on en fait des caisses !

la roue tourne !
la golf

par Mélanie Marullaz - 10 mars 2020

courant d'ère

CETTE ANNÉE, ELLE DÉBARQUE EN GRANDES POMPES DANS SA 8E VERSION. UN PEU EMBOURGEOISÉE, UN POIL ALOURDIE, MAIS TOUJOURS AUSSI POPULAIRE, PERCHÉE SUR SES 35 MILLIONS D’EXEMPLAIRES VENDUS, LA GOLF ASSUME SES 45 ANS AVEC UN ÉCLAT INSOLENT.

"Une machine à plaisir !” Philippe Dumarest a 20 ans quand il rachète à son frère sa Golf GTI blanche, modèle 1983. 30ans après, cet Aindinois -habitant de l’Ain, gentilé officiel depuis 2018, parce qu’on n’est pas là pour vous apprendre des choses QUE sur les voitures...- a toujours le béguin pour son amour de jeunesse, son volant trois branches, ses quatre phares ronds et sa calandre cerclée de rouge. Et comme il l’a refaite, entièrement, deux fois, il la connaît sur le bout des doigts. “Même pas besoin de trafiquer le moteur, elle marche déjà tellement bien comme ça. En vérifiant simplement les niveaux d’huile et avec un entretien normal, on peut faire des milliers de kilomètres sans aucun problème mécanique. Elle ne consomme rien, elle est d’une fiabilité impressionnante ! Depuis une quinzaine d’années, les voitures ne sont plus marrantes à conduire, mais avec les vieilles, on a des sensations : on peut prendre des courbes à une vitesse pas possible, on sent quand elles vont partir en glisse, décrocher, on le sent dans le volant, dans le dos... et puis la GTI, c’est LA Golf...” En effet, avec ses trois lettres, Volkswagen a inscrit son nom au panthéon des innovations automobiles...

©Looping

VENT NOUVEAU

1974 - La Cocinelle est un succès mondial, mais elle vieillit. Le constructeur allemand veut donc lancer un nouveau modèle, tout en sachant qu’il ne lui sera pas facile de se mettre dans les roues d’une icône. Volkswagen tente donc le tout pour le tout et joue la rupture: le fameux moteur arrière refroidi à l’air? Abandonné au profit d’un moteur avant refroidi à l’eau. La propulsion? On lui préfère à présent la traction. Les courbes généreuses et les rondeurs? Dépassées, les lignes seront taillées à la serpe et les angles marqués. C’est à l’Italien Giorgietto Giugiaro qu’en est confié le dessin. Celui qui deviendra, en 1999, le «Car Designer du Siècle» œuvre alors pour Maserati, Ferrari ou Alfa Roméo, mais on le connaîtra surtout, un peu plus tard, pour la Fiat Panda, les Renault 19 et 21, et la De Lorean.
Et en ce milieu des années 70, pour Volkswagen, il a déjà imaginé la Passat et la Scirocco. A sa nouvelle création, il voudrait aussi donner le nom d’un vent -Passat veut dire Alizé en allemand -, on évoque donc «Blizzard», mais elle portera finalement celui d’un courant, le Gulf Stream, rapidement raccourci en Golf.

 Toutes déclinaisons confondues, les ventes de la pimpante quadra ont détrôné sa frangine la Cox, faisant d'elle la voiture européenne la plus vendue dans le monde. 

GONFLÉE, TENTANTE MAIS INATTENDUE...

Compacte, mais pas trop, polyvalente et accessible, dès son lancement, la Golf cartonne. En deux ans, elle franchit le cap du million de ventes. C’est plus qu’il n’en faut aux ingénieurs de la firme de Wolfsburg pour sortir du bois... Depuis plusieurs mois en effet, ils travaillent en cachette, et souvent sur leur temps libre, à une version plus sportive équipée d’un moteur à injection de 1600cm3 pour 110 chevaux et moins de 800 kilos.
Surpris, mais séduit par cette Golf Sport, le grand patron de l’époque, Toni Schmüker, donne son aval et lance la production de 5000 exemplaires. Pour la distinguer de la gamme existante, elle se voit baptisée «Grand Tourisme Injection» - GTI - et il s’en produira finalement plus de 2 millions. Maniable, confortable, puissante, avec son châssis surbaissé et ses pointes à 182km/h, celle que la marque qualifie carrément de «Limousine» sur ses brochures, est plébiscitée à tel point qu’elle générera, excusez du peu, une nouvelle catégorie de voitures: le segment des berlines sportives -oui, parce qu’avant, les sportives donnaient plutôt dans le coupé-. D’autres constructeurs s’engouffreront d’ailleurs dans son sillage, à l’image de Peugeot avec sa 205 GTI.
Ah... cette première génération de Golf... «Le mythe», certifie Philippe Dumarest, qui n’a jamais acheté d’autre modèle. Et les chiffres lui donnent raison : quand Volkswagen arrête la production, en 1983, pour lancer la Golf II, il s’en est vendu 6,78 millions d’unités. 7 générations plus tard, aucune version n’a encore fait mieux. Toutes déclinaisons confondues, les ventes de la pimpante quadra ont également détrôné sa frangine la Cox, faisant d’elle la voiture européenne la plus vendue dans le monde, achetée, statistiquement, toutes les 45 secondes... Il se dit d’ailleurs que la Golf serait le porte-bonheur de la firme allemande, le véhicule qui l’aurait sauvée... Effectivement, avec ces performances-là, un trèfle à quatre feuilles ou une patte de lapin n’aurait pas mieux marché.

©Volkswagen AG