on en fait des caisses !

la roue tourne !
humeur d'hybridée

par Emmanuel Allait - 19 mars 2020

ambiance électrique

TRANSITION ÉNERGÉTIQUE OBLIGE, CONSTRUCTEURS ET POLITIQUES SEMBLENT AVOIR EU, DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNÉES, UN VÉRITABLE COUP DE FOUDRE POUR LES VÉHICULES ÉLECTRIQUES. PRÉSENTÉES COMME LA PANACÉE, CES VOITURES « PROPRES » S’APPARENTERAIENT-ELLES PAS PLUTÔT À UNE NOUVELLE ARNAQUE ÉCOLO ?

74 % de croissance dans le monde l’an dernier. Même Carlos Tavarès, l’emblématique boss de PSA, a mis en garde contre cet emballement. “Le monde est fou... Je ne voudrais pas que dans 30 ans on découvre quelque chose qui n’est pas aussi beau que ça en a l’air”. L’absence d’une réflexion globale sur la question pourrait d’après lui déboucher sur un désastre écologique, sociétal et économique.

WATT IS THE PROBLEM ?

Côté pile en effet, la mariée semble bien jolie. A l’instar de Jésus qui voulait changer l’eau en vin, ou des alchimistes qui prétendaient transformer le plomb en or, les thuriféraires de l’électromobilité promettent de faire de nos agglomérations polluées un « ohm sweet ohm », sans rien changer de nos habitudes de vie.
Un véritable miracle : moins de bruit, zéro émission de CO2, coût d’utilisation plus faible, conducteurs moins stressés, notre bonheur tiendrait à un fil (électrique). Et même à une rallonge financière, puisque les pouvoirs publics multiplient les incitations fiscales pour que les consommateurs succombent à la tentation.
Côté face hélas, les dessous sont moins (verts) reluisants. Au cœur du problème, la batterie notamment. Pour la fabriquer ? Du lithium et des métaux rares, extraits en Amérique latine, en Afrique, dans des conditions parfois dramatiques, dénoncées par de nombreuses ONG. Des ressources fossiles qui finiront par ailleurs, elles aussi, par s’épuiser. Pour la recharger? De l’électricité, produite par des centrales nucléaires ou à charbon. Pas super écolo. Pour la recycler en fin de vie ? Très compliqué ! En fait, comme l’explique le journaliste Guillaume Pitron dans son livre « La guerre des métaux rares », le véhicule électrique, loin de réduire la pollution, se contente de la déplacer à l’autre bout du monde.
Et donc, sur l’ensemble du cycle de vie, un véhicule électrique ne serait pas forcément plus écologique qu’un véhicule thermique. D’autant plus qu’il ne règle nullement la question des émissions de particules fines provoquées par l’abrasion des pneus, du revêtement routier ou des freins. Voiture sans émission de CO2, oui, mais voiture propre, non.

 

 ... le véhicule électrique, loin de réduire la pollution, se contente de la déplacer à l’autre bout du monde. 

L’ÉLECTRIQUE MANQUE DE JUS

Ces critiques n’empêchent pourtant pas les constructeurs automobiles, Tesla en tête, de lancer l’offensive, contraints par les récentes normes antipollution draconiennes de l’UE. Mènera-t-elle dans une impasse ? “Croire que les innovations technologiques vont rendre les déplacements moins polluants est une illusion” estime l’expert Laurent Castaignède.
La voiture électrique peut être une solution d’avenir, à condition qu’elle s’accompagne d’une révolution dans nos modes de déplacements. Car, ajoute-t-il, “ on ne pourra pas tous rouler en voiture électrique. Tout simplement parce que sur la planète, nous n’avons pas les quantités de métaux nécessaires pour que la voiture électrique se substitue au 1 milliard de véhicules qui circule actuellement dans le monde ”. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, avec moins de 2 % de véhicules électriques en circulation, une telle perspective reste lointaine.
Je ne voudrais pas plomber l’atmosphère, qui l’est déjà suffisamment lors des pics de pollution, mais la voiture qui fait vroom vroom a encore pas mal de route devant elle avant d’être définitivement envoyée à la casse par l’électrique. Coût trop élevé des modèles, bonus écologique pas suffisamment incitatif, crainte de tomber en rade faute d’autonomie suffisante de la batterie, l’électrique ne turbine pas vraiment. Partir en vacances et devoir s’arrêter 45 minutes pour recharger sa batterie au bout de 400 km n’est guère électrisant en effet. A la différence des Chinois ou des Norvégiens, les consommateurs français continuent à plébisciter le thermique, et ce n’est pas demain la veille qu’ils feront « volt »-face.