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- nicolas de besse -

par Magali Buy - 10 sept. 2019

simply de besse !

UNE RUE PAVÉE QUARTIER SAINT GEORGES, UN ATELIER INCOGNITO ENTRE DEUX BUREAUX D’ARCHI, ET LE VIEUX LYON PREND DES AIRS DE SCIENCE-FICTION. À L’INTÉRIEUR, NICOLAS DE BESSE, STYLISTE FUTURISTE DE PRÊT-À-PORTER UNISEXE, AFFÛTE SA COLLECTION AUX INSPIRATIONS PERCHÉES. TISSUS AUTOMOBILES, MATÉRIAUX DE RÉCUP OU GLISSIÈRE EN NÉOPRÈNE SUR UN MANTEAU CHIC OVERSIZE, CALL MARTY MCFLY !

Je pourrais franchement l’imaginer monter à bord d’une DeLorean pour voyager par-delà les siècles et écrire le prochain volet de retour vers le futur, et pourtant, du haut de ses 24 ans, c’est plutôt le passé qui l’inspire.
Tombé très jeune dans le mouvement Emo, la tête dans les enceintes à s’arracher les tympans sur le groupe hard core Bring Me The Horizon, Nicolas fait partie de cette génération punk écorchée à fleur de peau. Mèche de cheveux par-dessus l’œil, look androgyne, c’est la marque de fringues de son chanteur fétiche qui va démarrer la machine. Et si on remontait le temps ?

NIcolas de Besse

LE PETIT NICOLAS

Il n’a ni grand-mère couturière, ni tonton bricoleur. La mode, c’est venu comme ça et pourquoi pas d’abord ? Il le reconnaît, il baigne depuis tout petit dans un monde imaginaire de films, de jeux vidéos, de musique et d’art en général, et si son côté créatif n’y est sûrement pas étranger, le marginal y est pour beaucoup. Aussi surprenant soit-il, c’est le premier styliste que je rencontre qui ne dessine pas ! Lui, il est plutôt graffeur de patron, un calque, une inspiration, il jette sur la feuille et il voit. Des poches, pas de poche ou une ceinture décalée, une chose est sûre, il ne craint pas le revers de la médaille : “Je trouve que le dessin n’est pas nécessaire dans la création de vêtements. Pour m’exprimer sur une silhouette, je vais prendre mon patronage, et l’idée d’un manteau droit ou asymétrique, d’effilocher les coutures ou non, de faire du court ou du long va venir à l’instinct.” Et il n’a pas ça dans le sang, soit disant...

VOYAGE AUTOUR DU MONDE

2013, il a son bac et déjà une première ligne de vêtements avec son frère, un style très street estampillée «Bisou» qui vit son petit succès. Comme un cheveu sur la soupe, il intègre Esmod à Lyon, avale ses cours, crée sa propre collection pour projet de fin d’études et c’est bouclé! Il sort en 2016, certifié et gonflé à bloc : “Je suis parti à New York travailler avec une créatrice de luxe et à Londres dans une équipe de stylistes homme haute couture, avant de prendre un poste d’assistant pour un designer japonais à Rome. Quelques mois plus tard, je suis rentré chez moi, et j’ai créé ma ligne.” A peine à la maison que ça le démange, il coud sa première étiquette et trouve son atelier au cœur de la vieille ville : début 2018, Nicolas De Besse est dans la place ! De Besse ? Mais pourquoi ça ?

ROBIN DES BOIS

“Mon père m’a parlé d’un Gaspard De Besse quand j’étais en école de mode, je me suis documenté et j’ai vite été fasciné par l’homme. C’est un de mes ancêtres, un brigand provençal emblématique du 18e siècle qui volait les riches pour donner aux pauvres. Et si sa fin a été tragique, il a marqué l’époque par sa bravoure et une signature vestimentaire bien à lui. Il aimait se distinguer par son apparence et Gaspard étant mon deuxième prénom, j’ai voulu lui rendre hommage à travers mes vêtements.” Aaahh, ceci explique sans doute cela, la personnalité à part entière de Nicolas, ce besoin incessant de trouver LA matière, le p’tit truc qui dénote et qui ne ressemble à personne. Toujours dans des nuances du sombre au noir, signe de son univers total dark, force est de constater que sa lumière est ailleurs...

NOIR C’EST NOIR !

Et elle est peut-être là, la lumière... Tissus automobiles, réfléchissants, cape du futur ou tailleur science fiction, le styliste donne à chaque collection un concept différent, un challenge même, un mélange d’histoire, d’émotions et d’art, un peu comme un coup d’éclat. “J’ai toujours voulu incorporer un aspect technique à mes créations, mais plutôt dans une recherche de brillance et d’esthétique, que dans la technicité pure. Pour ma troisième collection, par exemple, j’ai utilisé la moire -procédé qui permet de donner des effets contrastés et ondulés par vibration dans le textile-. On dirait du bois. On l’utilisait beaucoup à l’époque de Louis XIV sur une base de soie luxueuse. Aujourd’hui, le dernier fournisseur au monde est lyonnais : c’est quand même incroyable!” Et comme chez Nicolas, c’est 100% français sinon rien, ça tombe plutôt bien !
Lin, coton, polyester, cordura, boutons magnétiques, piqûres cicatrices ou nylon, le styliste se balade entre bomber, manteau, jogging et pantalon -ses basics fidèles- et un vestiaire très ouvert, comme il dit. Deux patrons différents par modèle pour s’adapter à toutes les morphologies, vous me croyez si je vous dis qu’il ne s’ennuie jamais ?
Pour sa prochaine collection, il repart quelques années en arrière et remet son frère -aujourd’hui tatoueur- sur les portants, en brodant têtes de mort et autres tatoo gothiques sur ses dernières créas... Simply De Besse finalement.

 

https://www.nicolasdebesse.com/

Robin Guittat