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quand l'homme chouchoute son ménage

par Frédéric Charpentier - 18 mars 2019

avec monsieur, c'est panosse tous les jours !

LOULOU : « TU SAIS QUE TU M’AS RENDU HEUREUX, TOI ? UN CADEAU DE SAINT-VALENTIN COMME ÇA, J’EN REDEMANDE TOUS LES ANS ! » MADAME TOMBE DES NUES, BIEN QU’EN FÉVRIER, ELLE SOIT TOUJOURS TRÈS EMMITOUFLÉE : « TU PARLES DE CE QUE JE T’AI OFFERT ? CE FAMEUX KIT BALAI-À-PLAT-MICROFIBRES ET SON SEAU-ESSOREUR... OUARF, TU AURAIS VU TA TÊTE ! »

Puis, elle le gratifie d’une œillade entendue. “Tu dois confondre avec la panoplie Lapine-Coquine de l’an dernier ! Tu sais avec les oreilles qui te chatouillaient la carotte magique...” Lapin reste imperturbable, seules ses incisives frétillent à cette évocation : “Non, non, je parle bien de cette incroyable serpillière, as-tu remarqué que depuis le 15 février, je passe des heures avec elle ! Je l’adore !”  Tilt, Madame fait enfin le lien avec son refus viscéral du mariage : panosse-pas noces...

ALORS ? ENFIN UN HOMME HEUREUX EN MÉNAGE ?

Loulou reprend : “Le cerveau masculin adore les belles mécaniques, dans chaque homme, il y a un ingénieur nostalgique du Meccano de son enfance, de ses Lego chéris qui alliaient l’esthétique du fonctionnel au charme de l’invention !” Il saisit les 2 mains de Madame et la regarde avec exaltation : “Nettoyer les sols avec ce très bel objet me procure un réel plaisir, c’est un moment de détente extraordinaire, du pur bonheur ! Vraiment !” Madame le regarde par en-dessous, bien qu’ici, il ne s’agisse pas de lingerie. Elle se méfie, le bonhomme lui a déjà fait des Benalla, vous savez ces passeports diplomatiques voyageurs Pipeau & Compagnie, cette capacité à mentir avec un vil aplomb incroyable, le genre de mec que vous finissez par épouser en prison sans vous en rendre compte... ! Pourtant elle sait que les hommes sont faciles à coincer, c’est comme sur Meetic, il suffit de leur proposer de passer à l’acte. Ironiquement : “Et bien mon Canard, tu vas me faire une démo, et j’en suis toute émue !”

LA PERFECTION SE CONJUGUE (PARFOIS) AU MASCULIN !

Comme s’il n’attendait que ça, Loulou s’empare du manche, remplit prestement le seau d’eau chaude et fonce dans la cuisine. Avec l’aisance d’une génomée XX, il lève l’engin, débloque d’un coup sec la tête du balai couverte de sa moumoute, puis la plonge dans le seau. Il la ressort ruisselante, aussi fier qu’Arthur arrachant Excalibur, jette un coup d’œil en loucedé à la Topcheffe version Ménage pour s’assurer que cette scène va bien rentrer dans l’inconscient collectif féminin, ensuite, d’un souple mouvement du poignet, il engage avec douceur la dite ruisselante dans la fente prévue à cet effet et exerce quelques pressions verticale afin de bien l’essorer (non fidèle lectrice, je ne plagie pas la rubrique « Coin G » d’Emmanuel, mon condisciple ghroniqueur).

UN INSTANT STUPÉFIANT... MÊME SANS...

La gestuelle de Monsieur est parfaite. A l’insu de son plein gré, elle est admirative : “C’est magistral, on dirait Laurent Petit sur son piano aux étoiles !” Canard reclique l’engin au sol : “Regarde, le plus beau du ballet est à venir, tu vas voir comme ça glisse...” Effectivement, c’est Holiday on Ice, le Lac des Cygnes sur céramique 60x60, Roméo sur le balcon lustrant la faïence de Juliette, il allie la vista d’un hockeyeur avec la précision d’un Mbappé. Ça vole, ça virevolte, pas une miette n’échappe à sa dextérité, là où il passe les moutons trépassent !
D’ailleurs, il arrive à parler en même temps, c’est dire son aisance : “Tu vois, le problème des femmes est de penser que nous ne sommes pas capables. Il suffit de nous donner de beaux outils pour nous motiver, nous ne sommes pas des feignants, nous sommes des esthètes !” Rire gras : “Du moment que c’est joliment carrossé et que ça se laisse manipuler sans couiner...” Quand on vous dit que les mecs ne sont pas compliqués... !

illustration Sophie Caquineau