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Alex Modeste, de la récup' au bijou

par Mélanie Marullaz - 14 mars 2019

Lamure du disque

« QUAND ON A QUE LAMURE... - SUR-AZERGUE, QUELQUE PART ENTRE LYON ET VILLEFRANCHE-SUR-SAÔNE - POUR POSER SON PAQUETAGE, AU RETOUR D’UN GRAND VOYAGE, AU PAYS DU CIEL PUR... », ET BIEN ON S’Y INSTALLE ET ON CRÉE DES BIJOUX ! C’EST CE QU’A FAIT ALEX MODESTE, IL Y A BIENTÔT 2 ANS, ET C’EST LÀ QU’IL REDONNE ÉCLAT ET VIE À DES MATÉRIAUX TOMBÉS DANS L’OUBLI.
Alex Modeste

Le Beaujolais a deux facettes. A l’Est, la région viticole, tournée vers la Saône, riche et ensoleillée. A l’Ouest, le Beaujolais vert, agricole, plus rude -en ce mois de février, sous la neige, on pourrait s’imaginer dans le Jura- et arboré, comme son nom l’indique... même plus que ça: littéralement couvert de forêts de sapins. “Ici, il y a des Douglas, alors on coupe du Douglas”. Avec sa moustache, son épaisse veste de velours rouge et son bonnet marine vissé sur le haut du crâne, Alex Modeste -c’est vraiment son nom- pourrait effectivement avoir des airs de bûcheron. Mais ses yeux bleus inspirent d’autres horizons que le taillage de tronçons, et la dernière hache que ses mains ont touchée était sertie d’un anneau. C’était sa réinterprétation, en bijou, d’un outil du Paléolithique -rien à voir avec un disque, chère lectrice, ne sois pas impatiente!- Une hache devenue bague... L’univers de ce trentenaire un peu rêveur est singulier, à l’image de son parcours.

Piano - Boucles et Bagues

CHILI CON COLLIER

Pour arriver à la joaillerie, Alex est passé du génie au Chili. Civil pour le premier -monsieur est ingénieur en la matière-, mais après 6 ans de bons et loyaux services, il l’a quitté et s’est envolé pour le deuxième. Ce pays dont on dit qu’il a le ciel le plus pur du monde. “Je voulais m’essayer à un nouveau métier et j’ai toujours su que je ferai de l’artisanat. Ma mère était prof de travaux manuels, puis de techno, elle faisait de la céramique, travaillait le bois... Dans la famille, on a la culture de la bricole, on essaie de fabriquer avant d’acheter.”
Le voilà donc à Santiago, avec ses économies et son vélo -avec des freins à disque? Non, ce n’est pas encore ici que tu comprendras mon titre tordu... -, plus pressé d’apprendre, de se cultiver, que de recommencer à travailler. Son avenir professionnel se joue pourtant autour d’un barbecue, “comme beaucoup de choses au Chili”, quand il rencontre Bruno Reid. Lui-même fils de bijoutier, il s’est formé en Europe, près de Padoue. Alex a sensiblement le même âge que lui, la même barbe, il le prend donc sous son aile et ils deviennent très vite amis. “Son établi, c’était une petite table, il n’y avait pas de manutention, mais de la bidouille, des techniques de bricolages qui s’adaptent à tout”. Pendant un an à ses côtés, le jeune Français s’initie donc à la haute joaillerie italienne en espagnol et quitte l’Amérique du Sud avec l’intention de monter son propre atelier.

Formica - Argent et formica

RE-NAISSANCES

De retour dans l’hexagone, il lui faut valider sa nouvelle orientation. Il enchaîne donc formation et stages. Auprès du coutelier nantais Evan Atzenberger, il se familiarise avec l’assemblage de matériaux différents, qu’il utilisera notamment dans sa collection «Galette» pour riveter de l’argent et des morceaux de disque vinyles -ça y est ! Voilà ta patience récompensée, tu as enfin une explication pour ce titre alambiqué-. Et avec Oscar Gallea, un créateur bordelais de bijoux ultra contemporains qui travaille exclusivement un alliage utilisé dans l’industrie aéronautique, il apprend à se “débrider, à travailler des matériaux ni forcément chers ni forcément nobles, pour en faire de belles choses. Valoriser des matières que l’on jette, grâce à des techniques et des métaux précieux, ça me parle depuis toujours. La récup’ est souvent assimilée à ce qu’on peut fabriquer dans des ateliers avec les enfants, mais on peut aussi faire du haut de gamme avec”.
A partir des touches noires en ébène d’un piano, Alex crée une série de bagues; il utilise un lot de clarinettes déclassées en sortie d’usine pour en faire des boucles d’oreilles ou transforme un nuancier de linoléum en sautoir. Des formes plus géométriques qu’organiques, pour des bijoux, comme «Milky Way» à la fois bague ET boucles d’oreille, qui brouillent les pistes. “J’aime qu’on se pose surtout la question du matériau, qu’on cherche... Ça me permet d’expliquer ma démarche.”

Galette - Argent et disque vinyle

VESTIGES DE LAMURE

Dans son antre, aménagée en 2017 avec l’aide de Bruno de Santiago, il accumule toutes sortes d’objets abandonnés : des plastiques de plage, des meubles en formica qu’il désosse, des cadres de vélo. “Je les regarde un moment en sachant que je vais en faire quelque chose, mais je ne sais pas encore quoi. Je n’ai pas une culture classique du bijou, mais j’aime créer.”
Et il aime l’émulation. Rester seul dans son coin avec ses inventions? Pas question ! Il a donc installé son atelier dans l’ancienne menuiserie de Lamure-sur-Azergue. Un ensemble de plusieurs bâtiments à retaper entièrement, dont il partage l’occupation et la rénovation avec Arthur le brasseur, Jordane le photographe, Florent le distillateur, Eleonore l’illustratrice et Clément le conserveur artisanal. Avec ce «Quartier Métisseur», ils ont déjà commencé à apporter sang neuf, culture et vitalité, dans cette vallée un peu austère. Avec beaucoup d’énergie, de la fantaisie, des concerts ou des expos, et évidemment, en toute modestie.

 

+ d'infos:http://alexmodeste.com