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titli bijoux

par Magali Buy - 5 mars 2019

NACRÉE NANA !

« JE SUIS HABILLEUSE DE NACRE... » LES MOTS D’EMMANUELLE LIVIO TOMBENT DEVANT MOI COMME DU PAPIER DE SOIE. DOUX, VOLUPTUEUX ET DISCRETS, PRESQUE SANS BRUIT, LA LYONNAISE LES SOUFFLE AVEC TIMIDITÉ ET PUDEUR, COMME ON RESSORT LES VIEUX SECRETS ENFOUIS, DU FOND D’UN GRENIER...

Un four à émaillage dans la cuisine, des perles et breloques plein les tiroirs de ses meubles d’usine, l’appartement tiré à quatre épingles de la créatrice lyonnaise regorge de surprises! A 50 ans, Emmanuelle vit dans un univers en demi-teinte, sobre, élégant et surprenant de fantaisie. Canapé vert olive, fauteuil vintage et tableau dernier cri, le mélange des genres, c’est son genre! Et si l’originalité ne lui fait pas défaut, ces bijoux ne la mettent pas en porte à faux...

SORTIE DE SA COQUILLE...

Sautoirs, boucles d’oreilles, bagues et colliers se battent à foison sur la table du salon. Entre un café et des petits gâteaux préparés pour l’occasion, la créatrice déballe généreusement la collection de ses pochons. “Mes bijoux sont nés de mon imagination. Je travaillais à Paris, pour une marque de vêtements, et nous avions reçu une série avec des boutons en nacre. J’ai eu un véritable coup de cœur, je me suis dit que je pouvais en faire quelque chose...”
En 1999, quand l’idée lui saute aux yeux, la jeune femme crée déjà des bijoux en résine et en métal, se fait plaisir, mais sans plus. Avec la nacre, c’est différent. Son intuition lui parle, les boutons lui rappellent les vieilles boîtes de coutures d’antan, celles de sa grand-mère quand elle passait des heures à chercher le plus beau des trésors. D’une antiquité à une autre, Emmanuelle, grande collectionneuse de cartes postales anciennes, va vite faire le lien entre les deux : “Je voulais imprimer une image sur la nacre, et comme je suis graphiste de formation, je n’ai pas tardé à trouver la solution !” La chasse aux boutonniers est lancée! Elle jette son dévolu sur la nacre issue des huîtres de Tahiti, épaisse et très solide, produit qui reste très naturel, comme elle! Les festivités commencent, elle trie ses cartes, choisit ses illustrations et se jouent des pinces, chaînes et cisailles. Un sacré pêle-mêle, Titli sort de son chapeau!

VOYAGE, VOYAGE !

Emmanuelle aime la précision du détail. Elle scrute méticuleusement ses impressions d’époques, rajoute quelques détails psychédéliques, mais point trop n’en faut! Canard en plastique, petit oiseau kitch, et délire à gogo, elle apporte un côté décalé à l’image, la modernise, sans trop pousser le bouchon. “Mes bijoux ne sont pas fins et doivent rester raffinés. Toutes les étapes sont ajustées, chaque pièce collée, émaillée et patinée à la perfection.”
De l’Asie aux plages de Californie, d’une marguerite à un paysage graphique, skieurs et brachiosaure en camés revisités, ses bijoux racontent tous un épisode de vie, à fleur de peau. Cachées derrière son hypersensibilité à peine dissimulée, ses créations flottent dans une ambiance bucolique et imaginaire, et nous emmènent au loin, dans un monde feutré où les souvenirs jaunis pétillent! On embarque?

ZONE DE TURBULENCES...

Première collection sous le bras, elle tente un salon pro en 2001, où une grosse commande l’attend. Inespéré, elle prend un billet vers le succès et s’envole, vite, peut être trop vite: une dizaine d’années auront eu raison de sa fragilité. La créatrice est submergée, elle s’entoure, mais tout s’emballe et devient incontrôlable. Prise dans un tourbillon, des problèmes personnels l’enfoncent un peu plus, elle se brûle les ailes et décide de quitter Paris, après 30 ans de bons et loyaux services. Elle laisse sa ville d’adoption et son atelier pour retourner à ses racines, Lyon, et décide de gérer à distance. C’est le crash: “On pense pouvoir manager de loin, mais on ne déplace pas un atelier de production. Il y a l’humain, la difficulté pour mes collaboratrices restées seules. Les gens venaient aussi un peu pour moi et de fil en aiguille, tout s’est essoufflé.”

NOUVEAU DÉPART...

En 2013, installée en plein cœur de la Croix Rousse, elle reprend les rennes d’une vie plus calme et plus facile, sa famille pas loin, ça rassure. Son atelier parisien vivote encore pendant 2 ans, mais elle le ferme définitivement en 2015: Paris, c’est fini. Les bijoux aussi. Emmanuelle va lentement remonter la pente et apprendre à se reconstruire, la création lui manque, mais la priorité est ailleurs: ses deux enfants, le quotidien, le bien-être surtout. Mais là encore, les désillusions la suivent, elle étouffe dans cette vie rangée, ses bijoux la titillent, et reprend vite du collier! “Le plus dur est de repartir à zéro, dans une nouvelle ville, avec de nouvelles habitudes. Quand vous sortez des sentiers battus, comme moi, difficile de se faire comprendre. Il y a un côté déco et très atypique dans ce que je fais, artisanal aussi. J’ai appris mon métier toute seule et je l’apprends encore. Je suis Emmanuelle Livio, habilleuse de nacre.”

 

 

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