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- paulette à bicyclette -

par Mélanie Marullaz - 10 sept. 2019

savoir-fair & fair-savoir*

QUAND ON APPELLE SA MARQUE DE BIJOUX « PAULETTE À BICYCLETTE », C’EST QU’ON AIME DÉROUTER, BROUILLER LES PISTES SUR SON NOM ET SON ACTIVITÉ. IL Y A POURTANT UNE CHOSE SUR LAQUELLE HÉLÈNE GRASSIN EST TRÈS, TRÈS CLAIRE, C’EST LA PROVENANCE, ÉTHIQUE ET RESPONSABLE (*FAIR EN ANGLAIS), DE SES MATIÈRES PREMIÈRES.

Evidemment, la première question qui brûle les lèvres, quand on rencontre Hélène Grassin lors d’une interview en chaussures de randonnée à la terrasse d’un café à Thônes, c’est : “Paulette à Bicyclette ? Mais pourquoi ?” C’est certainement la 3500ème fois qu’elle répond, mais elle s’y prête toujours avec humour, un éclair de facétie dans ses yeux noisette et le sourire en coin : “Je ne voulais pas quelque chose comme «Shiny Diamond» ou «Gold for ever», et je n’avais pas envie de faire figurer mon nom non plus. Paulette, c’était mon surnom, et j’étais tout le temps à vélo dans mon quartier, le quartier parisien des chansonniers, Ménilmontant.” Ménil-Montand ? Il y a bien sûr, aussi, un clin d’œil à la chanson du bel Yves.

BIJOU ET BICLOU

Mais Paulette, enfin Hélène, n’a pas toujours fait du vélo et de la joaillerie. Elle a même été clown, dans une autre vie. Et prof de lettres, en Jordanie. C’est là, au Moyen-Orient, qu’une amie lui montre comment monter ses premiers bijoux, avec des perles d’eau douce et des pierres semi-précieuses. “J’avais toujours eu une activité manuelle à côté de mon boulot, mais là, j’ai découvert le bijou et je n’ai plus arrêté.” Le théâtre, son autre passion, la fait ensuite rentrer en France, où elle suit une école de comédie, pour devenir clown donc : “J’avais envie de faire rire et pleurer dans la même minute. Le clown, c’est très physique, tout passe par le corps, mais il y a une immédiateté, un accès direct à l’émotion et au cœur des gens...” Mais Hélène aime toujours autant avoir aussi accès à leurs mains, et créer des bagues dans lesquels ses amies, ou des futures mariées de plus en plus nombreuses, se reconnaissent. Elle prend donc des cours auprès d’un artiste joailler parisien qui lui apprend à travailler le métal. Dernière étape avant de se mettre en selle ? Pas tout à fait...

OR DU COMMUN

“Je ne voulais pas lancer ma gamme tant que je n’avais pas un approvisionnement responsable. J’ai d’abord travaillé avec de l’or recyclé, mais souvent on ne sait pas d’où il vient, je voulais donc aller plus loin, faire ma part, pour reprendre la légende du colibri. Parce que pour moi, on ne peut pas être bijoutier sans se demander ce qui se passe en amont de la chaîne de fabrication, du côté des mines, qui font potentiellement travailler des enfants, ou qui génèrent une importante pollution des sols et des rivières”. N’ayant aucun réseau dans le milieu, elle creuse, creuse, jusqu’à découvrir l’or «Fairmined», du nom d’un label créé au milieu des années 2000 en Amérique Latine.
Certifiant huit sites en Colombie, Pérou, Bolivie et aujourd’hui Mogolie, il garantit des conditions de travail décentes et sécurisées aux mineurs -majeurs, évidemment-, au sein de mines artisanales regroupées en coopératives indépendantes, et exploitées dans le respect des normes environnementales. Vendu environ 15% plus cher, et valorisé par un système de primes, l’or Fairmined permet ensuite d’améliorer la vie des communautés minières sur place (écoles, transport, mutuelle...). “Je pense que si l’or n’est pas un vecteur de progrès social et environnemental, il vaut mieux le laisser où il est. Mais si les mineurs peuvent travailler dans un cadre légal et protégé, ça va changer leur vie, celle de leurs enfants, et c’est là que j’ai l’impression de contribuer. C’est pour ça que quand j’ai trouvé cet or, tout s’est aligné... ”

EST’ÉTHIQUE

En 2007, Hélène met donc la tête dans le guidon, à Paris, “au fin fond du 20e arrondissement”. Et 10 ans plus tard, elle change de braquet pour s’installer Passage Thiaffait, à Lyon, dans le village des créateurs. Fondu à la cire perdu ou forgé entièrement à la main, «à l’ancienne», c’est plus particulièrement le cercle parfait de l’alliance qui inspire la pétillante quadra. Elle aime le marier au saphir équi- table du Sri Lanka ou au grenat Navajo “ramassé après la pluie par des Indiens qui ne creusent pas la terre”, et lui donner des textures proches de celles de la nature. “Je ne passe pas mes vacances à lézarder en bikini, je préfère mettre mes chaussures de rando à la montagne ! J’aime ramener des cailloux, des bouts de bois, des écorces d’arbre de toutes les essences différentes, et imaginer comment les transposer sur l’or.”

MISSION PAS IMPOSSIBLE

L’année dernière, Paulette a mis sa monture sur la béquille, le temps d’aller rendre visite à ses collaborateurs du bout du monde. “J’ai été frappée par leur générosité, cette communauté de valeurs et le sentiment d’appartenance à une grande chaîne vertueuse. Je me souviens notamment de ce mineur, tout seul dans le tout petit tunnel qu’il s’était décarcassé à mettre aux normes. Il allait passer l’audit Fairmined, et il y avait une telle fierté dans ses yeux !” Des rencontres qui l’ont confortée dans ses choix, et dans le rôle qu’elle a à jouer dans la promotion de la bijouterie responsable : “Pour certains joailliers, il faut d’abord faire de beaux bijoux, l’éthique est secondaire. Moi, je considère que j’ai une mission : je fais des bijoux, c’est bien, mais ça ne suffit pas, c’est vraiment important de faire connaître cette filière, d’en parler.”

 

https://paulette-a-bicyclette.com/

Studio Madam / Pauline Darley / Nadine Court