on en fait des caisses !

jean-françois gobertier...
carman

par Frédéric Charpentier - 9 sept. 2017

les ailes (rouges) du désir

Finalement c’est quoi un conte de Fée ? Pour certaine c’est de monter avant minuit dans le carrosse du prince charmant tiré par quatre Lipizzans, alors que pour moi, c’était plutôt d’approcher un carrosse de couleur rouge doté d’un seul cheval, mais cabré, sur le capot ! Qui, mieux que Jean-Francois Gobertier pouvait réaliser ce rêve ?
Jean-François Gobertier

Originaire d’Annonay, ce très frais sexagénaire, poivre et sel façon Richard Gere, m’accueille en toute décontraction dans sa veste Made in Rock. Je ne sais pas s’il se qualifierait de Prince, en tout cas il se revendique VIP (Vrai Indéfectible Passionné) ! Nous sommes chez lui à Annecy et je suis cerné par plusieurs Ferrari, sensation agréable, mais aussi par tout ce qui se fait de mieux sur la planète en matière de voitures légendaires et de motos rares. Autour de moi, sous les capots et dans les carbus se trouvent rassemblés sûrement plus de chevaux que dans toutes les hordes réunies de Gengis-Khan, le crottin en moins !

Ferrari LaFerrari
 “LaFerrari Aperta, la supercar hybride de 963 CV dont 163 électrique, se conduit comme une Clio, il faut juste faire attention à sa largeur dans la rue et quand vous passez sur les ralentisseurs…” 

LA FUREUR DE VIVRE

Il revendique en souriant cet amour des carrosseries parfaites, des moteurs aux sonorités rageuses et des sensations qu’ils procurent. Et cela depuis l’enfance : “A 3 ans, je passais les voyages en auto, debout derrière le siège du conducteur à observer les cadrans et les manettes” (Je vous parle d’une époque où il n’était pas obligatoire d’attacher les enfants à l’arrière).

Et pourtant, son premier coup de foudre sera pour les motos et la sensation de liberté qui va avec. Il roule beaucoup et vite, sur des grosses cylindrées de l’époque, une 650 Norton et une Suzuki 500, dont il a racheté des exemplaires - “en meilleur état qu’à l’époque, des engins fabuleux” - car il garde une nostalgie attendrie de cette époque : “Dans les années 70, on roulait sans contraintes. Certains ne portaient pas de casque, les limitations de vitesse n’étaient pas respectées. Les gendarmes étaient plutôt compréhensifs. Une année, alors que j’étais plongeur à Sète, pour gagner de l’argent l’été, il m’arrivait le soir de regagner Annonay (à 300 km) pour jouer une partie de boules puis de retourner ensuite dans la nuit pour reprendre le boulot à 5 h du matin. Autant vous dire que ça envoyait du 190 sur les nationales !”

Avec ses potes, ils sont fans du Roi Ago, l’inégalé Giacomo Agostini qu’ils vont admirer sur les circuits motos : “On faisait la course en rentrant chez nous. Maintenant, je suis quand même plus calme...”

UNE HARLEY NOMMÉE DÉSIR

Sa première voiture est une 2 CV achetée avec 1500 francs donnés par sa grand-mère. Elle servait l’hiver ou en cas de pluie. A 30 ans, marié, il arrête la moto, mais y reviendra 15 ans plus tard. Son brillant parcours professionnel (fondateur de GDP Vendôme, actuellement dans les 150 plus grosses fortunes de France) lui permet de se faire plaisir, notamment avec les Harley-Davidson dont il est fan (il en possède 14 très belles dont sa préférée la Street Glide CVO, au glou-glou métallique si caractéristique). “Elles ont tout ce que j’aime : le look, la puissance, l’image. J’apprécie surtout les séries limitées, avec chaque année une finition et une peinture spéciale.”

Lui, qui recherche tout ce qui est mythique, vient d’acheter aux enchères, franges en cuir comprises, la Harley de Johnny Hallyday, qu’il côtoie un peu, ainsi que sa Cadillac customisée - 400 heures de travail par le célèbre Boyd Coddington - toutes les deux du même bleu favori du chanteur. Modeste : “C’était pour l’association « La Bonne Etoile » de Laeticia. Et je suis très fier de savoir que mes 550 000 vont être utilisés pour la bonne cause.”

Au printemps dernier, Jean-Francois Gobertier achetait aux enchères La Cadillac et la Harley de Johnny Hallyday au profit de l'association «La Bonne Etoile»

ON ACHÈTE BIEN LES CHEVAUX

Ce passionné ne se considère pas comme un collectionneur. Il aime les véhicules mythiques ou d’exception, et s’il se les offre, c’est pour les conduire et en profiter. Alors ? Ça fait quoi de traverser Annecy dans une Ferrari F40 ? “Je ne suis pas un frimeur, même si au tout début j’appréciais le regard des gens. Maintenant, je m’en fous... De toute façon, c’est la voiture qu’ils regardent et j’ai vraiment le sentiment de leur faire plaisir.”

Il faut dire que ces engins hors norme font partie de son quotidien : arrivé en Porsche décapotable bleue, il repartira chevauchant sa 1000 Vincent des années 50 ou son Indian Chief Deluxe : “Ça dépend de l’humeur du jour ou de la météo !”.

