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quand le robotique...

par Pascale Godin - 26 janv. 2019

un dîner presque tout pourri

C'était l’occasion d’utiliser enfin ce formidable robot de cuisine qu’il m’avait offert 3 années plus tôt, et qui servait à faire joli dans la cuisine, une pièce dans laquelle je mets rarement les pieds (quoi qu’il en soit, ma cuisine fait la taille d’une croûte de fromage (mais ne sent pas des pieds) et l’un de nous est de trop). Je me suis donc attaquée à la réalisation d’un dîner remarquable, j’ai mis mon casque de soudeur, et j’ai aligné en rang d’oignon le blender, le robot et ses accessoires, et plein de trucs à mélanger dedans. Le tout avait drôlement de la gueule.

ATTENTION, ON NE NOUS DIT PAS TOUT

Les robots sont des êtres vivants qui viennent d’une galaxie lointaine, ils ont hypnotisé les vendeurs, qui croient sincèrement vendre quelque chose d’utile. Mais en fait, ils sont là pour prendre le pouvoir et coloniser notre monde, et la plus grande vigilance s’impose. La preuve, le blender n’a rien dit lorsque j’ai glissé dans son ventre gourmand quelques pointes d’asperges, un soupçon de crème fraîche, 1 verre de bouillon et 2 jaunes d’œufs. Pas plus que n’a moufté le robot, lorsque je l’ai gavé des ingrédients nécessaires à la confection d’une pâte à pudding. Les amandes attendaient patiemment, déjà embusquées au fin fond du hachoir, et j’étais prête à diriger les opérations culinaires d’un simple doigt.

ET CLIC, J’AI DÉCHAÎNÉ LES ENFERS

Poussé par une espèce de fission de l’atome, le couvercle du colonel Blender a basculé, et l’intégralité de son contenu a jailli contre les murs, dans une grande gerbe mêlée de pointes d’asperges. D’un seul coup. J’ai poussé un petit cri stupide, pendant qu’un des fouets du capitaine Robot s’échappait et rebondissait joyeusement dans la fente du grille-pain. L’autre, un peu bringuebalant, catapultait des petits grumeaux de pâte un peu partout, pendant que les amandes au fond du sergent Hachoir s’agglutinaient autour du couteau. Il se paralysa instantanément, émit un petit «chtoc» pitoyable, et un gémissement aigu vint aussitôt s’ajouter à cette assourdissante symphonie pour gamelles. Il avait l’air drôlement crispé. Tentant d’étouffer la révolte, j’ai tâtonné plusieurs interrupteurs en même temps, mince, voilà que je me trompe de sens et que j’augmente la vitesse du blender, ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, mon consommé d’asperge vient de retapisser le mur du fond ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.

LA VENGEANCE EST UN PUDDING QUI SE MANGE AVEC LA TÊTE

Quand je réussis enfin à juguler l’Invincible Armada, ma cuisine avait à peu près l’aspect de Pompéi après l’éruption du Vésuve (j’ai vu des gravures, cessez de me contredire ou je vous envoie mon Robot de cuisine à air comprimé). Le silence était quasi biblique, à peine éraflé d’un petit gargouillis d’eau dans laquelle cuisaient, impassibles, 4 œufs rescapés du combat (le temps passe, et les œufs durs, encore un proverbe qui se vérifie). Quand Roger Moore a franchi le seuil de ma noble demeure, j’ai vu son sourire s’écrabouiller comme un petit bout de pudding, et je crains que les pointes d’asperge, dans mes narines, ne l’aient déstabilisé (c’est un outil de séduction totalement inefficace, j’ai testé pour vous). Juste après, il a rigolé, a fait «tss tss tss» avec sa bouche, et m’a regardée comme si j’étais une serpillière. C’est à ce moment-là que je lui ai retourné le bol du robot sur la tête. Après tout, ce robot, il me l’avait offert pour la Saint Valentin. Justice est faite, et je peux dorénavant participer à la finale d’«un dîner tout pourri», bientôt sur TF1.