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rayon de braquage

par Magali Buy - 2 avr. 2018

y'a pas qu'la taille qui m’aille !

Ça y est, après avoir tourné dans le quartier et tourné encore, je la vois enfin : elle est là, elle m’attend. Personne à l’horizon, j’accélère, pas question de me faire coiffer au poteau. `Bien calibrée, d’apparence parfaite pour mon châssis, je devrais y entrer comme dans du beurre. Et en manœuvrant bien, en une seule fois qui plus est, s’agirait pas de se faire remarquer. Concentration, profonde inspiration, on ne va pas se braquer pour si peu…

Ça tombe bien, il n’y a pas la queue derrière, personne pour me mettre la pression, j’peux y aller décontract’! Je serre ma ceinture, je me lance!
Ah… On dirait bien que j’n’ai plus le compas dans l’œil, j’me suis trompée ou quoi? Y’a comme un truc qui m’échappe… Ça coince!!! A regarder de plus près, c’est sûrement la luminosité et ses effets d’optique qui m’ont fait défaut, parfois ça trompe l’œil…
Là, je me relance… Mais rien à faire : ça frotte contre les bords, ça bourre, ça ripe et en plus, c’est de travers. Pourtant c’est large là, y’a de la place pour une péniche!!!!!!

L’HABIT TACLE…

Circulation coupée, j’suis pâle comme une écrevisse, j’ai chaud, j’étouffe, et pourtant le radiateur n’a pas l’air de chauffer! Je commence sérieusement à perdre les pédales…
Allez ma vieille, débraie, tu patines sévère, si ça rentre pas, dis-toi que tu rétrogrades et puis c’est tout, en plus ça commence à s’agiter derrière toi, il faut savoir reconnaître ses erreurs…

Oui, sauf que je suis coincée à moitié. ALLEZ, un peu de courage! Garde la tête haute et pivote, tortille, glisse, débrouille-toi mais imbrique-toi là-dedans bon sang!!! Ce n’sont pas les airbags qui dérangent pourtant, bien longtemps qu’ils sont à plat. Emboîte-toi, c’est un ordre !

JE VAIS DEJA ESSAYER DE ME DELIVRER ET ON VERRA!!! Là, je crois que j’me braque, si ça continue je vais péter une durite, oui!!!

VOUS AVEZ DIT BUTÉE ?

J’ignore le brouhaha de la gente moqueuse et je me concentre. Respire, idiote, tu es rentrée, certes à moitié, tu peux sortir, c’est la loi de la traction. Cramoisie, mais soulagée, je me libère enfin… Ouf, j’ai cru devoir appeler à l’aide, mon honneur est sauf. Sauf que, têtue comme une mule, je persiste et remets le couvert, je rentrerai! Cette fois-ci, je regarde un peu mieux, je mate les kilos au compteur : rien d’anormal. J’ai juste dû mal m’y prendre!

Alors j’oublie la délicatesse, je serre les fesses, plisse les yeux au cas où ça aide et mets la gomme, d’un coup sec! Bilan des courses : je ne sais pas si le coup de chaud a graissé la machine, mais 3 litres plus loin, je suis en apnée, capot, mais j’y suis. Comme un gant que j’disais!

Je pense que mon cri victorieux a résonné jusqu’à l’entrée principale! J’ai rétabli la circulation et je suis sortie de la cabine d’essayage, sous les applaudissements!

Entre l’embouteillage occasionné et ma célébrité soudaine, je peux enfin aller à mon rancard avec ma nouvelle robe fourreau. Comment tuer son égo? J’en fais mon créneau!

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