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agoraphobie,
le pourquoi du comment

par Nolwenn Huyart - 19 nov. 2018

pas sous contrôle

Rien de plus simple que de traverser une place déserte ou de faire la queue dans un magasin ? Pourtant, pour 7% des femmes et 4% des hommes, ces situations deviennent un cauchemar dont il faut s’extraire à tout prix.

L'agoraphobie est un type de trouble anxieux qui toucherait, en cœur de cible, les trentenaires, plutôt en veuvage ou séparés ou dans une situation économique précaire. Selon les critères diagnostiques du DSM IV*, l’agoraphobie est liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations d’où il pourrait être difficile ou gênant de s’échapper, ou dans lesquelles on pourrait ne pas trouver de secours en cas d’attaque de panique.

Se retrouver seul en dehors de son domicile, être dans une foule ou une file d’attente, sur un pont ou dans un autobus, un train ou une voiture, au cinéma, partout où règne l’anonymat. Les symptômes physiques et émotionnels ? Un sentiment de panique, de terreur, l’admission que l’anxiété est disproportionnée et malgré tout l’incapacité de la raisonner, des palpitations, hyperventilations, étourdissements, tremblements et toutes les réactions physiques liées à une peur extrême. A ne pas confondre agoraphobie et phobie sociale qui génère des évitements uniquement dans des situations sociales par peur d’être embarrassé.

EVITER N’EST PAS LA SOLUTION

Les retentissements peuvent altérer considérablement la vie : on restreint ses voyages, on sort uniquement à des heures plus calmes, on se place près de la sortie au cinéma, on s’impose la présence d’un accompagnant. Si l’évitement calme l’anxiété, sur le moment, il renforce la «peur d’avoir peur», et enjoint progressivement la personne à ne plus se confronter du tout à la situation. Les craintes éprouvées par les agoraphobes ont plus à voir avec eux-mêmes qu’avec les circonstances. La plupart du temps, c’est la peur de perdre le contrôle et de faire n’importe quoi, de faire un malaise, d’avoir ou de causer un accident, de devenir fou ou de mourir qui est exprimée.

Pour la psychanalyse, toute phobie révèle un déficit d’amour de soi. Il y aurait, en l’agoraphobe, quelque chose qui se refuse à exister de manière autonome. Pour Freud, la place publique est l’endroit de tous les dangers, parce qu’elle est perçue, par l’inconscient, comme celle des tentations et des désirs. La phobie serait alors le moyen de préserver son moi de tout phantasme sexuel ou agressif.

APPRENDRE À FAIRE FACE

Une manière de s’accompagner vers le mieux est de suivre une Thérapie Cognitivo-Comportementale qui incite le patient à réfléchir et à corriger le traitement de l’information qu’il fait d’une situation, afin d’avoir une vue moins catastrophiste. Cette thérapie favorise aussi la confrontation graduelle aux situations phobogènes, pour sortir des stratégies très minutieusement élaborées pour ne pas y faire face. La personne se rendant compte que rien de négatif lui arrivera, l’anxiété, alors, pourra disparaître...

*DSM IV : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders
Psychologie de la peur - Dr Christophe André - Ed. Odile Jacob
Peurs, angoisses, phobies, par ici la sortie ! - Rodolphe Oppenheimer - Ed. Marie B.

Illustration Sophie Caquineau
Nolwenn Huyart
Chroniqueuse psychologue