OnlyGirls

mode
- ani arpé -

par Magali Buy - 13 sept. 2019

sisters acte !

« DÉSOLÉE MADAME, NOUS NE FAISONS PAS DE 42... » QUOI ??! RIEN NE FAIT PLUS BONDIR ANI ET ARPÉNIK MOVSISYAN QUE LE DÉLIT DE SALE TAILLE. BERCÉES PAR DES ORIGINES ARMÉNIENNES OÙ LA FEMME EST REINE, CES CRÉATRICES LYONNAISES SONT BIEN DÉCIDÉES À TACLER LES PRÉJUGÉS. UN MÈTRE À LA MAIN ET AUX PETITS OIGNONS, ELLES CUISINENT UNE COLLECTION HAUTE COUTURE À CRAQUER, POUR TOUTES, SINON RIEN!

GPS greffé au corps et chignon ébouriffé, la tempête n’est pas loin quand j’arrive à quelques pas de l’hôtel Dieu. Plus besoin de m’arracher les cheveux pour les trouver, elles sont là et droit devant, ouf ! Elles me font signe d’approcher, je presse le pas, l’ambiance pétille et les rires volent en éclat, elles sont habillées d’un naturel décontracté chic, regard malicieux et petite touche espiègle, que celui qui dit qu’on remarque toujours la femme Ani Arpé lève la main, elles ont visiblement ce petit quelque chose, que les autres n’ont point.

SUR UN AIR D’OPÉRA...

Ani a 32 ans, Arpénik 29, et malgré leurs quelques années d’écart, leurs souvenirs racontent la même histoire. Filles de costumiers à l’Opéra national d’Arménie, difficile de ne pas tomber dans l’univers des robes, toges et autres drapés parfaits, quand on grandit enroulé dans les étoffes qui trainent à nos pieds. “On a suivi nos parents jusqu’en Russie au Théâtre Mariinsky, avant de rentrer à la maison en Arménie et d’intégrer les Beaux-arts. On a commencé à suivre leurs traces, Arpénik comme chapelière, moi comme costumière et décoratrice de scène. Nous avons toujours vécu dans le milieu de l’art et de la mode, les jolis vêtements, les costumes, c’est naturel pour nous.” Alors, quand en 2009 la famille Movsisyan prend un virage à 90° et quitte son Arménie natale pour Lyon, patrons, croquis et ciseaux en bandoulière, les deux sœurs apprennent la langue et surfilent à la française, plutôt balaise !

SOUS LES JUPES DES FILLES

Officiellement franco-arméniennes -«café au lait», comme elles disent- les filles ont l’apprentissage facile. Elles apprivoisent la France comme si elles y étaient nées, piochent ce qui les arrange un peu partout, une touche d’ici, une louche de là, elles mélangent cultures et traditions, et créent une identité rien qu’à elles. Très vite, les idées fusent et leur complicité s’affirme : elles sublimeront les femmes avec une ligne haute couture pour toute, c’est promis ! “Le corps féminin nous inspire quel qu’il soit, nulle ne devrait avoir besoin de cacher ses imperfections. La collection va du 34 au 46, mais quand on a des demandes pour d’autres tailles, on ne refuse jamais, on les fait. Pour nous, la femme est forte et douce en même temps, élégante et féminine, la mettre en valeur est une évidence". Et si les jeunes stylistes s’attaquent aux diktats de la mode têtes baissées, elles livrent une bataille sans merci, de corps et de prix.

HOT COUTURE

Elles sont perfectionnistes et ne s’en cachent pas. Les finitions doivent être parfaites, le tombé impeccable, dans l’univers du luxe, tolérance zéro. Contrôle qualité drastique, matériaux haut de gamme, tout est réglé comme du papier à musique : “On utilise des tissus de France et d’Italie exclusivement. Laine, soie, coton et organza, on se fournit chez les mêmes fabricants que la haute couture française et on produit en France uniquement. On veut rester le plus abordable possible, alors on tire sur tout, la communication, la publicité, on ne fait pas de défilé, même si on en rêve... Aujourd’hui, l’essentiel est ailleurs. On veut vraiment que toute femme Ani Arpé, quelque soit son budget, resplendisse dans un vêtement de luxe accessible et on ne lâchera rien !”.

MA REINE LA FÉE

Alors elles travaillent d’arrache-pied et font tout toutes seules. Modèles, prototypes, choix des tissus, les inspirations viennent de l’une comme de l’autre, et qui se ressemble s’assemble... Les coupes sont intemporelles et épurées, citadines, un peu mutines, un style business chic qui épouse la silhouette avec élégance, entre Pretty Woman et Jackie Kennedy, mon cœur balance...
Alors, quand elles me proposent de visiter le show-room et d’essayer ma tenue préférée, j’avoue que mon côté Cendrillon mal coiffée a sauté sur la tendance. A la rédac’ on avait déjà lorgné sur une longue robe bleue à grosses bretelles noires classe et totale décalée, rien qu’à l’idée de les faire pester, j’étais déjà déshabillée! Quand Ani a pris le soin de l’ajuster, j’ai senti la perfection du tombé, la couture droite et repassée, l’instant parfait qui fait de vous une bombe ! J’ai tourné dans un sens et puis dans l’autre, comme une gosse et son nouveau tutu pailetté, impossible de l’enlever !
Entre robe bustier, manteau long, pantalon droit, top en soie ou jupe crayon, tous les goûts sont permis, les couleurs aussi. Lilas, lavande, noir universel, crème ou fuchsia, depuis bientôt 6 mois Ani Arpé donne officiellement le ton. Coco disait : “l’élégance, c’est quand l’intérieur est aussi joli que l’extérieur”, faites confiance au dicton !

https://aniarpe.com/

Julien Lanoy / Jérémie Gisserot / Joseph Barberot