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le conte est bon

par Nolwenn Huyart - 13 janv. 2019

des contes qui racontent

«Il était une fois une maman cochon qui avait trois petits cochons. Elle les aimait beaucoup, mais comme il n’y avait pas assez de nourriture pour qu’ils puissent tous manger à leur faim, elle les a envoyés tenter leur chance dans le vaste monde.»

"Si nous voulons être conscients de notre existence au lieu de nous contenter de vivre au jour le jour, notre tâche la plus urgente et la plus difficile consiste à donner un sens à la vie.” Le psychanalyste Bruno Bettelheim a été un des pionniers de la signification des contes de fées chez l’enfant. En mettant l’accent sur leur valeur thérapeutique, il indique qu’ils reflètent des conflits ou des angoisses apparaissant à différents stades de développement de l’enfant. Sous formes d’images symboliques, les histoires racontent les problèmes et les défis auxquels nous sommes confrontés petits : rivalité fraternelle, renoncement à la dépendance, dépassement du conflit œdipien, affirmation de ses valeurs et de sa personnalité, etc. Ainsi, loin d’être une simple petite histoire pour s’endormir, le conte, en mettant en scène des phantasmes, aide l’enfant à se connaître, tout en s’amusant et en éveillant sa curiosité.

DISSIPER LA PEUR DE LA MORT

Le conte de fée est aussi le moyen de délivrer à l’enfant un message essentiel. La lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intégrante de l’existence humaine. Mais si, au lieu de tenter - souvent vainement - de les fuir, on affronte les épreuves aussi inattendues et injustes soient-elles, on finit toujours victorieux. L’enfant a besoin de recevoir, sous une forme symbolique, consciente et inconsciente, des suggestions sur la manière de traiter les problèmes. Les histoires trop gnan-gnan qui ne parlent ni de la mort, ni du vieillissement, ni de la maladie, entretiennent l’enfant dans une perception succédanée, une vie illusoire. Les conflits intérieurs profonds, qui ont leur origine dans nos pulsions primitives et nos émotions violentes, ne sont pas toujours élaborés dans la littérature enfantine. “L’enfant est sujet à des accès désespérés de solitude et d’abandon, et il est souvent en proie à des angoisses mortelles. Le conte de fée prend très au sérieux ces angoisses et les aborde directement : le besoin d’être aimé et la peur d’être considéré comme un bon à rien ; l’amour de la vie et la peur de la mort. Il apporte des solutions que l’enfant peut saisir selon son niveau de compréhension.”

Bettelheim explique que la fin, qui pourrait paraître irréaliste, “Et ils vécurent toujours heureux”, ne fait pas croire à l’enfant que la vie peut durer éternellement mais qu’il y a une façon de moins souffrir de la brièveté de la vie : en établissant un lien vraiment satisfaisant avec l’autre. “Quand on a réussi cela, dit le conte, on a atteint le point culminant de la sécurité affective de l’existence. Quand on a trouvé le véritable amour adulte, on n’a pas à désirer une vie éternelle”.

SAVOIR REPORTER SON DÉSIR

En tenant son lecteur en haleine, le conte des Trois Petits Cochons apprend à l’enfant qu’il ne doit pas être paresseux ni prendre les choses à la légère, au risque de perdre la vie. Pour pouvoir jouer tout le reste de la journée, le plus petit des trois cochons construit sa maison en paille, à la va-vite ; le second utilise des bâtons, avec le minimum d’efforts. Le troisième, le plus âgé, est capable de reporter à plus tard son désir de jouer et est apte à prévoir ce qui peut arriver. On connaît la suite : le loup, représentant des puissances asociales, inconscientes et dévorantes contre lesquelles ont doit apprendre à se protéger, détruit les maisons des deux premiers et se régale de leurs habitants tandis que le troisième petit cochon détruit le loup par la force du moi.

+ d’infos :
Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim-Ed. Pocket

Illustration Sophie Caquineau
Nolwenn Huyart
Chroniqueuse psychologue