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scène de ménage

par Mélanie Marullaz - 24 mars 2020

quand la mère veille

3H30 DU MATIN, J’OUVRE DOUCEMENT LA PORTE DE SA CHAMBRE SANS LA FAIRE GRINCER, M’APPROCHE DU LIT SUR LA POINTE DES PIEDS, GLISSE UNE OREILLE... RIEN ! LE CŒUR BATTANT, JE ME PENCHE, SENT SUR MA MAIN SON SOUFFLE CHAUD... OUF, MON BÉBÉ RESPIRE.

1,68M pour 54 kg, oui, c’est un beau bébé. Et elle a bientôt 15 ans. Alors pourquoi, me direz-vous, pourquoi suis-je encore en train de vérifier sa respiration ? Les premiers mois, c’est mignon, mais après une décennie, ça frise la pathologie ! En fait, je m’assurais surtout qu’elle était bien là, au chaud dans son lit, bref, qu’elle n’était pas partie... Parce que très tôt, N°1 a eu des envies d’indépendance. A peine a-t-elle su marcher qu’elle a commencé à s’éloigner, en titubant, mais sans se retourner. Du haut de ses 11 mois, elle n’avait besoin ni de nos encouragements, ni de notre assentiment. Elle s’en foutait, elle savait déjà où elle allait.

En grandissant, ça ne s’est pas arrangé, on n’a jamais pu la détourner de ce qu’elle avait décidé : impossible de lui faire passer sa 1re étoile, de l’intéresser à la danse classique, de lui faire goûter des céréales ou enfiler un pull en laine, "parce que ça pique”. Quand c’est non, c’est non. Au contraire de N°3, qui ne sait pas quoi faire pour nous plaire, elle n’a jamais cherché à nous satisfaire. A l’inverse de N°2, qui demande toujours, avant de finir le saucisson, si chacun a eu sa ration, elle prend rarement les autres en considération. Elle trace sa voie, évitant les contraintes, minimisant les efforts, affirmant sa personnalité chaque jour un peu plus fort.

QUAND LA MÈRE VEILLE...

Manque de pot, elle n’a pas en face d’elle, un modèle de souplesse, une mère adolescent-friendly tout en sagesse. Sur mon bulletin du 2nd trimestre de l’école des parents tolérants, les appréciations laissent d’ailleurs à désirer :
- Ecoute : « Peut mieux faire ».
- Patience et cohérence : « N’a pas compris le concept, il serait peut-être temps de s’y mettre... »
- Dialogue et compromis : « Brouil- lon, il faut encore travailler ! »
- Règles et limites : « Une belle implication, en théorie comme en pratique, les objectifs sont dépassés, continuez ! » Oui, en limites, je suis plutôt calée.
Bref, vu mon profil et celui de ma fille, je vous laisse imaginer : ça ne peut QUE bien se passer. Résultats scolaires, choix vestimentaires, habitudes alimentaires... On est d’accord à peu près sur tout. Et hier soir, on était encore plus d’accord que d’habitude. Ça s’est terminé par un échange de gracieusetés, chacune claquant la porte de sa chambre en allant se coucher. Mais dans mon lit, je me suis tournée et retournée, me demandant si je ne l’avais pas trop bousculée, arrivant à la conclusion que, vu son caractère, c’était sûr, elle allait décider de partir et changer de mère.

... LA FILLE PAYE !

Me voilà donc plantée là à la regarder dormir, à penser que j’aurais aimé avoir, à son âge, son intensité et sa forte personnalité, que je ne devrais pas tant la brider, que je vais changer... Quand tout à coup, son téléphone – qui n’a rien à faire là – reçoit une notification. La chambre s’éclaire, et en l’espace de 3 secondes, je vois une montagne de sous-vêtements jonchant le sol, ma robe rouge en boule sur la chaise de son bureau et un mot du CPE m’informant qu’elle est collée... Bon sang, elle va m’entendre au petit- déjeuner ! Bébé, ou pas Bébé, je ne suis pas prête de la laisser respirer...

illustration Sophie Caquineau