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maf en détresse,
à s'en s'arracher les cheveux !

par Mélanie Marullaz - 21 nov. 2018

soirée pou-rrie

Les petites bêtes ne mangent pas les grosses, on le répète assez souvent, et c’est vrai. Mais elles ont quand même parfois, un sérieux pou-voir de nuisance…

Soirée familiale dans un resto italien chic - suffisamment chic pour ne pas proposer de menu enfant, mais suffisamment italien pour accepter de préparer à N°3 une assiette de pâtes à la sauce tomate. Les filles se tiennent comme il faut, le vin est bon - tellement bon que j’ai presque réussi à convaincre l’Homme d’échanger notre session dominicale de natation contre un brunch à la maison. Jusqu’ici, tout va bien… quand j’aperçois, au-dessus de l’œil de ma benjamine, une petite tache noirâtre. Une sorte de croûte de bobo… qui se carapate ! Et qui, au moment où je vais, comme toute maman qui se respecte, essayer de la gratouiller, se faufile entre les sourcils pour se mettre à l’abri.

J’aurais dû m’en douter ce matin quand je l’ai coiffée. J’ai vu quelque chose, entre les dents de la brosse, se faufiler. Mais j’ai refusé d’affronter la réalité… Parce que non, ça ne peut pas m’arriver ! Pas à moi, qui ai dressé des haies de lavande autour de notre maison et en parfume tous les placards ; qui pulvérise, tous les jours après le petit-déjeuner, une bouteille entière d’huiles essentielles sur la chevelure de mes poupées ; qui clame avec fierté, auprès des autres mamans, que grâce à ce geste quotidien : “plus un pou sur leur tête depuis belle lurette !”.

POU-RIFICAZIONE

Bref, ce soir je vis ce pou-pou pidou sur le front de N°3 comme une provocation ! Ou une humiliation… un truc en -tion qui n’a, en tous cas, rien à faire avec mes demi-lunes farcies à l’agneau sur crème de topinambours. Je traque donc l’inopportun avant qu’il ne tombe dans le parmesan, réussis à le pincer en arrachant quelques sourcils au passage et cours aux toilettes avec le briquet de l’Homme. Je l’écrase entre deux feuilles d’essuiemains, hésite avec la poubelle, mais l’immole et le noie ensuite. C’est violent, mais on n’est jamais trop prudent. Je n’en suis pas plus sereine pour autant. L’incident a pourri mon repas, je ne pense plus à laisser de pourboire et accélère le retour à la maison pour un épouillage familial en bonne et due forme.

E-POU-RAZIONE

En mode bonobos - enfin presque - N°1 passe la tête de sa cadette au peigne fin, pendant que j’inspecte le crâne de N°3, qui se penche sur celui de N°1. Mon époux lui, un peu fâché par le repas gâché, ne se sent pas vraiment concerné. Ces petites bêtes, contrairement aux jeunes poulettes, ne sont que très moyennement sensibles au charme de sa chevelure poivre et sel. N°3 ouvre soudain des yeux ronds :

“Maman, y’en a plein là des trucs blancs !

- Mais non, Banane, c’est des pellicules”, tranche l’ado, experte en la matière.

- “Vous les avez peut-être chopés à la piscine”, tenté-je, espérant enfoncer le clou pour la natation.

- “Dans un film l’autre jour, y’a une nana, elle était aquaphobe”, commente N°1, toujours fort à propos.

- “Akwa quoi ?” s’enquiert N°3.

- “Aquaphobe, elle avait peur de l’eau…

- Mais comment elle faisait pour boire ?” s’inquiète sincèrement N°2. Après un temps de flottement perplexe, comme nous laissent souvent ses sorties, mélanges incroyables de bon sens et de poésie, je reprends le fil de la discussion.

- “En tous cas, les poux, eux, il paraît qu’ils flottent et paf, quand tu remontes à la surface, tu les embarques.

- Et ta mauvaise foi, à toi, elle flotte ?” intervient finalement l’Homme. “Je te vois venir avec tes grandes palmes… Déjà, tu nous as fait passé une soirée épouvantable, alors on mettra des bonnets de bain et demain, c’est piscine, un point c’est tout !” Pou-trefazione !!!

+ d’infos :
mavraieviedemaf.wordpress
.com

Illustration Sophie Caquineau