OnlyGirls

l'érotisme 2.0

par Emmanuel Allait - 7 sept. 2019

le monde sans "fil"

CET ÉTÉ, LORS DE VOS VACANCES AU CAP D’AGDE, VOUS AVEZ CONNU L’IVRESSE DU DÉSIR AU MILIEU DES DUNES AVEC JEAN-LOUIS, LE BEAU MONITEUR DU CLUB MICKEY. DE RETOUR AU TAF, VOUS NE POUVEZ OUBLIER SA PEAU HÂLÉE. POURQUOI NE PAS ENTRETENIR LA FLAMME EN ÉCHANGEANT DES TEXTES ET PHOTOS «TRÈS PRIVÉES » ? UN ÉROTISME 2.0 EXCITANT, PRATIQUÉ PAR 50% DES FRANÇAIS(ES). MAIS ENVOYER DES MÉGABIT(E)S D’INFORMATIONS INTIMES N’EST PAS SANS RISQUES...

Qu'il soit un moyen de compenser l'absence du partenaire, une manière de se chauffer avant des retrouvailles torrides, une méthode de drague, ou juste pour tâter le terrain, le «sexting» a explosé depuis les années 2010, avec l’apparition de Tinder en particulier, au point de devenir un nouvel espace de jeu indispensable à la sexualité. Et pas seulement celle d’adolescents en chaleur !

PIC SANS NIQUE

Rappelons, en guise de préliminaires, pour ceux qui en sont restés au Minitel et à 3615 Ulla, que ce néologisme désigne l’acte d’envoyer au partenaire, via son smartphone la plupart du temps, des «sextos», textes, images, vidéos ou sons sexuellement explicites. Rien de bien révolutionnaire dans le principe pourtant. L’échange érotique a en effet toujours existé. Qu’on se souvienne des billets doux cachés dans les éventails, ou des fameuses «lettres à Lou», la correspondance salée qu’Apollinaire envoyait à sa maîtresse. A ne pas mettre entre toutes les mains ! En fait, la vraie nouveauté, explique la philosophe Elsa Godart dans son livre «Selfie donc je suis», ne réside pas dans le fond, mais dans la forme. Cette parade amoureuse virtuelle, facile à mettre en branle avec le numérique, est un outil formidable pour doper sa sexualité. Une phrase un peu crûe, un emoji tendancieux (la fameuse aubergine par exemple), trois petits points (de suce-tension ?), une photo suggestive, permettent d’alimenter le moteur érotique, en devançant, ou en prolongeant, la chair. La créativité est sans limite. Vous avez même le droit de mentir pour la bonne cause. On se doute bien que vous n’êtes pas réellement en train de vous caresser si votre agenda indique que vous êtes en réunion. Aucune importance, le bluff fait partie du jeu.

DICK NE TOMBE PAS À PIC

Evidemment, la médaille a son revers. Il suffit de taper «sexting» sur Google, pour plonger aussitôt dans un monde anxiogène et paranoïaque. Revenge porn, cyber harcèlement, hack informatique... Les tordu(e)s du net sont plus nombreux qu’on ne le pense et les risques sont loin d’être négligeables. Ajoutons l’erreur de destinataire. Plutôt fâcheux d’envoyer l’image de ses précieuses pas ridicules à belle-maman ou à son boss. On ne le répètera jamais assez, un bon sexto est un sexto sécurisé. Donc, primo : ne jamais prendre de photos comportant à la fois votre visage et vos parties intimes. Secundo : on pratique entre personnes consentantes. N’espérez pas, gros lourdaud que vous êtes, jouer sans autorisation à la porn star avec les « girls next door » des sites de rencontre. Un peu d’élégance, et d’humilité queue diable ! On ne balance pas à tout-va des gros plans de son mirliton, qu’il soit taille S ou XXXL, sous prétexte qu’on est caché derrière un écran, au risque de passer pour le pervers de la ligne 13. Alors, faut-il sexter ou pas ? La réponse est à chercher du côté du Mexique. Fin 2018, ce pays a mis en place des ateliers pédagogiques «sexting» pour les femmes. Objectif : en faire un outil de libération sexuelle et un moyen d’expression, tout en informant des dangers inhérents à la pratique. Une manière intelligente de concilier nouvelles technologies et sexualité. Finalement, le sexe virtuel est bien plus qu’un écran de fumée.