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jean-philippe darbois
serial viseur

par Mélanie Marullaz - 10 mars 2018

des femmes à bout portant

Le monde à bout portant, les femmes surtout, Jean-Philippe Darbois mitraille tout ce qui bouge. Lyonnais d’adoption, il a principalement traîné ses optiques dans les ateliers de la plupart des stylistes de la capitale des gaules. Affûtant son regard, domptant la lumière, mais construisant, avant tout, ses images, car Jean-Philippe Darbois n’est pas un agité de la focale, c’est un esthète.
Jean-Philippe Darbois

Quelques mèches grises dans sa chevelure ébouriffée le situent dans sa décennie, celle de la quarantaine, mais son look d’ado, grand pull vert et lunettes vintage, aurait facilement brouillé les pistes. Quelque part entre Gaston Lagaff et Philippe Decouflé, Jean-Philippe Darbois a l’air rêveur et réservé de ceux qui ont trouvé d’autres moyens que les mots pour s’exprimer.

“J’aime de loin écouter plutôt que parler. Parfois, dire trop de choses, ça enferme et on se perd. Je parle donc juste pour organiser, pour me faire comprendre, mais je préfère les échanges de regards.” Rien de surprenant pour quelqu’un qui a fait, de son œil, son outil de travail.

PETIT CHAMP

Mais sa première passion, c’est le style, l’enveloppe, le vêtement. Enfant, il peut passer des heures devant une image de magazine, et s’évader, voyager dans ses propres envies, son univers. Entouré de femmes, il est initié à la mode par une mère «très élégante» qui le fait participer à des défilés et l’entraîne dans les coulisses d’Azzedine Alaïa, son créateur fétiche. “De son atelier, j’ai gardé le souvenir de la lumière et des petites fourmis qui s’agitaient, ces personnes de l’ombre si importantes.”

Etonnamment, quelques années plus tard, c’est l’Armée qui place sur sa route les premières pellicules et révèle sa vocation : à l’occasion de son service militaire, on lui propose une courte formation à l’Ecole de Condé pour embarquer ensuite, en tant que photographe, sur la Jeanne d’Arc, le mythique croiseur porte-hélicoptères. Il ne prendra finalement jamais la mer, mais intégrera Condé pour deux années supplémentaires.

PHOTO DE GROUPE

Tout frais sorti d’école, il séduit la directrice de collections de Lejaby. Le voilà entré, sans temps de pose, dans la cour des grands : “je n’avais pas d’expérience particulière en lingerie, mais une véritable envie de travailler pour cette marque, d’en façonner l’image, parce qu’elle est française, qu’elle appartient au patrimoine de la région.” Pendant 4 ans, il y travaille donc la lumière tout en subtilité pour mettre en valeurs petites culottes et corsets.

Cette collaboration est la première d’une belle série : Max Chaoul, Renato Nucci, ou plus récemment Thibaut Lauvergne, dont il savoure les croquis, qu’il suit même chez les revendeurs de tissus. “J’aime que quelqu’un m’emmène, qu’il me fasse découvrir son approche de la matière, des lieux, qu’il me fasse grandir.”

Photo-sensible, il admire les gens qui renvoient la lumière, ceux dont la profondeur de champ imprime ses films, avec lesquels il peut développer ses idées. “Derrière un appareil photo, on est un peu enfermé et on a besoin d’être rassuré, car une image, c’est tellement subjectif qu’on ne sait jamais si on la tient ou non : ce n’est pas parce que j’appuie sur le déclencheur qu’elle va se faire, être réussie. La photo de mode, c’est donc une réflexion en équipe, il faut créer une dynamique avec le styliste, le maquilleur, le coiffeur... quand vous n’avez plus besoin de parler, que vous vous comprenez, c’est là que vous faites de belles choses.”

LUMIÈRE CAPTÉE

Dans son vaste studio du 4ème arrondissement, aménagé dans d’anciens locaux de France Télécom - d’incroyables hauteurs sous plafond, un mur de briques, des fenêtres orientées au Nord, l’immeuble d’en face en guise de réflecteur naturel… Bref, un lieu dans lequel la lumière entre, mais ne ressort jamais ! -, il retranscrit ce qui l’inspire, musique, danse, peinture… Et se fait violence, aujourd’hui pour aller vers plus de douceur dans les couleurs, vers plus de naturel, voire pastel, mais Jean-Philippe Darbois, reste, à l’image de ses photos, un homme de contrastes.

S’il fixe sur le papier des icônes, comme des poupées de cire, il voudrait, à l'avenir, saisir l'humain qui bouge, les êtres en mouvement. S’il s’inspire de la rue, de la vie de tous les jours, il préfère en reconstituer l’atmosphère dans son studio que la capter instantanément, la mettre en scène quitte à lui donner un côté cinéma, surjoué. Et s’il est convaincu des vertus de la préparation en amont, c’est pour laisser de la place à l’improvisation. “Quand tout est cadré, qu’on n’est pas en train de chercher, il y a plus de chance d’aller plus loin, qu’il se produise une chose à laquelle vous ne vous attendiez pas.”

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Photos : Jean-Philippe Darbois