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entretien de jardin

par Magali Buy - 13 nov. 2019

gala de clôture

L’AUTOMNE EST LÀ, LE TEMPS GRISAILLE ET POUR ÊTRE PARFAITEMENT RACCORD, MON GAZON EST EN BERNE. LES FEUILLES TOMBENT, MES CHEVEUX AUSSI, SI LE RESTE POUVAIT SUIVRE, JE FERAIS UNE HAIE D’HONNEUR. NI UNE NI DEUX JE LANCE LES HOSTILITÉS, SORTEZ LES CISAILLES, EFFEUILLAGE EN VUE !

J’ai beau éplucher des tutos, chaque année, c’est la même, je n’sais toujours pas m’y prendre. Pour m’aider à défricher le sujet, j’ai fait appel à Brigitte et Laure, célibs comme moi, et la main plus leste sur ce genre de choses. Et pourtant, à peine arrivées, aïe aïe aïe, c’est panique à bord en matant ma broussaille ! Aussi haut que large, j’ai le buisson qui déborde. «Mais comment t’as pu te laisser aller comme ça Mag ? Y’a un de ces boulot !!!» C’est clair, j’en ai ras la charrette d’avance.

GROS ŒUVRE

Qu’il soit touffu, bourru, dru ou juste clairsemé, c’est un art de se tailler le bosquet. Et chez moi, j’avoue, on n’est plus près d’une toundra généreuse que d’un jardin japonais... C’est sacrément la jungle. A force de m’en occuper à l’arracher, j’ai un côté dense et bien fourni, l’autre tendance flore desséchée. Et même pour les filles, visiblement, le cas est épineux. Entre une qui préconise une coupe courte et presque à ras, pour faciliter une montée de sève correcte, et l’autre qui penche pour un aspect sculpté, bien au carré, propre et facile d’accès... Y’a pas de doute, j’ai fait appel aux virtuoses de la taille !

ET ALORS ? T’Y COLLE OU PAS ?

Le ton monte, Laure y est presque, mais Brigitte la haie et débranche complet : «Olala mais tu me tues Yaaaaa Laure !!!!! Je te dis que vu l’état, il faut tondre tout autour avant de s’attaquer à la motte principale et d’élaguer généreusement ! T’es pénible avec ton art buste ! C’est bien beau l’esthétique, mais avec les trous qu’il y a en plein au milieu, c’n’est pas franchement le jardin botanique non plus !!!» Oh ! J’en ai assez entendu !

MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE !

Pendant qu’elles s’entretuent, je prends les devants. Je sors une espèce de ciseaux soit-disant faits exprès, je m’accroche aux branches et j’y vais. Olala, c’est vrai que c’est la débandade là-dedans, même les lames s’emmêlent, j’y mettrais bien le feu moi à cette touffe !!!! Mais Laure s’en mêle aussi : «t’es malade, range-moi cet outil tout de suite ! Tu vas aller jusqu’au bulbe comme ça !!! Pense à malaxer ta motte plutôt !!!» Mais qu’est-ce qu’elle vient faire là ma motte ? C’est ton côté folk, Laure ? «N’importe quoi. Il faut pétrir et ne pas hésiter à y mettre les doigts pour stimuler en profondeur. Ça oxygène dès la racine et ça ravive les broussailles un peu trop hirsutes, si j’ose dire. Ensuite, tu prends un petit râteau pour aplanir le tout et tu tailles à ta guise ! Un vrai boulevard !»
Ouais... Je trouve ça un peu en dents de scie et bien trop compliqué. C’est à couper au couteau ! Brigitte, excédée, commence à me foutre les boules –de buis– n’importe où, Laure explore encore l’affaire, quand Martine, ma voisine, qui passait par là par hasard parce qu’il n’y avait rien de bizarre, de s’esclaffer : «Magali, si j’étais toi, je la confierais à Jean Luc, la haie. Il est jardinier».

© Antonio Guillem