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bonheur
et bonne humeur ?

par Nolwenn Huyart - 10 févr. 2020

tous altruistes tous heureux

POUR NOS SOCIÉTÉS OCCIDENTALES TENDANT À SE REPLIER SUR ELLES-MÊMES, COMPÉTITIVES ET AUTARCIQUES, EST-CE QUE S’OCCUPER DES AUTRES, LEUR VENIR EN AIDE, ÊTRE GÉNÉREUX, A UN SENS ET PEUT RENDRE HEUREUX ? ET VICE-VERSA ?

Nous aspirons tous au bonheur. Mais comment le trouver, le faire durer et le définir ? Fort de nombreuses études – il n’a jamais autant intéressé la science – le bonheur se définit de deux façons : l’hédonisme, focalisé sur lui-même, et sa recherche du bien-être par le plaisir et la poursuite de certaines émotions, considère le bien-être comme le résultat de certains objectifs à atteindre. Une sorte de bonheur à court terme. Alors que l’eudémonisme, focalisé sur la communauté, et sa recherche du bien-être par la poursuite de sens, considère le bien-être comme un processus en lien avec des valeurs intérieures. Un bonheur au-delà d’un état temporel spécifique. Un équilibre à trouver. Pour le Bouddhisme, par la parole de Matthieu Ricard, la réponse est claire, simple, quoique exigeante : le bonheur ne se trouve pas à l’extérieur de nous, il invite à cesser de nous regarder nous-mêmes pour regarder en dedans de nous. Et ainsi, renforcer nos aptitudes à la bienveillance et à l’altruisme.

ETRE BON REND HEUREUX

L’homme est-il naturellement méchant ? Des études ont démontré que l’être humain fait preuve d’altruisme envers les personnes affichant la même appartenance identitaire que lui, et d’hostilité vis-à-vis des membres de groupes externes (théorie des endogroupes). Cela dit, l’altruisme possède un socle biologique, transmissible génétiquement et... évolutionnaire. Donc il s’entraîne et se développe. Pr Soyoung Park, de la Faculté de Médecine de Berlin, et ses collègues de Chicago et de Zürich, ont démontré que bonheur et générosité sont liés. 50 personnes ont reçu 23 €/semaine pendant un mois. La moitié des sujets devaient dépenser cet argent pour eux-mêmes (aller au restaurant, se faire des cadeaux) et l’autre moitié l’utiliser pour son entourage (en invitant à dîner ou en offrant quelque chose). Puis, ils devaient décider de donner ou non une certaine somme d’argent à une personne choisie. Les résultats ont été clairs : les personnes qui se sont engagées à dépenser leurs 23 euros pour autrui se sont montrées plus généreuses que les autres lors de la prise de décision et sont reparties du laboratoire plus heureuses. Nous disposons maintenant de preuves comportementales et neurologiques (jonction temporopariétale et stratum ventral sont liés) que donner rend simplement, et biologiquement, heureux.

ETRE HEUREUX REND BON

L’inverse est-il vrai ? Est-ce que, quand nous nous sentons heureux, nous sommes généreux ? Rebecca Shankland, psychologue et maître de conférence à l’université de Grenoble, rapporte* notamment que «les individus heureux sont plus enclins à réaliser des comportements prosociaux : apporter de l’aide, s’impliquer dans des associations et donner de l’argent. Des recherches expérimentales réalisées auprès d’enfants avaient déjà mis en évidence que lorsque l’on induisait des émotions positives chez les participants, en donnant des biscuits par exemple, ils étaient plus enclins à aider d’autres enfants.» Le cercle vertueux est en marche : tous altruistes et tous heureux de l’être. Au travail !

 

+ d'infos : Rebecca Shankland «Bien-être subjectif et comportements altruistes : les individus heureux sont-ils plus généreux ?»
Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2012/1.

illustration Sophie Caquineau
Nolwenn Huyart
Chroniqueuse psychologue