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mariée
- caroline quesnel -

par Magali Buy - 11 sept. 2019

bouillon de culture

« C’EST MOI QUI VAIS VOUS POSER LA PREMIÈRE QUESTION ! » PLUTÔT FUNKY L’ENTRÉE EN MATIÈRE DE CAROLINE QUESNEL, CRÉATRICE DE ROBES DE MARIÉE LYONNAISE HABITUÉE AUX FLONFLONS. SON SOURIRE EN DIT LONG, ELLE A DU BAGOUT ET J’AIME ÇA, ET COMME C’EST SON ANNIVERSAIRE, JE LA LAISSE OUVRIR LE BAL, C’EST CADEAU !

"Comment trouvez- vous le fait d’arriver dans un appartement, et non dans une boutique?”
Ses yeux pétillent, elle est fière, si en prime je trouvais ça génial, ce serait la cerise sur le gâteau. Pour être franche, je m’attendais à un atelier coincé entre deux rues pavées, mais le côté at home intimiste, pouquoi pas... Un petit salon chaleureux jouxte son showroom, de larges rideaux blancs délimitent les parties privées du reste. Epurée et au carré, droite et minimaliste, l’ambiance donne le ton des collections aperçues au premier coup d’œil. Des tombés qui flirtent avec le sol, la succulence de bords dentelés, tout semble s’imbriquer à la perfection.
A ce moment-là, si j’avais dû dresser son portrait d’emblée, j’aurais dit cartésienne et ordonnée, autoritaire et assurée, chaque idée dans une case et en avant, pas de temps à perdre. Mais quelque chose m’interpelle. Si ce ne sont pas ses mains qu’elle frotte timidement, son regard mélancolique me parle trop. Finie la rigolade, je reprends les rennes, qui se cache derrière la déco ?

IN FUSION...

Depuis la Normandie où elle a grandi, Caroline Quesnel tient sa ligne de conduite comme un adage. Entre un père éleveur de chiens et sa mère infirmière de campagne, donner du temps est un mode de vie, aussi, elle en tire ses conclusions : “ma maman s’est occupé des autres toute sa vie. Quand elle est partie à la retraite, tout le monde l’a oubliée, ça lui a fait beaucoup de mal. J’ai alors compris qu’il ne faut rien attendre des gens. Ma stratégie est de fabriquer et d’avoir cette chance de contribuer au bonheur. Et peut-être que dans 10 ans, en se rappelant leur mariage, les femmes se souviendront de moi...” Alors la styliste met tout en œuvre pour qu’elles se sentent chez elles et aux petits oignons, en totale confiance : “Dans la création mariée, on ne réinvente rien du tout. Une robe, c’est symbolique et dans les symboles, seules des petites choses changent. Une personne a un vécu et des envies, les écouter est primordial. La tenue est censée leur ressembler et aucune femme n’a envie d’avoir l’air d’une poupée ou de quelqu’un qu’elle n’est pas. Elle a son intimité, sa folie, sa pudeur, les détails qu’elle a envie de cacher, c’est propre à chacune et je suis très à attentive à ça.” C’est un sacré schmilblick de s’adapter à chaque fois, non ?

ÇA BOUT !

Pour ne rien cacher, c’est peu dire, mais chez elle, c’est question d’habitude. Femme de militaire, 12 déménagements au compteur -tous les 7 ans-, l’adaptabilité, elle connaît. Avec une bougeotte pareille et 3 enfants à dorloter, palier à toutes situations, c’est un peu sa vie, mieux vaut ne pas se laisser déborder et fixer des priorités. Tout juste sortie d’Esmod à Paris et de ses stages chez les plus grands -Galliano, De la Fressange ou Vuitton- à 23 ans, elle rangeait déjà ses diplômes de style, corsetterie, lingerie et bonneterie haute couture dans ses bagages, avant le grand remue-méninges : prêt-à-porter, bureau de style et enseignement, elle en a empilé des boulots et des villes, en attendant de se mettre à l’équilibre et de se lancer pour de bon : “j’ai commencé par créer des robes de «mariée grossesse» pour 3 de mes amies qui étaient enceintes. C’était l’année de l’auto-entreprise, le statut me convenait bien, je ne prenais pas trop de risques et je pouvais m’occuper de ma famille tout en travaillant de la maison, alors j’ai foncé sans imaginer une minute que je deviendrais une marque...”

A TEMPÉRATURE

Dix ans plus tard, elle est toujours là et sa vie lui va très bien, elle a beaucoup de chance, ne s’en cache pas. Même si le côté administratif est beaucoup moins glamour que le crêpe de soie et que certaines concessions de style ont été nécessaires, Caroline continue à tout faire de A à Z et ne changerait pour rien son quotidien plein gaz : “J’ai mon monde à moi, beaucoup d’énergie et un côté hyper actif qui fait que je suis souvent en sur-régime quand mon cerveau bouillonne -sans blague !- Quand j’ai commencé mes collections, j’étais sur des ambiances assez dark et froides, mais ça ne faisait pas rêver les mariées. Il a fallu trouver ma place et mettre un mouchoir sur certaines choses pour trouver ma stabilité.” Des lignes contemporaines et très droites, des boutons en tissus vintage pour parfaire une glissière ou un dos échancré, Caroline Quesnel travaille en demi ou en sur mesure toujours dans le souci du détail et au plus près des femmes qu’elle habille. Pour sa dernière collection, elle invite Tessa, Téa, Tiffany, Tina ou Tatiana sur ses étiquettes, tailleur pantalon, robe courte ou combinaison manches longues, mousseline, chantilly ou Mikado de soie, pas de jalouses, tout est sous contrôle, à chacune sa place et sa tasse de «T».

 

http://carolinequesnel.fr/

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