on en fait des caisses !

la roue tourne !
porsche 911

par Mélanie Marullaz - 11 mars 2020

ouvre-moi ta porsche...

... ET FAIS CRISSER LES PNEUS ! ALORS OUI, ON PEUT FAIRE SES COURSES OU EMMENER LES ENFANTS À L’ATHLÉ EN 911. MAIS ON NE VA PAS SE VOILER LE JOINT DE CULASSE : QUAND ON S’ASSIED À BORD DE LA SPORTIVE PAR EXCELLENCE, C’EST SURTOUT POUR LA FAIRE MONTER DANS LES TOURS.

"La 911 est la seule voiture au volant de laquelle on peut rentrer d’un safari en Afrique pour aller au Mans, puis se rendre au théâtre ou évoluer sur l’asphalte new-yorkais”, c’est Ferdinand Anton Porsche, 2e du nom, dit «Ferry», qui résume le mieux l’ADN de cette sportive, qu’il voulait compacte et facile à utiliser au quotidien, luxueuse, mais pas m’as-tu-vu.
Depuis plusieurs années déjà, il réfléchissait à la succession de la mythique 356, sur laquelle il avait travaillé avec son père, Ferdinand Porsche, le fondateur de la marque. Mais c’est la 3e génération, avec, au dessin, son fils Ferdinand Alexander, dit «Butzi», et au bureau d’études son neveu Ferdinand Piëch – on avait décidément autre chose à faire que se creuser la tête pour trouver des prénoms dans cette famille!–, qui concrétise son projet.

Ferdinand Porsche avec Ferdinand Alexander Porsche et Ferdinand Piëch en 1949

SOMEONE PLEASE CALL 911

Courbes fluides et ligne de toit « fastback » qui descend de manière ininterrompue jusqu’au coffre, un petit coupé 2+2 – avec deux sièges à l’arrière – est donc présenté en grandes pompes au Salon de Francfort en 1963.
Il a été baptisé 901 et déclenche quasiment une crise diplomatique. Car volontairement ou non, la firme allemande roule sur les plates-bandes d’un autre constructeur : depuis plusieurs modèles déjà, 203, 304, 403, c’est Peugeot, en effet, qui a déposé toutes les dénominations à trois chiffres avec un 0 au milieu... La 901 est déjà en production, les sigles et la documentation technique édités, Porsche décide donc de ne changer qu’un chiffre plutôt que de créer un nouveau nom. Son bolide s’appellera 911. Certains, et ça brise un peu le mythe, le surnommeront « la Grenouille », en référence à la forme de ses phares, tout ronds, qui rappellent les yeux de l’amphibien.

911 Carrera 4S Coupé et 911 2.0 Coupé de 1964

ELLE EN FAIT TOUT UN PLAT

Mais sous son capot, à l’arrière, la 911 donne plus dans le félin que dans le batracien. Pour faire tourner son moteur, ce sont 6 cylindres qui carburent à plat et font son identité sonore : si le profane peut reconnaître la 911 à sa silhouette, le connaisseur, lui, l’identifie les yeux fermés, au ronronnement rauque et nerveux typique de ce « Flat 6 ». “C’est la contrainte initiale du dessin de la voiture qui a obligé les ingénieurs à trouver une solution pour intégrer les 6 cylindres à plat, explique Jean-Pierre Vespa, directeur commercial de Porsche Annecy, c’est un moteur d’une extrême complexité, difficile à loger...” Et pas toujours simple à exploiter dans tout son potentiel: “les premières 911, il fallait les tenir, avoir l’âme d’un pilote... Elles étaient puissantes, performantes, mais elles n’avaient ni direction, ni freinage assistés.” Il fallait donc savoir anticiper certaines situations, surtout dans les courbes, où, en cas d’accélération trop brutale, l’arrière alourdi par le moteur avait tendance à glisser. Certains conducteurs plaçaient même des sacs de sable dans le coffre pour lester l’avant et la rééquilibrer. “Elle a un toucher de route particulier, très précis, on est en contact direct avec le bitume, commente Alain Cornier, Président du Porsche Club de Savoie, cette spécificité de comportement lui a toujours donné un petit côté élitiste, et c’est aussi ça qui plaisait aux gens”.

Porsche 911 Speedster

AUX PORSCHE DU PARADIS

Mais même avec ces défauts de jeunesse, la 911 connaît un succès immédiat. Ultra performante sur circuit -2/3 tiers des 30 000 titres remportés par Porsche, toutes disciplines confondues, le seront par la 911 ! – elle bat également des records de vente: le seuil du millionième exemplaire, franchi en 2017, fera d’elle la sportive la plus vendue au monde. Côté papier glacé, son volant passe entre les mains de célèbres passionnés qui construisent le mythe: Paul Newman met sa 935, une des versions course de la 911, sur le Podium des 24h du Mans. Pour échapper à la presse et à la police, Steve Mc Queen fait ajouter, sur le tableau de bord de sa 911S, un interrupteur éteignant les feux arrière, rendant ainsi sa plaque d’immatriculation illisible ; et le grand chef d’orchestre Herbert Von Karajan fait modifier sa 911 Turbo RS pour l’alléger et la booster, et en toute humilité, fait remplacer sur l’aileron le nom du modèle par son propre nom.

911 Carrera 4S Coupé et 911 2.0 Coupé 1964

NO LI-MYTHE ?

50 ans et 8 générations après sa création, la 911 a connu de nombreuses évolutions, mais pas de révolution : elle est restée fidèle à son concept de base, ne s’est jamais reniée. “C’est cette continuité qui a fait le mythe, résume Alain Cornier, et la culture Porsche. Sa dimension familiale aurait pu disparaître avec le passage à la grande série, mais il y a toujours un lien privilégié entre l’usine et les propriétaires, comme dans les 1res années, et ça, ça tient un peu du miracle !” Faudra-t-il aussi un miracle pour que les aficionados acceptent l’arrivée de l’électrique sous le capot de leur sportive préférée ? La marque au cheval cabré travaille déjà à la conversion de ses berlines, pour préparer le terrain. Mais qui dit électrique dit moteur quasi mutique... Screamin’Jay Hawkins aurait-il fait la même carrière s’il n’avait pas crié et Joe Cocker s’il n’avait pas fumé? Privée de sa gouaille, la 911 pourra-t-elle donc perdurer? “C’est un gros défi, reconnaît Alain Cornier, mais en 1997, quand il a fallu passer du refroidissement à air au refroidissement à eau, ça a été un scandale aussi, et puis ça s’est apaisé.”
Quel que soit son avenir, la 911 est de toute façon déjà entrée dans l’histoire de l’automobile... et par la grande Porsche !

©Porsche AG