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ras la hotte

par Mélanie Marullaz - 13 déc. 2018

santa clause de style

Totalement harassé, le père noël laisse enfin son corps fourbu tomber sur le lit conjugal. «dure journée ?» marmonne madame. En guise de réponse, l’homme en pyjama rouge laisse d’abord échapper un profond et bruyant soupir. «j’ai rencontré, comme tu en avais eu l’idée, l’équipe de ton cabinet de conseil en stratégie, tu sais, les p’tits jeunes là...»

«Primo, ce n’est pas MON cabinet de conseil, deuxio, il me semblait intéressant de prendre du recul sur tes habitudes de travail et de te remettre un peu en question, non ?

- Ouais… Tu pensais surtout que j’entendrais chez eux ce que je n’écoute plus chez toi, mais peu importe… Je débarque là-bas, on se met autour d’une table, ils m’offrent un thé vert bio et des sablés au quinoa, se présentent, c’est sympa, et m’expliquent, avec tout un tas de mots en -ing, que les choses changent, qu’il ne faut pas que je sois à la traîne, Oh Oh Oh - Rhaa, c’est fatigant ce tic ! - qu’ils ont fait un audit de ma société et qu’ils ont plein d’idées. Pour me les exposer, ils m’ont trimballé toute la journée d’atelier en atelier, des oueurchopes comme ils disent…

- Work-shops.

- Si tu veux. Ça commence par un petit gars en costume tellement étroit que je rentre mon ventre par solidarité. Il me parle rentabilité. D’après lui, les lutins sont beaucoup trop nombreux, trop syndiqués et leur charge de travail ne justifie par une embauche à l’année… Il parle délocalisation, robotisation des chaînes de production de jouets, ouverture de capital et actionnariat, m’assomme de chiffres et de tableaux excel avant de me refiler à sa copine de la com’. Son truc à elle, c’est mon image. Elle voudrait que je sois en cohérence avec toutes les tendances possibles et imaginables : qu’on fabrique les jouets à la main, de manière éthique et responsable - pas sûr qu’elle se soit rencardée auprès de son copain tout serré - ; que je libère les rennes, parce que les gosses sont «hypeeeer sensibilisés» à la cause animale ; mais que je ne les remplace pas par n’importe quoi, parce qu’entre la pollution atmosphérique et le prix des carburants : «un moteur, c’est no way, quoi !», d’ailleurs, elle a eu une illumination et m’a vu en char à voile…

- Mais non ! pouffe Mère Noël sous sa couette.

- Mais je dois surtout commencer par perdre du poids… Range-moi vite ce sourire vainqueur, veux-tu ! Puis, couper ma barbe et mes cheveux beaucoup plus courts, changer de tailleur et envisager une autre couleur, bref «bousculer les codes et les traditions».

- Mais la tradition, c’est ton fonds de commerce !

- Peut-être, mais «c’est soooooo XXème siècle ! Au jour d’aujourd’hui, il faut se démarquer, étonner, faire le buzz». Alors elle m’a laissé entre les mains d’un blogueur mode - je te passe les essayages hiver 2018-2019, le cuir, le carreau, le satiné et le poncho, Oh Oh Oh, rhaa, ça recommence ! -, puis d’une influenceuse - je ne savais même pas que c’était un métier - qui m’a suggéré de tweeter une ou deux conneries à propos de Trump ou Macron, de prendre des selfies avec des chatons, de trouver quelques amitiés people bien placées, George Clooney, Thomas Pesquet, mais surtout, surtout… de m’afficher avec une femme beaucoup moins… expérimentée…

- Pfff, je ne suis même pas étonnée. Bref, tu en tires quand même bien quelque chose de positif de cette journée ?

- Oui, une règle de bon sens : la prochaine fois que tu auras une idée, je me rappellerai de ne pas t’écouter»

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