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mission-mère

par Frédéric Charpentier - 14 nov. 2018

madame et monsieur : que de la gueule !

«On n’est pas bien là, paisibles, à la fraîche, décontracté du gland ?» Loulou adore paraphraser Depardieu dans Les Valseuses. Madame sourit : «Je veux bien que tu m’épargnes la suite de la réplique… mais c’est vrai que j’apprécie ce moment de calme !» Monsieur est en forme (trop ?), il ajoute : «Maman me le dit souvent, que tu devrais te calmer !»

Madame se marre : “Tu penses qu’elle veut dire que je suis une excitée au lit ?” - Lui : “Quels sont ces mots impurs que tu places dans la bouche de ma mère ?” - Elle : “Oulah, si on peut plus déconner ! Je te rappelle qu’à Noël dernier, elle a fait un numéro de pole-dance en nuisette devant tout son club de Scrabble ! Alors excuse-moi, mais la Miss vermeil, c’est pas une seins-nitouche ! J’ai d’ailleurs constaté qu’elle s’était fait tatouer ton prénom sur l’épaule, trop mignons les bisounours, ouarf !” Monsieur préfère en rigoler : “Ok, c’est vrai qu’elle est un peu délurée, les chats ne font pas des chiens ! Mais personnellement et sans vouloir t’offenser, je préfère ces excès-là, comparés au très pénible bashing permanent de ta mère sur les gens en général et sur ma façon de m’habiller en particulier !” Madame marque l’arrêt, tel un épagneul breton, dont elle possède le regard vif, le poil ras et le goût prononcé pour le chouchen ; elle semble à crocs, euh, à cran.

Elle : “Et après tu t’étonnes que Trump puisse déclencher une guerre ?”
Les 2 neurones de Monsieur essayent de traduire cette question en langage cohérent, mais n‘y arrivent pas : “C’est-y quoi donc que j’ai encore dit ?” - Elle : “Tu me pousses à bout ! J’aimerais savoir pourquoi ma mère te sert de bouc émissaire depuis tant d’années, elle qui essaie seulement de t’aider à assortir tes chemises et tes chaussettes, cela s’appelle faire des remarques con-struc-tives ! Par contre, si tu veux continuer à t’habiller comme Gilbert Montagné quand il choisit ses fringues au vide-grenier de Mortemart au fin fond du Limousin, c’est ton choix ! Sauf que c’est moi qui me tape la honte quand je sors le boulet laid dans la rue. Tu as de la chance que je ne m’appelle pas Lara, sinon t’aurais déjà fini au fond du canal du Vassé avec le slip et les chaussettes lestés de boules de pétanque !”

Vexé, Loulou monte le thon, en tout bien tout honneur : “Je suis donc celui qui met le feu à la poudre aux joues ? Le Poutine du Je t’aime moi non plus ? Le Kim Jong-un de la Saint-Valentin ? L’Erdogan de l’harmonie du couple ? Je suis désolé, mais sur ce coup-là, c’est toi qui as dégoupillé la première ! Tu es d’une absolue mauvaise foi qui frise ton ridi’cul !” Madame s’est levée, empourprée jusqu’aux cheveux, prête à faire exploser sa ceinture… : “T’es vraiment qu’un gros nul et tu ne me mérites pas !!”

Monsieur applaudit : “Alors, ça t’as fait du bien ?”
Elle : “Génial ! Ça fonctionne vraiment top ! Ça démarre des tripes, ensuite on sent que ça monte, avant le lâcher-prise final… j’ai adoré !” Lui : “Pareil pour moi, c’est exactement ce qu’avait décrit le coach. Une bonne décharge d’adrénaline positive. C’est vraiment parfait ce concept d’Engueulothérapie, ça nous change de la bienveillance gonflante qu’on voit partout ! Et s’engueuler pour s’engueuler autant que ce soit jouissif !” Madame pouffe (ce n’est pas son nom, ça veut dire qu’elle rit) : “C’est le même résultat qu’après une séance de yoga, mais le bonus, c’est qu’on ne finit pas chez l’ostéo après la posture du Pigeon Bourré ou de la Tortue Psychopathe, et surtout ça ne sent pas les pieds.” Loulou concède : “Exact, même si personnellement, je préfère quand même la technique de la réconciliation-sur-l’oreiller-thérapie !” “Encore faudrait-il que tu sois bon, pour une fois !”, relance Madame visiblement partante pour un second tour…

Illustration Sophie Caquineau