n’a pas pu parler pendant quinze jours ? C’est pour ça qu’ils sont collés tous les samedis jusqu’à Noël ? Aussi, lorsque qu’après une bonne heure d’entretien - vous ne saurez jamais ce qui, de votre plaidoyer poignant ou de vos jambes joliment bronzées, a fléchi sa détermination - le proviseur vous propose de lever la punition d’Arthur, c’est avec un petit sourire sadique que vous lui répondez que non, votre fils assumera totalement la conséquence de ses actes. La petite lueur d’incompréhension qui brille dans les yeux de votre fils compense largement votre humiliation… Eh oui, mon chéri, la solidarité, c’est jusqu’au bout !

Montage Activmag © iuricazac