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claquettes en vedette!

par Gaëlle Tagliabue - 8 avr. 2019

ça claque !

ÉTANT ENTENDU QUE MON INERTIE PHYSIQUE - CLAQUÉE D’AVANCE DEVANT TOUTE ÉVOCATION D’EFFORT MÉCANIQUE - M’INCITE SOURNOISEMENT À L’AUTO-FLAGELLATION PSYCHIQUE, ET QU’IL ME SURVIENT DE FURIEUSES ENVIES DE M’EN CLAQUER LE FESSIER. JE ME SUIS DIT CLAQUÉE POUR CLAQUÉE, AUTANT CRAVACHER. ET SI J’ALLAIS JOUER DES CASTAGNETTES ? AVEC MES PIEDS !? SÉRIEUX ?

En matière de claque, le soufflet a pris une allure de camouflet. Inconsciente que je suis, j’ai testé les claquettes. A en croire le style faussement décontracté des comédies musicales qui émergent d’un Broadway fantasmé et le style enlevé et aérien d’un Fred Astaire, je m’étais dit : qui sait, sur un malentendu...

TAP DANCE, CLAP ET SNAP

Tic-tac tic-tac, ta Katie t’a quitté, tic-tac tic-tac… seuls les mordus de Bobby Lapointe comprendront. Et croyez-moi cette petite allitération de cliquetis frénétiques me trotte encore dans les souliers et continue de me marteler les écoutilles comme le réflexe compulsif d’un odieux trouble obsessionnel qui reviendrait me vriller le cervelet.
Dîtes-vous bien que pour faire des claquettes, il ne faut pas seulement avoir des qualités ultra-exigeantes de danseur, il faut aussi être percussionniste dans l’âme et pour sûr, jouer des percus avec ses pieds n’a rien d’un réflexe inné.
Les souliers, parlons-en, pièce maîtresse de la tenue du claquettiste, permettent non seulement de se rendre compte de ses appuis, mais aussi de créer cette rythmique obsédante qui compose une musique à part entière. Une plaque de métal sur la pointe, une autre sur le talon. De là, se décline tout le panel de pas possibles et improbables, et la liste est longue ! Frappé, brossé, glissé, cette danse à mille pas nécessite une agilité du doigt de pied et une dextérité de la cheville que je n’ai retrouvées dans aucune autre.

PRENDS TES CLIQUES ET TES CLAQUES

Une fois passé le stade «frustration sidérale et sidérante» de me dire que jamais je n’arriverai à sortir le moindre son en rythme, Sylvie me rappelle que le groupe de débutantes, que je viens de rallier, a déjà plusieurs mois de pratique acharnée derrière lui. Difficile de prendre le train en marche. Mais faisable.
Je me remets en selle, et sur pieds, et tente au moins d’intégrer les quelques pas de base qui me semblent à portée de semelle. Step, shuffle step, à chaque frappe un son, mais un son peut en cacher un autre. Comment ça ? Jusqu’à trois sons et plus ? Et moi qui reprenais du poil de la gambette!

Mince c’est déjà fini, mais je n’ai pas dit mon dernier mot : je vais pouvoir enchaîner avec le cours confirmé et passer des claquettes américaines aux irlandaises. Volte-face d’allure. Si je trouvais les premières difficiles, les secondes sont carrément d’un autre espace-temps. Le tronc solide et figé, seules les jambes et les pieds s’activent d’avant en arrière. Je tricote et perd l’équilibre, oscille, vacille pour finir en observatrice admirative.
Je réserve ma place avec plaisir pour le show du mois de juin et jamais je n’apprécierai autant un spectacle, affalée dans mon strapontin de velours, doigts de pieds pour éventail.

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