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les sacs de Julie

par Mélanie Marullaz - 20 mars 2019

le luxe dans la peau

JASON BOURNE A LA MÉMOIRE, LA MORT OU LA VENGEANCE DANS LA PEAU. JULIE ERLICH, ELLE, PARCE QU’ELLE N’AIME PAS LES COMPLICATIONS, A PRÉFÉRÉ LE LUXE. QU’ELLE A PLUTÔT DANS LES PEAUX D’AILLEURS, CELLES QU’ELLE TRAVAILLE, ASSEMBLE ET COUD, POUR EN FAIRE DES SACS À SON IMAGE, RAFFINÉS SANS ÊTRE SOPHISTIQUÉS.

Une mère danseuse contemporaine, un père à l’Opéra de Paris et une ribambelle d’oncles virtuoses de l’entrechat... Julie Erlich avait tout pour devenir un petit rat. Mais à l’adolescence, au moment d’entrer dans la danse, elle fait un pas de côté. Ce qu’elle veut, elle, c’est dessiner, peindre, modeler, s’exprimer avec ses mains, pas avec ses pieds. “Parfois, je regrette, parce que je serais déjà à la retraite !” Pourtant, là, entourée de meubles chinés, customisés, et des sacs qu’elle a créés, sous les hauts plafonds de la grange attenante à sa maison d’Aix-les-Bains, transformée par ses soins en un atelier lumineux, il semble assez évident que non, vraiment, elle ne doit pas le regretter si souvent.

A L’ÉCOLE DU LUXE

Menue sans être fragile, son calme apparent masque à peine un tempérament qu’on devine électrique. Du genre à ne pas tenir en place. Julie le dit d’ailleurs elle-même : elle se lasse très vite. Alors elle a eu plusieurs vies : un apprentissage en céramique dans le Vercors, une école en Provence, puis un resto, un café-concert sur la plage de Brison-St-Innocent et une première marque de vêtements pour enfants, « les Vedettes » pendant les 5 ans où elle s’est mise « en mode Maman ». “Mais j’avais trop de points de vente, trop de commandes, pour seulement 2 bras et avec 2 gosses... et puis j’en avais marre d’être toute seule dans mon atelier”.
Elle postule alors chez Hermès à Aix-les-Bains, pour suivre une formation, et passe, au sein de la prestigieuse entreprise de luxe, un CAP artisan maroquinier. Pendant 4 ans, elle travaille donc le cuir et fabrique des centaines de sacs, “mais ça se réduit vraiment au sac à main, je serais incapable de faire une selle de cheval! Ce qui est intéressant, par contre, dans ces grandes maisons, c’est la qualité des matières utilisées, et la philosophie aussi : il y a vraiment un artisan pour un sac. En France, en tout, on était 12 500”. Mais elle finit par faire le tour de cette ambiance « industrie », de se lasser du côté « travail à la chaîne » et de ses journées « d’ouvrière », et surtout, le besoin d’entreprendre, de créer revient l’éperonner. “J’avais toujours envie de faire du sac, mais le mien”.

CHUTES DE LUXE

Il y a deux ans, elle lance donc sa propre collection et s’étonne elle-même de ce qu’elle produit. “Je n’arrive pas à savoir si je suis encore imprégnée de mon passage chez Hermès ou si c’est mon goût personnel. Parce que je ne suis pas de ce monde, ma famille est plutôt bohème rock, je m’habille chez Emmaüs et j’adore les brocantes. Mon père, par exemple, aime mes sacs, mais le fait que je les vende si cher le dépasse... et du coup, moi aussi ! Mais je ne sais pas faire autrement que dans le haut de gamme.” Un paradoxe qu’elle associe à la qualité de ses matières premières : des peaux pleine fleur et des chutes provenant de tanneries ou maroquineries françaises de luxe.
Mais c’est aussi la précision de ses gestes, maintes fois répétés, les finitions, les cou- tures main, les tranches teintées selon un savoir-faire ancestral, qui marquent ses créations du sceau du raffinement. “J’ai essayé de faire moins cher, ou moins travaillé, mais quand tu manges du caviar tous les jours, c’est compliqué de passer aux pâtes !” Allons-y pour le caviar alors, mais sans blini ni crème fraîche, débauche de vodka ou fontaine de champagne... juste une jolie petite cuillère. Voilà à quoi s’apparentent les créations de Julie : une matière première sublimée, sans bling- bling ni artifices. Pochettes, cartables, satchel, mais aussi portefeuilles ou ceintures, elle met dans ses cuirs tout ce qui l’inspire, à commencer par les années 20 à 40, des formes classiques, « pures, simples, efficaces », dynamisées par des touches de couleur. Sensible à l’écologie, elle propose aussi une ligne en veau au tannage 100 % végétal.

FIAT LUXE

Une fabrication artisanale, des pièces quasiment uniques, dans les premiers temps, Julie, qui fonctionne à l’instinct, se heurte pourtant à la réalité du marché. Ses sacs ne sont finalement pas assez chers ou trop chics. Il lui faut se repositionner. Mais les fées de la petite entreprise se penchent sur son cabas : l’année dernière, parmi les badauds du Printemps des Créateurs à Annecy, elle tombe sur Claire, son double professionnel. “Elle m’a vue une fois, une heure, et elle a tout compris. A deux, c’est tellement mieux, on est complémentaires. Elle ne sait pas faire un sac, mais moi je ne sais pas faire un plan com...” Claire cadre quand Julie s’évade. Depuis 2018, et la naissance officielle de la marque Julie Erlich, les voilà toutes les deux dans le même sac.

+ d'infos : http://julieerlich.com