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les chaussettes en solo

par Mélanie Marullaz - 16 sept. 2018

en état de sock

Trop, c’est trop. Ça m’a pris dimanche matin, alors que chacun vaquait à ses occupations du jour, soit à pas grand’chose, car c’est bien là tout le principe du dimanche : ne rien faire, non ? Sauf pour la mère de famille, évidemment, qui, même si on ne lui a rien demandé, continue à ranger, laver, plier…

Je venais donc de trier, retourner et assembler 35 paires de chaussettes en me maudissant d’avoir pu penser qu’acheter le même modèle de socquettes grises en 31-34, 35-38 et 38-41 fut une idée lumineuse ; en maudissant aussi l’incroyable fantaisie de l’Homme, qui le pousse à ne choisir, pour assortir à ses costumes, que des chaussettes noires côtelées, mais pas tout à fait les mêmes, certaines avec des grosses côtes, d’autres de petites côtes ou encore des côtes moyennes… Incroyable diversité dans l’uniformité, dont je distingue difficilement la nuance à l’œil nu, mais qu’il ne manque pas de laisser en évidence sur le coin du meuble de la salle de bains, quand je faillis à ma mission réunificatrice.

Le message est très clair : peut mieux faire. Bref, je pensais arriver au bout de ce memory de la chaussette quand je suis retombée nez-à-pied avec le panier des dépareillées, les parias, les oubliées...

SOCK STORIES

Au début, il n’y en avait qu’une ou deux, et je me disais que, comme Pomponette, les égarées regagneraient leur tiroir sur la pointe du pied, après une ou deux journées de liberté. Mais le bilan, inexorablement, s’est alourdi. Il en a manqué 8, puis 12, 27, 32… Semaine après semaine, les orphelines se sont tristement accumulées, la maille terne, le talon résigné. Comme cette toute petite socquette rose de N°3, qui pleure son double n’ayant pas résisté au tambour de la machine à laver ; ou cette chaussette de tennis de N°1, dont la frangine, elle, n’est jamais revenue du gymnase du collège ou alors pas sur le bon pied ; ou encore l’aristocratique Chaussette fine de Beaumollet, mi-bas poudré, relique d’une soirée «Versailles» décadente et beaucoup trop arrosée…

Et puis il y a la chaussette inconnue, noire à rayures roses, en fil d’Ecosse taille 48, qui a échoué un jour dans notre salle de bains - si vous la reconnaissez, n’hésitez pas à me contacter… - C’est la doyenne. Elle squatte le panier depuis trois ans et réconforte comme elle peut ses voisines délaissées : “Un peu de dignité, les Filles, redressez le coup de pied ! Il ne peut rien nous arriver, je la connais la taulière, c’est une conservatrice pathologique, une obsédée du tri, une toquée du recyclage… Elle va bien nous trouver une deuxième vie, je sais pas moi, décoration de Noël, sachet de lavande, étui à téléphone portable, moufle…”

TRAITEMENT DE SOCK

Ce patchwork d’individualités éplorées me révéla soudain une criante vérité : à part moi, de ces tricots d’extrémités, qui donc s’en préoccupait ? Balancées en boule en fin de journée, les coutures à l’air, accordéonnées sur elles-mêmes, sans inquiétude de paire, elles étaient le symbole de toute une philosophie de vie : A quoi bon ramasser mes chaussettes ? Poulette le fera. A quoi bon chercher ma 2ème socquette ? Maman la retrouvera. A quoi bon débarrasser la table ? A quoi bon mettre mon bol dans le lave-vaisselle ? A quoi bon ranger ma veste dans le dressing ? A quoi bon poster cette lettre ? A quoi bon, à quoi bon, A QUOI BON ???

Sock frontal, prise de conscience. La rentrée étant une période propice aux résolutions et à la revendication, je vais donc me mobiliser pour faire valoir mon droit à ne pas toujours être la voiture-balai. Pour commencer : grève illimitée de l’appareillement de socquettes - on a les armes qu’on peut. L’automne sera chaud…ssette.

+ d’infos :
mavraieviedemaf.wordpress
.com

Illustration Sophie Caquineau