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le plus beau
des cadeaux

par Mélanie Marullaz - 20 mai 2019

(insatis) fête des mères

À CHAQUE FOIS QUE MA TRIBU ENVISAGE DE ME GÂTER, LES MÊMES INEPTIES SORTENT DE MA BOUCHE, BIEN TROP VITE POUR QUE J’AIE EU LE TEMPS DE LES MÉDITER : “NON, VRAIMENT, VOUS ME COMBLEZ ENTIÈREMENT, VOUS ILLUMINEZ MON QUOTIDIEN ET SUFFISEZ À FAIRE DE MA VIE UN BONHEUR SANS PÉPIN... JE VOUS LE DIS, VRAIMENT, JE N’AI BESOIN DE RIEN.”

Hypocrisie crasse !!! Tout ça pour se voir offrir, par défaut, une centrale-vapeur ou le dernier nettoyeur de vitres anti-traces. Alors cette année, me méfiant de moi-même comme de la pire des dissimulatrices, j’ai entamé, en parallèle, une introspection et une wish-list pour être sûre d’avoir, pour une fois, une bonne répartie en préparation de la Fête des Mères et un chouette cadeau le jour J.
Côté psy, je me suis d’abord demandée si, à refuser d’être gâtée, j’étais vraiment une femme... La dernière fois que je m’étais questionnée sur mon identité sexuelle, je devais avoir six ans : j’avais glissé un bout de coton dans mon maillot de bain Goldorak et je m’étais faite appeler Christophe toute une journée. J’espérais ainsi qu’une transformation miraculeuse finisse par s’opérer pour que je puisse enfin faire pipi debout. Depuis, j’avais quand même acquis la certitude de ma féminité et accepté de m’asseoir sur la cuvette.

SI T’ES TOI, TAIS-TOI

Je me suis ensuite interrogée sur les notions d’envie, de plaisir et de satisfaction pour ne réussir à trouver, en guise de réponse, qu’une tablette de chocolat au lait qui m’attendait toutes noisettes dehors sur le buffet.
J’ai enfin compris qu’en fait, je détestais être en position de demande, le bec ouvert -sauf pour le chocolat susmentionné...-, et que ça remontait à loin... A l’inverse de l’adage «qui ne demande rien n’a rien», les principes qu’on m’a inculqués peuvent en effet se résumer à «qui réclame trop fonce dans le poteau». J’ai donc grandi en pensant que si on voulait vraiment quelque chose, il ne fallait surtout pas le demander... Après toutes ces années, j’ai quand même dû me rendre à l’évidence : rares sont ceux qui lisent dans mes pensées. Il me faut donc les exprimer.

CENT BALLES ET UNE MAF ?

D’où la wish-list ! Alors -frottage de mains- ce qui me ferait vraiment plaisir cette année pour la Fête des Mères, en plus d’une épilation définitive et d’une nouvelle paire de sandales compensées pour remplacer celle que N°1 a bousillée, ce serait une journée de rêve. Une journée qui se passerait comme ça : d’abord, je ne mettrais pas le réveil et me lèverais fraîche comme la rosée après une nuit complète. Dégustant ensuite, sans interruption et à volume raisonnable, ma tartine de presse et mon bol d’infos, je ne préparerais pas trois laits au chocolat à trois températures différentes, ne gérerais ni les humeurs matinales ni la bataille pour le fond du paquet de céréales. Macérant dans un bain d’une demi-journée, je ne me soucierais pas non plus des nœuds dans les cheveux, ni du crayon sous les yeux -Tu n’as que 14 ans Choupette bon sang!-. Je laisserais enfin sans culpabilité l’anarchie et la poussière gagner la maison pendant que je lirais les potins. Le soir venu, je ne me creuserais pas la tête pour imaginer un dîner équilibré, ne me battrais pas pour que les assiettes soient terminées, les dents lavées ou la lumière fermée parce que je serais dans un petit resto sympa ou au cinéma. Et je finirais par m’endormir sans tourner, calme, apaisée, après cette belle journée... sans enfants. C’est dit ! Voilà ce qui me ferait VRAIMENT plaisir cette année : une journée sans enfants...  Ah, ça ne va pas être possible ? Ça ne se fait pas trop pour une Maman ? Bon, ben j’ai bien fait de demander... Va pour l’étui à bijou en boîte de camembert et le robot tout en 1... Si, si, je vous assure mes Amours, de toute façon, je n’ai besoin de rien.

illustration Sophie Caquineau