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- the collector -

par Mélanie Marullaz - 12 sept. 2019

l'effet papillon

UN COUP DE CRAYON SUR LA CÔTE EST DES ÉTATS-UNIS PEUT-IL DEVENIR UNE MARQUE DE MAROQUINERIE DE LUXE SUR LES BORDS DU LAC LÉMAN ? AVEC UNE INSATIABLE CURIOSITÉ POUR LA MODE, UNE PARFAITE MAÎTRISE DES FINESSES DE LA FINANCE ET DES RELATIONS DANS L’ART CONTEMPORAIN, TOUT DEVIENT POSSIBLE. LA GENEVOISE SOPHIE BONVIN MONTRE QU’ELLE A TOUS CES TOURS-LÀ DANS SON SAC.

La vie est faite pour en avoir plusieurs : des sacs à mains évidemment, des amants pourquoi pas, des trajectoires parfois. Il y a 5 ans, Sophie Bonvin a légèrement dévié de la sienne. Forte d’une brillante carrière dans la finance, cette Valaisanne de 43 ans, que les flux bancaires et monétaires ont transportée aux quatre coins du globe, a décidé de laisser s’exprimer sa fibre créatrice. Celle à laquelle elle avait renoncé au moment d’entamer ses études, mais qui lui avait fait suivre le monde de la mode de très près, depuis ses Barbie® de petite fille jusqu’aux séances de shopping sur Rodeo Drive.

BAG EN ART

Il y a 5 ans, donc, son envie coïncide avec celle d’une amie architecte installée en Floride, qui se met à dessiner des sacs. Sophie l’accompagne pour les aspects business et marketing, mais elle apporte également dans sa besace une excellente connaissance du monde de l’art contemporain. Depuis une vingtaine d’années en effet, elle court les foires et les galeries, par curiosité et pour étoffer progressivement sa collection personnelle. En- semble, elles décident donc d’inviter cinq artistes à personnaliser leurs créations pour une vente exceptionnelle au profit d’une association caritative. Les Américains raffolent de ce genre d’événements, c’est un véritable coup de projecteur pour la marque, mais les deux femmes ne poursuivent pas l’aventure.

PAPILLON... VOLE !

De ces prémices outre-Atlantique, Sophie Bonvin garde un sac, une pièce fétiche exposée chez elle ou parfois arrimée à son bras, signée par le grand plasticien John Armleder - “le meilleur contemporain suisse” -, l’amour des peaux exotiques et l’envie d’associer art et maroquinerie. Dans la foulée, elle installe tout ça à Genève, sur les rives du Rhône, avec vue sur le Pont des Bergues et l’Ile Rousseau, et lance The Collector, sa propre marque. Son logo ? Un papillon, “le symbole du renouvellement”, une évidence pour matérialiser cette nouvelle aventure professionnelle. Ascia, pieris, urbanus, spring azure... chaque modèle de sac portera d’ailleurs le nom d’un lépidoptère.

TOURNER AUTOUR DES PEAUX

Pour en imaginer les formes, qu’elle fait ensuite réaliser à la main par des artisans helvètes, Sophie se met au dessin, en collaboration avec le designer franco-vietnamien Hom Le Xuan. “J’essaie tous les prototypes, il faut que ce soit pratique, léger, durable, je dois trouver le bon compromis entre une chaîne magnifique, mais trop lourde et une autre trop légère qui donne l’impression de ne pas être de bonne qualité. Quoi qu’il en soit, les lignes sont très simples, pour mettre en valeur les peaux, car chacune a sa personnalité. On ne travaille pas le caïman, mais l’alligator, plus fin, ou le porosus (crocodile marin) et ses points noirs très spécifiques, le python plus rock et agressif, ou l’autruche, plus doux et plus classique.” Des peaux prélevées sur des animaux d’élevage, certifie-t-elle, achetées dans des tanneries parisiennes ou milanaises, dont elle apprécie particulièrement les finitions et les couleurs. Car Sophie aime la couleur et l’a inscrite dans l’ADN de The Collector : des jaunes vifs, des verts éclatants, des dégradés de rose audacieux... Quant aux chutes, car il est dans l’air du temps de ne pas gâcher, elle les transforme en colliers pour chiens ou les recycle dans sa « cruise & resort collection », une gamme de sacs en PVC avec finitions cuir, qu’elle destine à celles qui, comme elle, passent pas mal de temps en bateau.

MODÈLES D’EX-PEAU

Alors oui, et elle ne s’en cache pas, The Collector est une marque de luxe. “Ce que je voulais surtout, c’est proposer des sacs, dans ces matières que j’adore, à un prix abordable” (enfin, en comparaison avec les tarifs pratiqués par les grandes marques pour le même type de produits, gardons le sens des proportions !) “pour des pièces qu’on peut collectionner, voire même, pour certaines, exposer”. D’autant plus s’il s’agit d’éditions limitées, réalisées en collaboration avec des artistes, comme elle espère pouvoir le faire tous les deux ans environ. Sophie a déjà convaincu Laura Chaplin, la petite-fille de Charlie, et réalisé une ligne en hommage à l’acteur à partir de ses dessins. Elle a également travaillé avec le New-Yorkais Bill Claps, dont la Code Collection, peinte à la main, transmet des messages en morse : « fake it till you make it » (traduction rapide : à force de feindre, on finit par y arriver, notamment en terme de confiance en soi), ou « jump into the stream and fulfill your dream » (jette-toi à l’eau et réalise ton rêve)... Si, pour assurer les premières années de sa toute jeune marque, Sophie Bonvin travaille encore, en parallèle, dans la finance, elle n’est quand même plus très loin d’avoir réalisé le sien.

 

https://www.thecollector.ch/

Vincent Calmel et Aristo Media Production