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j'ai testé
- l'apnée -

par Gaëlle Tagliabue - 4 nov. 2019

en apnée-santeur

APRÈS PLÉTHORE D’EXPÉRIMENTATIONS, FORCE EST DE CONSTATER QUE MES APTITUDES PHYSIQUES NE PROGRESSENT QUE TIMIDEMENT. IL FAUT DIRE QUE J’AI LE SPORT VOLAGE ET LA VOLONTÉ FRIVOLE. MAIS LA TÊTE TENACE ET LE SOUFFLE LONG. ÇA TOMBE BIEN, IL VA M’EN FALLOIR POUR RESTER EN APNÉE.

Il ne me restait plus qu’à trouver un lieu, facile, le lac, et un initiateur, Stéphane Tourreau, Annécien d’adoption et vice-champion du monde d’apnée 2016... Eh ouais, zéro complexes, ça en jette non ? Sur le coup, je ne me rends pas compte, naïve devant l’éternel. Mais à mesure que le compte à rebours s’égrène, je me sens curieusement fébrile, tendance nerveuse. Totalement flippée pour faire court.

QUI VA PIAN-EAU, VA SAN-EAU

Le jour approche, la météo fait des siennes, il pleut à verse et le thermomètre verse dans le bleu (et pas celui des mers du sud)... Hypothermie, hypoxie, ou les deux ? Mais qu’est-ce qu’il m’a pris de me sentir soudain pousser des nageoires ? Evidemment, mon coach du jour est d’un professionnalisme absolu et me propose une solution de repli : le Spa des Trésoms. Vendu ! Et en attendant, je vais quand même faire brûler un cierge.
3 Ave Maria plus tard, Schubert si tu me regardes, je rejoins Stéphane. Atmosphère feutrée, notes de piano qui planent, vue plongeante sur le lac... Eh ben voilà, c’est bon, je l’ai eue mon ivresse des profondeurs, on peut rentrer ?
Je prends ma queue de sirène et mon courage en bandoulière, pourvu que les deux ne s’emmêlent pas, sachant que mes connaissances en matière d’apnée se résument -comme la plupart des jeunes (étouffement) femmes de ma génération- aux yeux de Jean-Marc Barr. En tout cas, question regard, je n’y perds pas au change, je plonge dans le grand bleu quand vous voulez. Mon dévouement me perdra...

DE L’O2 OU DE L’EAU ?

Pour le grand plongeon, il va falloir attendre un peu. Une apnée, ça se prépare et ça se mérite. Il faut, avant, se prêter à de profonds exercices de respiration permettant de comprendre à la fois les propriétés physiologiques à développer, mais aussi toutes les dimensions psychiques qui se déverrouillent à mesure que l’état méditatif se met en place. Mes cavités abdominale et thoracique font le plein d’air, mon diaphragme fait les montagnes russes, ma respiration se bloque sans aucune appréhension... En tout cas, pas celle de manquer d’air. Technique en place, on se jette à l’eau. J’aurais bien tenté le pull marine pour me la jouer Adjani, mais je suis restée classico-chiante en maillot de bain moche... Pas envie de toucher le fond. Risque zéro ici, le bassin n’excède pas les 1,50m de profondeur et l’eau avoisine les 33°C. Mes branchies sont toutes ouïes. Je me lance. Le corps suspendu, je flotte comme un poids mort balloté par le flot des mouvements alentours. Stéphane tire les ficelles du pantin désarticulé que je suis pour permettre un relâchement maximal.
Enveloppée dans ma bulle de coton, ultra connectée au flux de sensations qui bouillonnent en moi... mais au fait, je ne respire pas là ?! La narcose de surface, c’est possible ?
Aucun objectif de performance (ça tombe bien), mais intensité de l’instant au taquet. Pas de débat (ni d’ébats, hélas !), l’apnée repousse tous les possibles. Et c’est pour tous, mais surtout bien accompagné. Parole de convertie liquéfiée à qui l’on a offert un petit bout d’éternité.

http://stephane-tourreau.com

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