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l'esprit plus fort que la douleur

par Nolwenn Huyart - 17 oct. 2018

même pas mal !

Il n’y a pas une maladie où la souffrance n’est pas présente. Si la douleur est l’information physiologique se manifestant pour signaler un déséquilibre, l’humeur et notre attitude influent sur ce que nous ressentons.

La douleur aiguë d’un coup de marteau, d’une entorse, d’une gastro ne dure pas. Pourtant, il arrive que malgré une fracture remise, la douleur persiste, devenant une maladie à part entière. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, environ 20% des adultes souffrent de douleurs chroniques et la moitié d’entre eux n’en sont pas guéris au bout d’un an. Dans de nombreux cas, on ne connaît pas le déclencheur de ces douleurs. Cependant, la neurobiologie progresse : «dans la mœlle épinière, certaines cellules amplifient les signaux douloureux de façon aberrante après avoir subi une forme «d’apprentissage» moléculaire semblable à ce qui se produit dans le cerveau lors de la formation de souvenirs ancrés dans la mémoire à long terme.*» Dans les cas de douleur chronique, les chercheurs ont découvert une excitabilité anormale de certains neurones et confirmé que la douleur chronique est plus influencée par les émotions que la douleur aiguë qui survient brusquement, mais ne dure pas longtemps.

L’IDÉE DE LA DOULEUR EST PIRE QUE LA DOULEUR

Si la douleur peut favoriser une dépression, on pense aussi que la dépression elle-même rendrait plus sensible à la douleur (plus grande vulnérabilité et moins de tolérance). Ruminer qu’une douleur est insupportable augmente l’intensité ressentie de la douleur. Les patients qui voient tout en noir éprouvent plus de douleurs après une intervention chirurgicale, par exemple**. Tout comme la mauvaise humeur qui influe sur la perception de la douleur. Des travaux d’étude, dans les années 1950, ont montré que les soldats blessés au combat se plaignaient beaucoup moins de la douleur que des patients civils ayant des blessures identiques. Il semble que la blessure, ici, n’ait pas la même signification selon son contexte : un soldat qui a survécu à la guerre et heureux de rentrer chez lui, et la blessure se produisant dans une situation banale.

L’ESPRIT POSITIF

Le système de récompense et le circuit de la douleur sont reliés. Il a été observé sur des rats que l’anticipation d’une récompense peut servir d’analgésie. La perspective de plaisirs naturels renforce donc la tolérance à la douleur. A l’inverse, anticiper qu’on va avoir mal amène à une perception plus intense de la douleur. Plus nous resterons positifs face à elle et plus nous accélèrerons notre processus de récupération.

L’épidémiologiste David Cassidy, de l’Université de Toronto, a montré en 2009 que des accidentés de la route dont l’attitude était positive et qui se projetaient dans leur reprise de travail se rétablissaient bien plus rapidement que les autres. Jean-Gérard Bloch, rhumatologue, instructeur MBSR et directeur du premier DU Médecine Neurosciences et Méditation à l’Université de Strasbourg vante les vertus de la pratique de la Pleine Conscience sur l’auto-prise en charge de la douleur : “avec la pratique méditative, on sait que les sensations douloureuses sont dans un premier temps augmentées, mais elles durent moins longtemps. L’expérience vécue de la douleur est bien là mais c’est beaucoup plus supportable.” En sortant de la réactivité, du combat contre la douleur, en acceptant ce qui est là, nous faisons face de façon plus ouverte. La douleur ne prend alors plus toute la place et nous sommes en mesure de nous ouvrir à d’autres aspects de notre vie.

*Pr Frank Porecca et Theodore Price de l’Université de l’Arizona in Cerveau & Psycho 2011
**Howard Fields du Centre de recherche de l’Université de Californie in Cerveau & Psycho n° mars/avril 2011

Illustration Sophie Caquineau
Nolwenn Huyart
Chroniqueuse psychologue