Pis Paul

25 ans plus tard...
anne briand

par Fanny Caspar - 29 déc. 2017

La fleur au bout de la carabine

Âgée d’à peine 23 ans, c’est Anne Briand qui a la charge de fermer le relais de la toute jeune équipe de France féminine de biathlon. La discipline est alors confidentielle en France et le public connaît mal cette épreuve qui combine ski de fond et tir à la carabine. C’est peut-être d’ailleurs parce qu’elles ne ressentent guère de pression que les jeunes femmes vont pouvoir exprimer toute l’étendue de leur talent, et rafler l’or au nez et à la barbe des favorites.

Il est vrai que personne n’attend les biathlètes françaises. Elles viennent juste de gagner leur premier relais en Coupe du Monde, mais leur palmarès est encore maigre, alors les médias comme le public ne leur portent que peu d’attention. De leur côté en revanche, elles ressentent les choses de manière différente. Cette victoire leur fait comprendre que tout est désormais possible pour elles.

TROIS DRÔLES DE DAMES

Alors, le jour de la course, à Albertville, elles donnent tout. Et quand Anne, la finisseuse, passe la ligne en tête, c’est l’explosion! “On était déjà dans une espèce d’euphorie depuis notre premier relais gagné en Coupe du Monde. Et là, aux JO, à vrai dire, on ne savait pas trop ce qui nous arrivait, on était prises dans un tourbillon. J’ai le souvenir de cette émotion massive que ça a généré chez tout le monde. C’était magique. C’était beau parce que c’était l’équipe. Je garde l’image, après avoir franchi la ligne d’arrivée, du kiné, de l’entraîneur et d’un ami des Hautes-Alpes qui nous ont portées sur leurs épaules avec la foule en liesse autour de nous”.

1992 fut vraiment exceptionnelle pour la jeune femme qui, en plus du sacre olympique, se marie avec le biathlète Stéphane Bouthiaux. “Je retiens de cette année l’impression d’une fête perpétuelle. Comme si j’étais sur un nuage, toute l’année.”

Anne Briand ferme le relai en beauté !

CHANGEMENT DE CIBLE

Anne Briand est née à Mulhouse. Ses parents sont tous deux professeurs d’EPS. Pour eux, l’entraînement, la compétition c’est important. “On était baignées dans le sport, on a grandi là-dedans avec mes sœurs. On faisait des courses de cross, d’athlétisme…”, se souvient-elle. Et de ski de fond bien sûr, quand la famille s’installe dans les Hautes-Alpes. C’est d’ailleurs à ce moment-là que la future championne se prend d’amour pour la nature, qui guidera ses pas et ses choix toute sa vie durant. Après son bac, elle entame à Lyon des études vétérinaires qu’elle réussit brillamment l’année suivant les JO d’Albertville. “J’avais le diplôme, mais je ne voulais pas faire du cabinet. J’étais surtout passionnée par l’environnement et les espèces menacées ”.

Lorsqu’elle arrête la compétition, en 1999, elle rejoint donc l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) en tant que Chargée de Recherche. Elle réalise alors un compte-rendu complet sur les OGM. On lui demande même d’en faire un livre. Or, son analyse dérange. Elle trouve un peu par hasard un imprimeur qui accepte de publier son manuscrit : OGM - Brevets pour l’inconnu. Elle enchaîne en donnant des conférences. Puis rejoint l’organisme de Contrôle et de Certification Ecocert en tant que Contrôleur en Agriculture Biologique. “Je n’aimais pas trop l’étiquette contrôle, mais cela m’a permis de découvrir en profondeur la région dans laquelle j’habitais depuis 1992, et ça, ça m’a vraiment plu.”

Anne Briand, Véronique Claudel et Corinne Niogret, des femmes en or !

PASSAGE DE RELAIS

L’ex-championne est désormais très loin de la compétition. Après les Jeux d’Albertville déjà son état d’esprit a changé. Ça ne l’empêche pas de continuer sa brillante carrière. Elle remporte deux nouvelles médailles olympiques à Lillehammer en 1994, et sept médailles aux Championnats du Monde entre 1993 et 1996.

“Mais très vite, j’ai eu la sensation que le sport de haut niveau ne servait à rien. Je me sentais en décalage quand j’ai commencé à gagner de l’argent pour faire ça. Je me rassurais en me disant que je faisais plaisir à beaucoup de gens. J’ai reçu des témoignages pendant des années. Aujourd’hui encore, il y a une mamie qui m’envoie ses vœux chaque année. Elle a 90 ans passés. Ça me touche beaucoup. Mais avec les années qui passent, je me dis finalement que ce n’était pas une vie”.

Anne se sent beaucoup plus utile maintenant, en tant que professeur des écoles. Dans la commune du Haut-Doubs au sein de laquelle elle enseigne, elle essaie de transmettre à ses élèves sa passion pour l’environnement. Elle réalise des projets scolaires avec eux régulièrement autour de ce thème. Elle a notamment participé à un concours pour la Cop 21 en 2015. Cette année, elle envisage de participer à un projet qui permettrait à son école d’installer une station météorologique. “Ma mission auprès des enfants me tient à cœur et je me sens utile. Je sers à mes élèves un discours de solidarité plutôt que de compétition. Et puis je les adore. Ils m’apportent beaucoup et me surprennent en permanence. Grâce à eux, je continue à découvrir des choses.”

Anne fonde beaucoup d’espoirs dans cette génération qui possède du bon sens et semble se soucier des autres. Et puis elle continue à profiter de la nature dans sa belle Franche-Comté d’adoption.

Trophées de shuss

Jeux Olympiques :
1992 : Or en Relais
1994 : Argent au 15km individuel, Bronze en Relais

Championnats du Monde :
1993 : Or par Equipe, argent en Relais
1995 : Or en 10 km individuel Argent en relais, Bronze par Equipe
1996 : Argent en relais, Bronze par Equipes

Coupe du Monde :
1995 : Vainqueur du classement général
12 podiums individuels dont 6 victoires.

Illustration Joseph Brown - ©CNOSF/Pressesports - © Afp / Georges Gobet