OnlyGirls

plan q :
penses-tu tout savoir à son sujet ?

par Emmanuel Allait - 8 oct. 2018

plan cul'te

«Oh lui (ou elle) ? Ce n’est qu’un plan cul !». On a tous entendu ou prononcé un jour cette phrase, sur un mode mi embarrassé mi dépité. Comme si on ne voulait y voir qu’un passe-temps coupable, un «pc» de chair un peu honteux et dérisoire en attendant mieux. Une sorte de sexualité low cost, encouragée par les applis de rencontre, alors qu’on rêve de la classe affaires ! Pourquoi ne pas assumer les bienfaits d’une éphémère partie de jambes en l’air ?

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Le plan cul, c’est un peu comme le dahu. Tout le monde sait ce que c’est, mais personne n’en donne jamais la même description.

BAIZ’NESS PLAN

En fait, définir le PC est à la fois simple et compliqué. Et internet ne risque pas d’être d’un grand secours. Tapez le mot dans Google et vous aurez aussitôt le choix entre une longue liste de sites hot ou de vidéos de bellâtres autoproclamés «coaches séduction». Bref, ça sent le truc glauque, le quickie poisseux entre deux portes au Macumba d’Aix-en-Provence. Pour être clair, le concept-clé du plan cul, c’est l’absence d’engagement : on couche ensemble, mais on n’est pas un couple. Célibataire et je le reste ! Le chercheur Jean-François Bayart, auteur de l’essai «Le plan cul, ethnologie d’une pratique sexuelle», le définit très crûment et simplement : c’est «baiser, point barre» ! Au sens strict donc, pas de ciné, pas de pizza, pas de «tout-doux-liste», cette sirupeuse compilation de «mon cœur, mon amour», pas de saint Valentin.

La réalité est pourtant beaucoup moins simple, car de multiples options sont possibles, accessibles à toutes les bourses, selon que les protagonistes remettent le couvert ou pas : one shot, fuckfriend, sexfriend, PQR (Plan Cul régulier), PQRA (PQR Affectif ; en gros, vous avez le droit de tenir la main de l’autre après copulation).

PLAN Q PAS PLAN PLAN

Une espèce de CDD sexuel, un Coït à Durée Déterminée, Medef-compatible, qui colle parfaitement à notre époque de précarité. Nul besoin de lourdes démarches, plus facile à conclure qu’un CDI et moins contraignant, il suffit de traverser la rue, comme le dirait Emmanuel Macron, pour décrocher une Tinder suprise. Flexibilité, expérience professionnelle supplémentaire, idéal pour les personnes en reconversion et pour les jeunes, le zob de rêve ! Adieu mariage, maison, pelouse, beaux-parents, monospace et blanquette dominicale ! Terminées les «Fuck-ushima», ces relations amoureuses toxiques que l’on n’ose pas interrompre de peur d’être seul(e) ! Place aux galipettes, rigolades et réalisations de fantasmes sans prise de tête, avec sécrétion d’endorphines garantie. Une autre manière plus agréable d’aborder les cons promis, non ? Et si on finit par s’attacher à notre plan couette hebdomadaire, rien n’empêche de faire évoluer le plan cul en plan couple. Et si on croise le prince charmant, il suffit tout simplement de congédier le sexfriend sans préavis ni indemnités.

CESSONS DE PLANQUER LE PLAN Q !

Certains voient dans ces moments de pur plaisir, le signe d’une liberté sexuelle assumée. La journaliste américaine Hanna Rosin, dans son livre «la fin des hommes», va jusqu’à les considérer comme une bénédiction pour les femmes et un puissant facteur d’émancipation. En fait, avoir un plan cul, c’est prendre sa vie en mains, assumer ses choix et son droit au plaisir. Le plan Q est bien plus qu’un plan B. Il n’est pas du tout le signe qu’on s’est plan T. Considérez-le au contraire comme un plan A, une manière excitante de rencontrer quelqu’un. Prendre ce qu’il y a à prendre… Deux heures, deux jours, deux mois, quelle importance ?! Inutile de culpabiliser. Aller à confesse ne vous mènera pas en enfer. Alors, faites comme Lorie ou… Jean-Pierre Raffarin, adoptez la positive attitude ! Ou pas.

© Création Juliane Strappazzon