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quand les vieilles rient...

par Pascale Godin - 1 déc. 2018

grand senior

Récemment, je suis allée au cinéma. Rien que de très banal, lecteur Hannibal. Mais la jeune fille du guichet m’a facturé le tarif senior. Et ça, c’était une grande première. Ne doutant pas d’une erreur (ou de la possibilité qu’elle fut mal-voyante ou un peu nouille), je lui fis remarquer que la catégorie senior démarrait à 65 ans.

La jeune fille me fixa intensément. “Oui ? Et alors ?”, me répondit-elle. Bien entendu, je la démembrai instantanément. Et répandis ses morceaux encore chauds dans les poubelles du secteur. Mais ne nous fâchons pas au-delà des limites raisonnables. Car cette situation n’est jamais que le détail d’un ensemble de vexations quotidiennes dont voici 3 exemples :

• Vous sortez de chez le coiffeur, personne ne semble le remarquer. Vous agitez follement votre toupet sous le nez de vos interlocuteurs, qui persistent à regarder ailleurs, dans le vague, ou à changer de sujet. Ils ne sont pas inattentifs ou indifférents. Simplement, votre coiffure est ratée. Mais ils ne souhaitent pas vous blesser, et préfèrent ignorer la touffe molle et décolorée qui orne désormais votre crâne (consolez-vous, vos interlocuteurs sont sympas).

Mon conseil : Cultivez votre côté alternatif et rebelle. Les bons magasins de farces et attrapes proposent des coiffures Playmobile en plastique moulé. L’occasion pour vous d’entrer dans la peau de Roy Orbison ou de Donald Trump et de vivre, le temps de la repousse, dans la peau d’un rocker décédé ou d’un businessman raciste et dégénéré (et roux). Puis, retournez chez votre coiffeur et faites-lui sauter les yeux à la cuillère à moka (ça ne changera pas vos cheveux, mais ça soulage).

• Aujourd’hui, vous vous trouvez particulièrement belle, votre miroir vous le rend bien. D’excellente humeur, vous envisagez même de passer chez le coiffeur (un autre) pour aller voir ce film dans lequel George Clooney joue le rôle d’un célibataire (syndrome «Rose pourpre du Caire»). Mais au café, une connaissance vous fait remarquer que “ohlalaaa, on dirait une poupée vaudou ! Tu es fatiguée ?? Malade ???”

Mon conseil : Vérifiez tout d’abord votre miroir (s’il est fendu, des créatures se sont engouffrées dans votre salle de bain et brouillent vos facultés mentales. Consultez rapidement un chaman, purifiez-vous à la sauge et dansez une polka sous la pleine lune en taureau). Prenez également rendez-vous avec un ophtalmo et un neurologue. Puis, envolez-vous au Mexique pour participer à la fête des morts. Rien de tel qu’un peu de pittoresque pour attendrir les épreuves.

• Vous avez bien senti, en vous habillant ce matin, que votre déguisement du jour vacille. Mais vous n’avez pas encore récupéré tous les bouts de votre cerveau, votre perception du détail reste imprécise (d’autant plus imprécise qu’elle étouffe sous la perruque Playmobile en plastique moulé). Sur le coup de midi, vous découvrez que vous avez assorti vos socquettes à un jean feu au plancher et à des bottines (la malédiction de Karl Lagerfeld dans ta face). Vous le faites remarquer à vos collègues en rigolant, elles s’engouffrent dans la brèche. Et vous précisent à grands cris qu’elles l’ont remarqué dès votre arrivée (tout juste si elles ne vous collent pas une baffe tellement c’est moche).

Mon conseil : Vous n’êtes pas tombée dans le piège de la jupe courte avec des socquettes et des bottines, c’est déjà ça. Concentrez-vous maintenant sur Karl Lagerfeld. Ce type porte des jabots, des mitaines en cuir, les lunettes de Stevie Wonder, un chat persan en sautoir et une queue-de-cheval filasse. Pardon, mais en matière de bon goût, ça pue du caquelon. En outre, vos collègues sont aussi celles qui ignorent votre passage chez le coiffeur. Elles ne sont donc pas si sympas que ça.

Ne me remerciez pas pour cet ensemble de solutions, je cultive une nature fondamentalement bonne. Néanmoins, les dons en espèces, chèques déjeuner, points Esso et assignats sont à adresser à la rédaction, qui fera suivre.