mdr

monsieur en grande conversion

par Frédéric Charpentier - 30 janv. 2019

monsieur du côté noir de la farce

Situation tragique en plein hiver : lui immobile, skis aux pieds dans 60 cm de poudreuse, dré dans l’pentu d’une piste noire : «noire comme ton regard mon loulou… je sens que si mon dos était à portée de bâton, tu n’hésiterais pas à me faire une Jean-Claude Duss !», se marre madame 10 mètres plus bas, se faisant innocemment dorer le masque en l’attendant.

Et oui, lectrice, je sais que tu souris, car tu as déjà sûrement vécu ce moment, peut-être même à la place de la personne qui ne rigole pas, mais alors pas du tout, les jambes tétanisées et l’anorak version sauna ! Ces grands moments de solitude où tu serais prête à vider ton compte en banque pour te payer un hélico illico qui te descendrait direct au chalet devant la cheminée que tu n’aurais jamais dû quitter ! Eh oui, Monsieur est bloqué depuis maintenant 10 bonnes minutes, à écouter son cœur jouer les Tambours du Bronx… Et si son palpitant Tape, tape, tape, ce n’est surtout pas pour annoncer une Nuit de folie avec l’autre enf..rée perverse qui pouffe sur ses planches, dans tous les sens du terme ! Il sent que ça va partir en sucette ! De surcroît dans un lieu où ni les marmottes, ni les bouquetins n’ont été formés à la médiation de couple…

SKI PEUT AGACER…

Loulou s’est encore fait avoir. Il sait pourtant que les pistes avec «noir» dans le nom - c’est comme les histoires d’amour - ça finit mal en général. «Aigle noir» ça sonnait bien pourtant... d’ailleurs, prémonition, il s’est envolé au 3ème virage. Madame l’encourage : “Pas de chance, je n’ai pas eu le temps de sortir mon téléphone pour te filmer. Si tu pouvais maintenant commencer à bouger avant que l’aigle ne vienne te crever les yeux et t’achever !” Oui, elle a ce côté horripilant de ceux qui ont débuté le hors-piste à 4 ans. Lui : “Ma chère, sache que je suis en situation de mort imminente, si ma carre glace, le ski rippe et je termine en Picasso dans le rocher tout en bas. Je sais qu’un Picasso à la maison, ça fait riche, mais en mode Schumacher, c’est nettement moins déco !”

Pour éviter que Loulou ne fasse une fixation, elle passe à la pure pédagogie (dans chaque femme, il y a l’appli Infirmière & pédagogue) : “Je pense que tu devrais prendre un peu de vitesse pour démarrer ton virage, à moins que tu ne préfères nous gratifier d’une conversion ?” Mais la conversion n’est pas le fort de Canard, c’est un athée vert, pur et dur, qui n’a pas suivi religieusement ses cours de glisse. Pourtant une voix off, venue du ciel, lui intime de traverser l’amère noire : “Allez, tourne après cette bosse - non, refus - OK, allez, après celle-là - refus - après la suivante, maintenant - ça ne veut pas déclencher - p’tain, j’y arrive pas !” Madame prévient : “C’est pas mal, chouchou, y’a de l’idée, mais tu te rapproches beaucoup de la barre rocheuse, là… T’as pris ton parapente ?”

SKIER PEUT RENDRE MÉCHANT…

Lui nerveux : “J’aimerais comprendre le sadisme qui t’anime : tu le sais pourtant que je ne tourne qu’à droite ! J’ai pourtant rien dit sur ta mère ce matin ! Elle a mis un contrat sur ma tête ? Ou bien ton amant et toi avez monté un plan diabolique ?” Elle : “Le danger stimule ton imagination : bravo ! Mais moi, je pense que je vais plutôt aller me dégourdir les skis, au lieu d’écouter l’avalanche de tes reproches ! Au fait, tu feras gaffe : il n’y a pas de réseau, ici, pour appeler les secours…” Lui peu Nô et théâtral : “Vas-y, laisse-moi crever ici ! Je le sentais venir ! J’ai bien compris que tu voulais tester mon courage, mais je te rappelle quand même que moi j’ai osé aller sur le rond-point d’Annecy-Nord en brandissant ma carte LREM et que j’y ai brûlé un gilet jaune - avec personne dedans - en hurlant «Macron t’es un champion !» Si ça, c’est pas de l’héroïsme !”

Illustration Sophie Caquineau