Sous mes yeux et à portée de main, une vingtaine de véhicules extraordinaires, dotés chacun de 600 à 900 chevaux, un peu comme si vous, Madame, vous étiez lâchée chez Chopard ou Cartier avec l’autorisation de toucher. Car Jean-François ne donne pas dans la demi-mesure : “Je prends toujours des collectors, des séries limitées, le modèle sportif ou bien des véhicules qui ont une histoire.” Il me montre un bolide au profil effilé : “Celle-ci est une Maserati, fabriquée en 50 exemplaires dont la moitié a brûlé, car les pilotes ne les ménageaient pas”. Cinq mètres plus loin un autre bijou : “The King of The road, une Mustang de 1968 modifiée par Caroll Shelby, avec un moteur V8 Cobra de 440 CV, sortie à 900 exemplaires, il en reste peut-être 30 dans le monde”.

la Mustang de 1968 modifiée par Caroll Shelby

RETOUR VERS LE FUTUR

“Devant vous un V16 de course de 1000 CV, une Bugatti Veyron de 2009, un des 4 exemplaires sortis pour le Centenaire, j’ai eu la chance d’obtenir celle couleur Bleu France.” Jean-François Gobertier annonce tout cela avec fierté, mais sans ostentation, par contre sa voix s’anime quand il raconte leur histoire : “Vous voyez cette Facel Vega, c’est dans un modèle comme celui-ci que s’est tué Albert Camus. C’était le haut de gamme français des années 50, que De Gaulle a coulé en interdisant l’importation des moteurs américains”, ou bien quand il veut souligner un détail : “Regardez ma Lamborghini Miura SV, une ligne parfaite, la plus mythique de la marque, 19 exemplaires au monde, elle m’a été cédée par les neveux du fondateur, la pureté du tableau de bord, les cadrans ronds, la perfection des coutures sur le cuir...” On sent l’admiration mêlée au plaisir de se lover - c’est le cas de le dire - dans les sièges baquets de ces bolides.

La Lamborghini Miura SV

FAST BUT NOT FURIOUS

J’aurais peur de vous lasser, Mesdames, si je passais en revue tous ces monstres de beauté que j’ai pu admirer. Un Chopper Big Bear de 3 m de long, une CR&S Duu, un OVNI-moto baraqué, de magnifiques Porsche dont la 911 Speedster Cabriolet et une 993 Biturbo S, plusieurs Ferrari, dont une 599 GTO, une 458 Spéciale Aperta toute neuve qui n’a pas encore roulé, et surtout, un modèle de la Ferrari Aperta, la supercar hybride de 963 CV dont 163 électriques. “Mais elle se conduit comme une Clio, il faut juste faire attention à sa largeur dans la rue et quand vous passez sur les ralentisseurs ; en comparaison la F40, c’est un vrai camion”.

Ensuite, je dois vous avouer que nous nous sommes offerts un truc de mecs, un petit concert symphonique de soupapes, pour savourer les aboiements chromatiques de l’Alfa Romeo 8C à moteur Ferrari, les stridulantes échappées dans les aigües de la Maserati MC12 ou les feulements rauques du V10 de ce fauve au doux nom de Porsche Carrera GT. Avec les oreilles, les cheveux et les poils des bras au garde-à-vous !

Bentley Continental & Mercedes SLS
Maserati MC12

EASY ANNECY RIDER

Discret, cet homme d’affaires anticonformiste ne se déplace ni à pieds ni à vélo, seulement en moto, auto et avion : “Liberté et indépendance”. Il reste cool en cas de bouchon s’il n’a pas de rendez-vous : “Je n’ai pas à me plaindre, je suis confortablement installé” ; au volant, il écoute du Johnny, du Creedence ou du rock des années 80 ; il ne touche jamais à la mécanique ; il espère que les moteurs thermiques seront autorisés encore 20 ans : “L’électrique me laisse sceptique, et comment vont-ils recycler les batteries ?”. Et s’il devait en garder une seule ? Longue hésitation, puis la raison l’emporte : “Ce sera une Porsche pour ses qualités, sa polyvalence et sa beauté intemporelle, car une Ferrari, ça n’est vraiment pas pratique, et même si un gros 4x4 Mercedes serait parfait, le look est bien moins fun !”

Et pour vous les amateurs de belles autos, oyez la bonne nouvelle : monsieur Gobertier a le projet d’ouvrir sur Seynod un garage où une partie de ses véhicules d’exception sera exposée, avec un espace restaurant très utile si la vue de ces machines magnifiques vous met en appétit. Ah oui, dernier détail, JF est à la recherche d’une Kawasaki 900 des années 70 à 4 cylindres et 4 pots, de celle qui a bercé sa jeunesse... au cas où vous en auriez un bel exemplaire qui dort dans votre garage...

Un message personnel pour finir : “Jean-François, si vous avez un chausse-pied (je mesure un peu plus de 2 mètres...), je serais vraiment partant pour un tour en Ferrari !”.

Ferrari 458
Photos : Jean-Sebastien Touchet I Blue1310.com