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miroir
mon beau miroir

par Frédéric Charpentier - 16 mars 2020

monsieur fait sa peau lisse

MADAME TOQUE À LA PORTE DE LA SALLE DE BAINS : « DIS-DONC, MON LOULOU, TU PENSES Y PASSER LA JOURNÉE ? PARCE QUE MOI AUSSI J’AIMERAIS ME RENDRE PRÉSENTABLE POUR ALLER BOSSER... » L’HUIS S’OUVRE SUR LUI, LE VISAGE FRAIS... BIEN TROP FRAIS PAR RAPPORT À LA DATE DE PÉREMPTION DU BONHOMME !

Madame – telle la louve de Tex Avery – laisse échapper un long sifflement d’admiration assorti d’une exorbitation incontrôlée ! : “Dis- donc, tu t’es fait faire un lifting en cachette ? Par le chirurgien de Deneuve ? Ça a dû te coûter un bras, vu le boulot, c’est quoi cette peau de fesses de bébé ? Tu as pris un bain de lait d’ânesse ?” Comme tu peux le constater, fidèle lectrice, Madame est tournechamboulée, son cerveau, pourtant performant, n’arrivant pas à analyser la situation : depuis quand un homme arrivant en seconde (et dernière) partie de parcours de vie peut-il se permettre de présenter de tels signes de rajeunissement ?

La femme n’a plus le monopole de la jeunesse, m’enfin !

Monsieur est plutôt satisfait de son effet, le voilà en roulure de mécaniques au visage béat. La dernière fois qu’elle avait montré autant d’enthousiasme remontait au jour où il avait cassé son PEL pour lui offrir des cuissardes Magda Butrym en velours à ornements. Le voilà qui milite : “Et j’en profite pour dénoncer la perfidie féminine qui tient les mecs ignorants des progrès de la science ! Vous nous cachez les miracles de la chimie bienfaitrice, de la régénération tissulaire de rien, de l’hydra(ten)tation, des sérums visage glissants ou de l’anti-rides aux excréments de yack ! Vous nous laissez dessécher sans broncher, retourner à l’état de cuir craquelé, pattes d’oies déconfites et couperosés pas frais, afin qu’on puisse vous servir de faire-valoir, comme on dit à Valloire !”
Madame reprend du poil de la barbe de la bête et pose une mule rose à talon dans la salle de bains : “C’est quoi ce procès d’intention ? Toi qui as toujours ricané en parlant des gonzesses à fond déteintes, des peaux de colle ! Bien trop occupé que tu étais à éplucher l’Equipe plutôt que tes cellules mortes, bien trop attentif à mettre de l’huile sous ton capot que sur ta peau au soleil ! Moi, par contre, j’ai toujours subi le devoir, sinon le diktat, de te présenter une peau douce que tu avais la gentillesse de labourer de ta barbe de 3 jours au nom du Dieu Virilité...”

Loulou place ses mains manucurées en T, dans le geste du temps-mort...

“Calmos ! Pour une fois, nous allons être d’accord : tout ça, c’est la faute de ma mère ! Elle m’a inculqué que (diamant) brut je devais rester... Zut, ce serait bien la première fois qu’elle se trompe !” Madame attend la suite... “Et... ? Maintenant que tu es sorti de ta caverne, tu vas, soit te faire greffer un visage, soit épouser Estée L’Odeur ? Non, moi je ne suis pas d’accord, j’ai pas envie de discuter de masque clarifiant au concombre avec toi en rentrant du boulot !” Monsieur râle : “Ok Brigitte, ne le prends pas mal, mais je te rappelle que j’ai, tous les jours en face de moi au petit-déjeuner, la vision de ce qui m’attend, tu peux comprendre que je flippe un peu, tout président que je suis... !

 

illustration Sophie Caquineau